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L'amour et l'occident, par Denis de Rougement, édition définitive, Librairie Plon, 1972, col. 10/18

 

"L'Occident, c'est avant tout une conception de l'Amour. Denis de Rougement rejoint l'actualité la plus brûlante en traitant ce sujet éternel qu'il a su entièrement renouveler Il a mis l'accent avec une autorité exceptionnelle sur les valeurs de fidèlité qu l'homme ne peut nier sans se condamner à la perdition."

 

Tables des matières :

Avertissement

Préface à l'édition de 1956

Livre premier : le mythe de Tristan

Livre II : Les origines religieuses du mythe

Livre III : Passion et mysticisme

Livre IV : Le Mythe dans la littérature

Livre V : Amour et guerre

Livre VI : Le mythe contre le mariage

Livre VII : L'amour action, ou de la fidélité

Appendices

Post-scriptum

 

 

"Que l'on suive l'évolution du mythe occidental de la passion dans l'histoire de la littérature ou dans l'histoire des méthodes de guerre, c'est la même courbe qui apparaît. Et l'on aboutit pareillement à cet aspect trop ignoré de la crise de notre époque, qui est la dissolution des formes instituées par la chevalerie.

C'est dans le domaine de la guerre, où toute évolution est pratiquement irréversible - alors qu'il y a des "retours" littéraires - que la nécessité d'une solution nouvelle est apparue en premier lieu. cette solution s'appelle l'Etat totalitaire. C'est la réponse du XXème siècle, né de la guerre, à la menace permanente que la passion et l'instinct de mort font peser sur toute société.

La réponse du XIIème siècle avait été la chevalerie courtoise, son éthique et ses mythes romanesques. La réponse du XVIIème siècle a pour symbole la tragédie classique. La réponse du XVIIIème siècle fut le cynisme de don Juan et l'ironie rationaliste. Mais le romantisme ne fut pas une réponse, à moins que l'on admette - et c'est possible - que son éloquent abandon aux puissances nocturnes du mythe n'ait été un dernier moyen de le déprimer par un excès voulu. Quoi qu'il en soit, cette défense était faible en regard du péril déchaîné. Les forces antivitales longtemps contenues par le mythe se répandirent dans les domaines les plus divers, d'où résulta une dissociation, au sens précis de relâchement des liens sociaux. La première guerre européenne fut le jugement d'un monde qui avait cru pouvoir abandonner les formes, et libérer d'une manière anarchique le "contenu" mortel du mythe. 

Cependant, je ne pense pas que le drainage de toute passion par la Nation soit autre chose qu'une mesure de détresse. C'est repousser la menace immédiate, mais l'aggraver alors en la faisant peser sur la vie même des peuples ainsi constitués en blocs. L'Etat totalitaire est bien une forme recréee, mais une forme trop vaste, trop rigide et trop géométrique pour modeler et organiser dans ses limites complexes des hommes, même militarisés. Des mesures de police ne font pas une culture, des slogans ne font pas une morale. Entre le cadre artificiel des grands Etats et la vie quotidienne des hommes, il subsiste encore trop de jeu, trop d'angoisse et trop de possible. Rien n'est réellement résolu. Dès lors :

Ou bien ce sera la guerre atomique totale, la désintégration physique et morale, et le problème de la passion sera supprimé avec la civilisation qui l'a fait naître ;

Ou bien ce sera la paix, et le problème renaîtra dans les pays totalitaires, comme il ne cesse de nous travailler dans nos sociétés libérales..."

(L'amour et l'occident, pages 295-96)

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