Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Objet d'étude : le texte théâtral et sa représentation du XVIIème siècle à nos jours.

Corpus de textes :

texte A : Marivaux, Le Jeu de l'amour et du hasard (1730)

Texte B : Musset, Fantasio (1833)

Document C : Figaro dans Le Mariage de Figaro, mise en scène Christopher Rauck (Comédie Française, 2009)

 

 

Question de corpus : Dans les deux extraits et sur la photographie, quelle est l'importance du costume ? Vous direz pourquoi des déguisements ont été décidés dans les deux extraits et quelle vision le costume de Figaro suggère du personnage (document C)

Dans les deux extraits, quelles conséquences le changement de costume a-t-il sur le langage et le comportement des personnages ?

 

Dans Le Jeu de l'amour et du hasard, Sylvia, voulant observer Orante, son futur époux, sans qu'il s'en doute, change de rôle et de costume avec sa servante Lisette, avec le consentement de son père, Monsieur Orgon.

Dans Fantasio d'Alfred de Musset, le Prince de Mantoue change de rôle et de costume avec son aide de camp.

Les deux pièces se déroulent à une époque où le rang social d'une personne est signalé par son vêtement.

Sur le document photographique, le personnage de Figaro, interprété par Laurent Stocker, porte un costume contemporain décontracté : jeans, veste, pull, chaussures souples. Ce costume souligne le fait que Figaro est un homme du peuple qui préfigure, dans l'esprit du metteur en scène, notre société "démocratique" égalitaire.

Dans le premier texte, extrait du Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, Lisette "joue à la maîtresse", mais comme le montre la suite de la pièce, les deux personnages continuent à s'exprimer comme ils le faisaient auparavant.

Dans l'extrait de Fantasio d'Alfred de Musset, le Prince prend la place de Marinoni, son aide de camp, et Marinoni prend la place du Prince. Cependant, le Prince se comporte et s'exprime comme l'homme sot, vaniteux et grossier qu'il est resté, tandis que Marinoni se comporte et s'exprime comme un homme intelligent et courtois. En échangeant leurs rôles, les deux hommes n'ont pas changé de personnalité.

L'extrait d'A. de Musset comporte un élément de critique sociale : critique du pouvoir et critique de la soumission que le pouvoir génère, ainsi qu'une dimension comique plus accentuée que dans le texte de Marivaux en raison du caractère caricaturale du comportement du Prince. Contrairement au personnage de  Figaro dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais qui lutte pour garder sa dignité, Marinoni, l'aide de camp du Prince de Mantoue, ne se révolte pas contre son maître et accepte de jouer passivement un rôle de marionnette.

 

Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait d'Alfred de Musset par Charles Landelle

 

Alfred de Musset est un poète et un dramaturge français de la période romantique, né le à Pais, où il est mort le

 

Fantasio, un jeune bourgeois endetté qui cherche à fuir ses créanciers, entre comme bouffon à la cour de Bavière. Sous le masque de l'amuseur grotesque, il y fait figure de sage en déjouant les contraintes sociales et politiques et en réclamant pour la princesse Elsbeth le droit au bonheur et à l'amour. Avec Fantasio. Musset a créé un personnage tenant à la fois du valet de comédie et du héros romantique, qui a " le mois de mai sur les joues " et " le mois de janvier dans le cœur ".

Ecrite en 1834, cette comédie en deux actes de Musset sera mise en scène bien après le décès de son auteur, en 1866. Bien qu'elle soit vieille de plus de deux siècles, cette comédie est encore représentée actuellement par d'illustres compagnies théâtrales telles que « La Comédie Française ». (source : Le petit littéraire)

 

Extrait :

 

Acte II, scène 3

Une allée du jardin

LE PRINCE. Tu n'es qu'un sot, colonel.

MARINONI. Vote Altesse se trompe sur mon compte de la manière la plus pénible.

LE PRINCE. Tu n'es qu'un maître butor. Ne pouvais-tu pas empêcher cela ? Je te confie le plus grand projet qui se soit enfanté depuis une suite d'années incalculable, et toi, mon meilleur ami, mon plus fidèle serviteur, tu entasses bêtises sur bêtises. Non, non, tu as beau dire ; cela n'est point pardonnable.

MARINONI. Comment pouvais-je empêcher Votre Altesse de s'attirer les désagréments qui sont la suite nécessaire du rôle supposé qu'elle joue ? Vous m'ordonnez de prendre votre nom et de me comporter en véritable prince de Mantoue. Puis-je empêcher le roi de Bavière de faire un affront à mon aide de camp ? Vous aviez tort de vous mêlet de nos affaires.

