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Bertrand Russell, Signification et Vérité, traduit de l'anglais par Philippe Devaux, Flammarion (Champs/Sciences de l'Homme). Cet ouvrage est la traduction française, autorisée sous le titre Signification et Vérité par Bertrand Russell, de "An Inquiry into Meaning and Truth" (London, Allen & Unwin)

 

"L'incidence du langage sur l'expression de la pensée philosophique n'a pas reçu traditionnellement toute l'attention requise. Des linguistes, des psychologues, des sociologues et des épistémologues s'en avisent de nos jours.

L'analyse logique préparée par Bertrand Russell a ouvert la voie.

Par suite, amplifiant les vertus de l'analyse critique, il appartenait à Russell d'exploiter les ressources sémantiques et syntaxiques de la logique contemportaine, ainsi que les ressources psycho-physiologiques de la perception, en vue de déterminer la structure de nos savoirs naturels, exprimable en langage naturel.

Il convient également d'indiquer les limites philosophiques fort controversées de nos jours, de l'apport linguistique dans la connaissance empirique.

Tel est le thème complexe développé dans Signification et Vérité.

 

Aux élèves :

 

Retenez les distinctions établies par Philippe Devaux dans sa traduction en français de An inquiry into Meaning and Truth (Signification et Vérité) de Bertrand Russell entre les mots "sentence", "statement" et "proposition" : "Le mot anglais "sentence" est rendu par le mot "phrase" en français, par quoi il faut entendre tout assemblage de mots, même un assemblage dépourvu de sens et indépendamment de toute vérité présumée ; le mot statement est rendu par "énoncé" et suppose un sens à l'assemblage de mots et des termes nets articulés en vue de signifier ; le mot proposition a un sens logique plus élaboré, car la "proposition" est la classe de tous les énoncés pourvus de sens, semblables à un énoncé donné bien formé dans une langue donnée, et elle est susceptible d'être vraie ou fausse." (avant-propos de Signification et Vérité, Flammarion, p. 15)

 

 

"J'essayerai au cours de cet ouvrage, explique Bertrand Russell dans l'introduction (p. 27) d'éviter d'examiner la connaissance logique et mathématique. celle-ci ne suscite pas les problèmes que je désire discuter. Mon principal problème, d'un bout à l'autre, concernera le rapport des propositions de base aux expériences, c'est-à-dire des propositions qui viennent les premières dans l'ordre épistémologique, aux événements qui, en un certain sens, constituent nos raisons d'accepter ces propositions (...)

Voici le cours général de mon argumentation :

Dans les trois premiers chapitres, je m'occupe de discuter des mots, des phrases, et du rapport entre une expérience et la phrase qui la décrit (en partie). ceci en guise de simple introduction. Une des difficultés consiste dans l'obligation où nous sommes de nous servir de mots communs, en les affectant d'un sens technique qu'ils ne possèdent pas communément. Dans ces chapitres liminaires, j'ai évité les définitions techniques, tout en préparant le terrain, en montrant la nature du problème qui les requiert. Par conséquent, ce que nous disons dans ces chapitres n'atteint pas le degré de précision recherché dans les chapitres ultérieurs (...)

Les chapitres IV à VII s'occupent de certains problèmes d'analyse du langage (...)

Les chapitres VI et VII s'occupent des questions syntaxiques, notamment des "noms propres" et des "circonstanciels égocentriques", c'est-à-dire de mots tels que "ceci", "je", "maintenant", dont la signification se rattache au locuteur (...)

Les quatre chapitres suivants s'occupent de la connaissance perceptives et plus spécialement des "propositions de base", c'està-dire des propositions qui, le plus directement, exploitent la connaissance dérivée de la perception.

Nous avons dit que la tâche de l'épistémologie est de disposer les propositions qui constituent notre connaissance dans un certain ordre logique au sein duquel les dernières propositions admises le sont en raison de leur rapport logique avec celles qui les précèden (...)

Nous passons ensuite à l'analyse des "attitudes propositionnelles", c'est-à-dire de la croyance, du désir, du doute, etc. que ceci ou cela se produise. Tant du point de vue logique que du point de vue de la théorie de la connaissance, l'analyse de ces attitudes est importante, plus spécialement dans le cas de la croyance (...)

La théorie de la vérité et de la fausseté qui découle naturellement de considérations du genre de celles que j'ai suggérées est une théorie épistémologique, c'est-à-dire qu'elle ne fournit une définition du "vrai" et du "faux" que dans le cas où il est possible d'instituer une méthode quelconque permettant d'obtenir une connaissance telle qu'elle permette de trancher (...)

Finalement, reste la question : dans quelle mesure, voire aucune, les catégories logiques du langage corespondent-elles aux éléments du monde non linguistique dont le langage traite ?

Trois thèses me paraissent particulièrement importantes dans ce qui suit :

I. On s'efforce de montrer que, sur la base d'une expérience isolée, un certain nombre d'énoncés de forme verbale se justifient.

II. Dans toute assertion, il faut séparer deux aspects. Côté subjectif, l'assertion exprime un état du locuteur ; côté objectif, elle prétend "indiquer" un "fait" et elle y réussit quand c'est vrai. La psychologie de la croyance ne s'occupe que de l'aspect subjectif. La question de la vérité et de la fausseté a trait également à l'aspect objectif. On s'aperçoit que l'analyse du contenu "exprimé" par un énoncé rend possible des mots logiques tels que "ou", "non", "tous", et "quelque".

