Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La couverture de l'édition originale de 1947. L'ouvrage est également disponible en Livre de Poche, suvi de textes inédits, présentations et notes de Jean-Loup Bernanos (Librairie Plon, 1970).

 

"Les dernières bombes de la deuxième guerre mondiale n'ont pas encore fini de siffler que les grandes puissances s'entendent déjà pour organiser la paix. Comment le feront-elles selon un système que Georges Bernanos abomine ? Ce système, c'est celui qu'implique l'ère industrielle dont l'avènement, au lieu de provoquer l'Age d'or escompté, marque la fin de l'indépendance de l'homme.

L'auteur se défend d'être passéiste, mais voit dans la présente omnipotence de l'Etat la mort de notre liberté. Des robots, voilà ce que nous allons devenir si nous ne réagissons pas contre l'oppression de la technique et du profit, si nous ne ranimons pas la flamme de la foi. La France contre les robots est un cri d'alarme poussé par un croyant plein d'angoisse et de fureur contre la civilisation des machines.

N'a-t-il pas intitulé éloquemment la première version de ce pamphlet : La Révolution de la liberté ? Cet appel à la révolte contre la civilisation moderne broyeuse d'âmes retentit dans la plupart des huit autres textes inédits présentés par Jean-Loup Bernanos (dans le volume édité chez Plon en Livre de Poche) : interview, conférence, article, préface, discours. Georges Bernanos s'y montre égal à lui-même."

 

Extraits :

 

"Un monde gagné par la Technique est perdu pour la Liberté."

"Ainsi, le progrès technique n'est plus dans l'homme, il est dans la technique, dans le perfectionnement des méthodes capables de permettre une utilisation chaque jour plus efficace du matériel humain."

"La seule Machine qui n'intéresse pas la Machine, c'est la Machine à dégoûter l'homme des Machines, c'est-à-dire d'une vie tout entière orientée par la notion de rendement, d'efficience et finalement de profit."

"Les machines n'ont, jusqu'ici du moins, probablement rien changé à la méchanceté foncière des hommes, mais elles ont exercé cette méchanceté, elle leur en ont révélé la puissance et que l'exercice de cette puissance n'avait, pour ainsi dire, pas de bornes."

"La politique de production à outrance ménage aujourd'hui sa main-d'oeuvre, mais la furie de spéculation qu'elle provoque déchaîne périodiquement des crises économiques ou des guerres qui jettent à la rue des millions de chômeurs, ou des millions de soldats au charnier."

"Nous voyons (au contraire) se former plus ou moins secrètement, en vue des luttes futures pour la stabilité de la Paix, c'est-à-dire pour le partage des marchés, une coalition d'ignorance et d'intérêts qui s'autorise précisément contre nous des traditions de la Démocratie. Le moment me paraît venu de lui opposer notre tradition de la Liberté."

"Une Démocratie sans démocrates, une République sans citoyens, c'est déjà une dictature, c'est la dictature de l'intrigue et de la corruption."

"Qui ne défend la liberté de penser que pour soi-même est déjà disposé à la trahir."

"Le parasite intellectuel, toujours complice du pouvoir, même quand il paraît le combattre."

"Le jour n'est pas loin peut-être où il nous semblera aussi naturel de laisser notre clef dans la serrure, afin que la police puisse entrer chez nous nuit et jour, que d'ouvrir notre portefeuille à toute réquisition. Et lorsque l'Etat jugera plus pratique, afin d'épargner le temps de ses innombrables contrôleurs, de nous imposer une marque extérieure, pourquoi hésiterions-nous à nous laisser au fer, à la joue ou à la fesse, comme le bétail ? L'épuration des Mal-Pensants, si chère aux régimes totalitaires, en serait grandement facilitée."

"Le vice de la servitude va aussi profond dans l'homme que celui de la luxure, et peut-être que les deux ne font qu'un. Peut-être sont-ils une expression différente et conjointe de ce principe de désespoir qui porte l'homme à se dégrader, à s'avilir, comme pour se venger de lui-même, se venger de son âme immortelle."

 

 

 

 

Romancier, journaliste, conférencier, Georges Bernanos (né à Paris en 1888) a été profondément marqué par son éducation catholique, que parachevèrent des études de Lettres et de Droit. D'abord journaliste et directeur d'un hebdomadaire monarchiste (1913-1914), il devient inspecteur d'une compagnie d'assurances après la guerre qu'il fait comme engagé volontaire dans la cavalerie.

C'est pendant ses tournées qu'il écrit so premier roman : Sous le soleil de satan (1926) dont le succès lui permet dès lors de vivre de sa plume. En 1929, il obtient le Prix Femina pour La Joie. Le Journal d'un curé de campagne lui vaut, sept ans plus tard, le Prix du roman de l'Académie française.

En 1932, Georges Bernanos se détache de l'Action française, comme il reniera en 1937 ses sympathies pour le franquisme dont il fustige dans Les Grands Cimetières sous la lune, les répressions vues à Palma de Majorque où il réside durant la guerre civile d'Espagne.

Du Brésil, où il vit de 1938 à 1945, il met tout son talent de polémiste au service de la France au combat.

Après deux ans environ passés en Tunisie, où il écrivit Dialogues des Carmélites, Georges Bernanos est mort à Neuilly le 5 juillet 1948.

 

 

Partager cet article

Repost 0