LE PRINCE. Je voudrais bien qu'un maraud comme toi se mêlât de me donner des ordres.

MARINONI. Considérez, Altesse, qu'il faut cependant que je sois le prince ou que je sois l'aide de camp. C'est par votre ordre que j'agis.

LE PRINCE. Me dire que je suis un impertinent en présence de toute la cour, parce que j'ai voulu baiser la main de la princesse ! Je suis prêt à lui déclarer la guerre, et à retourner dans mes Etats pour me mettre à la tête de mes armées.

MARINONI. Songez donc, Altesse, que ce mauvais compliment s'adressait à l'aide de camp et non au prince. Prétendez-vous qu'on vous respecte sous ce déguisement ?

LE PRINCE. Il suffit. Rends-moi mon habit.

MARINONI., ôtant son habit. Si mon souverain l'exige, je suis prêt à mourir pour lui.

LE PRINCE. En vérité, je ne sais que résoudre. D'un côté, je suis furieux de ce qui m'arrive ; et d'un autre, je suis désolé de renoncer à mon projet. La princesse ne paraît pas répondre indifféremment aux mots à double entente dont je ne cesse de la poursuivre. Déjà je suis parvenu deux ou trois fois à lui dire à l'oreille des choses incroyables. Viens, réfléchissons à tout cela.

MARINONI, tenant l'habit. Que ferai-je, Altesse ?

LE PRINCE. Remets-le, remets-le, et rentrons au palais. Ils sortent.

 

Commentaire du texte B, extrait de Frantasio d'A. de Musset :

 

Introduction :

 

Ce texte est extrait de Fantasio (1833), comédie d'Alfred de Musset, poète, romancier et dramaturge français appartenant au mouvement romantique.

La pièce se déroule à la cour de Bavière. La Princesse Elsbeth de Bavière doit épouser le Prince de Mantoue qui passe pour un sot. Ce dernier décide de changer de costume avec son aide de camp Marinoni afin de mieux observer la Princesse. Dans la scène précédente, le roi de Bavière qui le prenait pour un simple aide de camp, a humilié le Prince en le traitant d'impertinent devant toute la cour car il a voulu baiser la main de sa fille.

Dans cet extrait, le Prince reproche violemment à son aide de camp de ne pas avoir réagi et exige qu'il lui rende son habit.

Comment l'auteur fait-il rire au dépens du Prince ? Nous étudierons la relation entre le maître et le serviteur, puis nous évoquerons les différentes formes de comique.

 

I/ La relation maître/serviteur :

 

La première réplique du Prince est une insulte : "Tu n'es qu'un sot, colonel."

Marinoni n'insulte pas le Prince en retour. Il se montre très respecteux, tout en exprimant sa souffrance eu égard à la manière dont il le traite : "Votre Altesse se trompe sur mon compte..."

La deuxième réplique du Prince commence par une insulte encore plus grossière : "Tu es un maître butor !" Le butor est un oiseau échassier dont le cri rappelle le meuglement du taureau. C'est la raison pour laquelle on appelle "butor" un homme grossier et stupide. Le Prince traite Marinoni de "butor", alors que c'est lui qui se conduit comme un butor.

Déplorant les conséquences de ce dont il chérit les causes (Bossuet), le Prince reproche à Marinoni "d'avoir entassé bêtise sur bêtise", alors que c'est lui qui s'est conduit sottement avec la Princesse. Le Prince a une idée excessivement favorable de ses capacités : "Je te confie le plus grand projet qui se soit enfanté depuis une suite d'années incalculables..."

La deuxième réplique de Marinoni est plus longue que celle du Prince. Les propos du Prince relèvent du registre polémique, ceux de Marinoni du registre argumentatif, comme dans la fable de La Fontaine Le Loup et l'Agneau. Il répond aux accusations injustes du Prince, à ses vantardises ridicules et à ses insultes en faisant appel à la raison de son maître : "Comment pouvais-je empêcher votre Altesse de s'attirer les désagréments qui sont la suite nécessaire du rôle supposé qu'elle joue ?"

Il lui rappelle à juste titre qu'il n'a fait que lui obéir : "C'est sur votre ordre que j'agis."

Il explique au Prince qu'il ne peut être à la fois le prince et son aide de camp, mais que l'inverse est également vrai : "Prétendez-vous qu'on vous respecte sous ce déguisement ?" Il sous-entend que l'humiliation publique qu'il a essuyée résulte de son stratagème et qu'il doit assumer les conséquences de ses lubies.