III. Enfin, il y a la question du rapport entre vérité et connaissance. On s'est efforcé de définir "vérité" en termes de "connaissance", ou à l'aide de concepts tels que celui de "vérifiabilité", comportant de la "connaissance". Ces tentatives, si elles sont menées en bonne logique, conduisent à des paradoxes qu'il n'y a pas de raison d'accepter. Je conclus que "vrai" est le concept fondamental et que c'est la "connaissance" qui doit se définir en termes de "vérité", et non l'inverse. Cela entraîne la conséquence qu'une proposition peut être vraie, encore que nous ne puissions voir aucun moyen d'administrer de preuve ni pour ni contre elle. Cela comporte également un abandon partiel de l'agnosticisme métaphysique complet qui est en faveur chez les positivistes logiques.

Table des matières :

Biographie

Avant-propos

Préface

introduction

I. Qu'est-ce qu'un mot ?

II. Phrases, syntaxe et parties du discours

III. Phrases décrivant des expériences

IV. Le langage-objet

V. Mots logiques

VI Noms propres

VII Circonstanciels égocentriques

VIII. Perception et connaissance

IX. Prémisses épistémologiques

X. Propositions de base

XI Prémisses de fait

XII. Analyse de problèmes relatifs aux propositions

XIII. Sources des phrases pourvues de sens

XIV. La langage en tant qu'expression

XV. Ce que les phrases "indiquent"

XVI. Vérité et fausseté : discussion préliminaire

XVII. Vérité et expérience

XVIII. Croyances générales

XIX. Extensionalité et atomicité

XX. Le principe du tiers exclu

XXI Vérité et signification

XXII. Signification globale et vérification

XXIII. Assertabilité garantie

XXIV. Analyse

XXV. Langage et métaphysique

 

 

"Le 18 mai 1969, Bertrand Russel aura célébré son quatre-vingt-dix-septième anniversaire. C'est assez dire qu'il a pu tenir sur le monde contemporain, pendant près d'un siècle, des appréciations très contrastées, des jugements très controversés, voire afficher des attitudes contradictoires. Il lui est arrivé dans sa vie privée de provoquer et "caresser le scandale" et dans sa vie publique de "mépriser l'opinion des honnêtes gens" - ou mieux "des gens comme il faut".

Né à Rovenscroft (Monmouthshire), il fut orphelin dès l'âge de quatre ans et placé à Richemond sous la tutelle austère de sa grand-mère, Lady John Russell. En compagnie de son aîné, il fut instruit par un précepteur avant d'aborder Cambridge. Ses dons en  mathématiques et son esprit critique à l'égard des enseignements philosophiques en honneur à Trinity vers les années 1890, devaient lui assurer deux amitiés durables et décisives : celle de son condisciple G.E. Moore et celle de son maître A.N. Whitehead. De la première résultèrent pour un temps ses tendances néo-réalistes, et de la seconde, la collaboration étroite aux Principia Mathematica (1911-1913). Ses faveurs allèrent bientôt, de plus en plus, à une épistémologie fondée sur un "atomisme logique". L'ouvrage que l'on va lire en porte la trace.

Politiquement, il est allé progressivement du libéralisme "radical" des Amberley et du libéralisme plus traditionnel des Russell vers un socialisme travailliste, très affranchi lui-même après la seconde guerre, et jusqu'à la rupture et l'installation, défrayant la chronique, du "Tribunal Russell".

Son pacifisme s'esr formé au cours de la première guerre mondiale et lui valut une incarcération, en 1916, à la prison de Brixton. Il s'est consolidité sous la menace de la guerre thermo-nucléaire.

On ne saurait sans cette brève biographie liminaire d'un penseur pour lequel écrire c'est vivre sa pensée, évoquer le contenu de quelques cinquante ouvrages et nombreux articles jalonnant l'itinéraire intellectuel de ce philosophe hors gabarit.

Ces ouvrages se répartissent en trois groupes principaux : une ample contribution, sans interruption, aux sciences morales et politiques ; un apport non moins considérable à l'analyse de l'impact de la science sur notre mentalité philosophique ; mais surtout un ensemble privilégié d'ouvrages consacrés au renouvellement de la logique mathématique, et par là, à l'aménagement du corps de doctrine destiné à constituer les piliers de l'épistémologie de notre temps.

C'est à ce dernier groupe qu'appartient Signification et Vérité.

Les innombrables "rencontres" de sa vie mouvementée ont toutes eues un retentissement prolongé sur sa réflexion et sur son comportement social. Toutes ont été l'occasion d'un approfondissement et de quelque mise en question, plus ou moins déchirante.

Son autobiographie (Stock) évoque ce monde et ses tourments et ses joies, l'Histoire de mes idées philosophiques (Gallimard), Facts and Fiction (Allen& Unwin) également. Alan Wood nous a laissé de lui le portrait d'un "sceptique passionné" (Payot). Tous ceux qui l'ont appoché ont gardé de lui un souvenir fascinant. C'est qu'il s'agit bien d'un grand philosophe : le plus humain et le plus profond, le plus clarifiant et le plus complet de notre temps (Philippe Devaux)

 

 

 

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