Le Prince profite de sa position pour rabaisser Marinoni. Sa troisième réplique commence par une autre insulte : "Je voudrais bien qu'un maraud comme toi se mêlât de me donner des ordres."

Ses réactions sont ridiculement disproportionnées : "Je suis prêt à lui (au roi de Bavière) déclarer la guerre."

Le Prince se montre vélléitaire. Il ne sait pas ce qu'il veut. Il est incapable de prendre une décision et de s'y tenir : "En vérité, je ne sais que résoudre..."

Sa vanité ressurgit à la fin de la scène : "La Princesse ne paraît pas répondre indifféremment aux mots à double entente dont je ne cesse de la poursuivre."

Cette réplique est d'autant plus amusante que le spectateur, par le biais de la double énonciation sait que la Princesse a une piètre opinion du Prince.

Marinoni, quant à lui, ne se glorifie pas de jouer le rôle du Prince et accepte immédiatement de lui rendre son habit, protestant de sa loyauté et de son sens de l'obéissance : "Si mon souverain l'exige, je suis prêt à mourir pour lui."

La scène met en évidence l'inégalité entre le Prince et Marinoni. Le Prince traite son aide de camp comme un valet. Il profite de son statut social pour le brutaliser verbalement et pour l'humilier.

Mais Musset ne se contente pas de critiquer l'abus que le Prince fait de son pouvoir, il montre aussi que le pouvoir "aliène" ceux sur lesquels il s'exerce : Marinoni supporte stoïquement les insultes du Prince et continue à se comporter comme une marionnette entre ses mains, à lui obéir corps et âme,  "perinde ac cadaver" : "Si mon souverain l'exige, je suis prêt à mouir pour lui." Il considère ce rapport comme normal, naturel et ne se révolte pas contre une situation objectivement intolérable, comme le fait par exemple Figaro dans Le mariage de Figaro (Beaumarchais).

 

II/ Les différentes formes de comique :

 

L'auteur utilise dans cette scène toutes les formes de comique : comique de situation, comique de caractère, comique de parole et comique gestuel.

a) comique de situation : le Prince et son aide de camp ont échangé leur rôles. Le Prince porte le costume de son aide de camp et son aide de camp celui du Prince.

b) comique de caractère : le Prince appartient à l'espèce des "extravagants" que l'on retrouve dans le théâtre de Molière (Monsieur Jourdain, Orgon, Harpagon, Alceste...) et se comporte comme tel.

c) comique de parole : les propos du Prince prêtent à rire car ils témoignent de sa vanité et de son manque de sens commun : "je suis prêt à lui déclarer la guerre." Par cette attitude de bravache, le Prince fait penser à Matamore dans L'illusion comique de Corneille.

d) comique gestuel : cette forme de comique, "mécanique plaquée sur du vivant" (Bergson), tire la comédie vers la farce. Il se manifeste en particulier à la fin de la scène quand le Prince demande à Marinoni de lui rendre son habit, que ce dernier s'exécute et se tient au garde-à-vous, en sous-vêtements, avec l'habit du Prince sur le bras, avant que le Prince ne change encore une fois d'avis.

 

Conclusion :

 

Alfred de Musset confronte dans cette scène deux personnages socialement inégaux : un Prince et son aide de camp. Le Prince apparaît comme un personnage particulièrement grossier, vaniteux et stupide. Musset souligne l'incohérence du Prince qui met son aide de camp dans une situation impossible en exigeant qu'il obéisse à ses ordres, tout en lui reprochant les piteuses conséquences de son stratagème. Son aide de camp apparaît, quant à lui, comme un homme intelligent et courtois, mais sans grand caractère et enfermé dans un rôle dont il ne parvient pas à sortir.

La scène a une dimension comique : comique de situation, de caractère, de parole et d'action, mais aussi critique : à l'instar de Beaumarchais dans Le mariage de Figaro ou de Victor Hugo dans Ruy Blas, Musset critique les abus et les privilèges de la naissance : "L'habit ne fait pas le moine et si le monde était bien fait, c'est Marinoni qui devrait être Prince de Mantoue.

Mais tandis que Figaro qui se révolte, Marinoni est emprisonné dans son "essence" de serviteur et trouve tout naturel d'obéir au Prince "jusqu'à la mort". Il continue à accepter d'être maltraité injustement par son maître et à jouer le rôle de complice d'un stratagème qu'il juge stupide.

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0