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Gaston Berger, membre de l'institut, Traité pratique d'analyse du caractère, Presses universitaires de France, 1979 (première édition : 1950), avant-propos de René Le Senne

Gaston Berger (1896-1960)

Né le 18 octobre 1896 à Saint-Louis du Sénégal, décédé le 13 novembre 1960 à Longjumeau, Gaston Berger est un industriel, philosophe, et haut fonctionnaire français, connu principalement pour ses études sur Husserl et pour ses travaux sur la caractérologie. Il est le père du chorégraphe Maurice Béjart.

Êtes-vous un "passionné" comme Napoléon, un colérique comme Victor Hugo, un sentimental comme Jean-Jacques Rousseau, un nerveux comme Baudelaire, un flegmatique comme Emmanuel Kant, un sanguin comme Talleyrand, un apathique comme Louis XVI ou un amorphe comme La Fontaine ? Ce livre vous permettra de mieux vous connaître (et de mieux connaître les autres et donc de mieux gérer vos relations avec eux).

"La caractérologie mérite vraiment d'être tenue pour une science. Elle nous met en présence d'un immense domaine à reconnaître, dont les psychologues et aussi les romanciers, les hommes d'action, les auteurs dramatiques, les moralistes ont aperçu quelques aspects, mais dont l'exploration méthodique est récente. Toutes les découvertes ne sont pas faites. D'autre part, loin d'apparaître comme une application de la psychologie générale ou simplement une de ses parties, la caractérologie se présente comme une discipline originale. Elle propose une manière nouvelle de reprendre la psychologie tout entière, à partir de la réalité concrète des individus et non en étudiant quelques grandes fonctions que l'on suppose identiques ou du moins analogues chez tous les hommes."

(Gaston Berger, Traité pratique d'analyse du caractère, p. 20)

Caractère : "Il est, comme le dit M. Lalande dans le Vocabulaire de la Philosophie, l'ensemble des manières habituelles de sentir et de réagir qui distinguent un individu d'un autre (VII, T. I, p. 95), habituelle, ne signifiant pas qu'elles sont dues à l'habitude, mais qu'elles ont une fixité relative. Ainsi entendu, on ne saurait nier que chacun ait un caractère, même les inconsistants dont le changement d'humeur est précisément la loi." (G. Berger, Traité pratique d'analyse du caractère, p. 35)

Selon Gaston Berger, notre personnalité est gouvernée par trois grands facteurs : l'émotivité, l'activité et la secondarité et le "caractère" est une manière particulière d'aborder les conflits avec le monde et avec les autres.

1) l'émotivité : "nous appelons émotif celui qui est troublé quand la plupart des hommes ne le sont point ou qui, dans des circonstances données, est plus violemment ému que la moyenne. Le non-émotif est au contraire, celui qui est difficile à émouvoir et dont les émotions sont peu violentes."

2) l'activité : "ce que signifie cette notion, en caractérologie, n'est pas le comportement de celui qui agit beaucoup, mais la disposition de celui qui agit facilement. L'actif agit de lui-même, l'impulsion semblant venir de lui et les choses n'étant que des occasions. L'inactif, au contraire, agit contre son gré, à son corps défendant, avec peine, souvent en grommelant ou en se plaignant."

3) la secondarité : cette notion se rattache à celle de "retentissement", analysée par le psychologue allemand Otto Gross. Toutes les impressions que nous subissons, ou plus généralement toutes nos représentations, exercent sur nous, pendant qu'elles sont présentes, une action immédiate que nous pouvons appeler leur "fonction primaire". Mais, lorsqu'elles ont disparu du champ de la conscience claire, elles continuent à "retentir" en nous-mêmes et à influencer notre manière d'agir et de penser. C'est cette action prolongée qui est leur "fonction secondaire". Par extension, on appelera "primaires" les individus chez lesquels les impressions agissent surtout par leur fonction primaire, "secondaires" ceux chez qui les impressions ont un fort retentissement et exercent par conséquent une "fonction secondaire" importante.

Ces trois facteurs se combinent pour produire huit grands types de caractères :

Les passionnés (émotifs, actifs, secondaires) : Napoléon, Pascal, Racine, Corneille, Flaubert, Michel-Ange, Pasteur

Les colériques (émotifs, actifs, primaires) : V. Hugo, Mirabeau, G. Sand, Gambetta, Péguy

Les sentimentaux (émotifs, non actifs, secondaires) : Vigny, Amiel, Biran, Rousseau, Kierkegaard, Robespierre

Les nerveux (émotifs, non actifs, primaires) : Baudelaire, Musset, Poe, Verlaine, Heine, Chopin, Stendhal

Les flegmatiques (non émotifs, actifs, secondaires) : Kant, Washington, Joffre, Franklin, Turgot, Bergson

Les sanguins (non émotifs, actifs, primaires) : Montesquieu, Talleyrand, Mazarin, Anatole France

Les apathiques (non émotifs, non actifs, secondaires) : Louis XVI

Les amorphes (non émotifs, non actifs, primaires) : La Fontaine

S'appuyant sur les travaux de René Le Senne et les enquêtes statistiques d'Heymans et Wiersma, Gaston Berger analyse chacun de ces huit types de caractère et leur attitude dans la vie.

G. Berger explique qu'Il ne faut pas prendre les mots "colérique", "nerveux", "apathique", "amorphe" au sens courant ou leur attacher une signification péjorative.

Le livre comporte un test sous forme de questionnaire, page 149, portant sur les trois principaux facteurs qui composent le caractère : l'émotivité, l'activité, la secondarité et sur six facteurs complémentaires : la largeur du champ de conscience, la polarité (Mars/Vénus), l'avidité, les intérêts sensoriels, la tendresse et la passion intellectuelle.

Les facteurs de tendance  (aucune de ces tendances ne se trouve "à l'état pur" chez le même individu) :

La polarité Mars/Vénus : La première liée à une attitude de conquête au sens de l'agression, la seconde une attitude de conquête au sens de la séduction.

La largeur de champ de conscience est la précision sur les détails (champ de conscience étroit) ou au contraire le besoin d'appréhender un domaine de façon plus vaste quitte à en avoir une vision moins exacte, mais plus générale (champ de conscience large) : esprit de finesse et esprit de géométrie mentionnés par Pascal, ainsi que l'opposition entre le chercheur de pointe et le vulgarisateur.

L'avidité : "Dans son principe, ce que nous appelons avidité est la faim, le besoin de faire entrer en soi le monde extérieur et de le transformer en sa propre substance."

Les intérêts sensoriels : "La sensation, quand elle est vraiment maîtresse et qu'elle envahit tout, est un ravissement. Elle est sortie de soi, "ec-stase". Elle nous offre un monde qui se suffit. L'un de ceux qui en ont le mieux célébré les attraits, André Gide, excelle à saisir à l'état pur le jeu des couleurs, des formes, des mouvements..." (p. 106)

La tendresse : "Comme l'amour, l'amitié, telle que la conçoivent les âmes tendres, n'est ni un échange de services, ni la simple occasion d'un divertissement intellectuel, mais l'union de deux âmes, le don de soi à l'autre, l'émotion commune de deux sensibilités."

La passion intellectuelle : "Comme étrangère à la vie, éloignée des pulsions biologiques fondamentales, elle est le désir de savoir et surtout de comprendre, en dehors de toute utilité pratique et de tout souci d'application."

Le chapitre VIII ("Illustration et interprétation du questionnaire") permet de mieux comprendre le sens des facteurs et de faciliter la conduite de l'analyse. Chaque question y est illustrée de nombreux exemples qui permettent de la replacer dans le cadre de la vie concrète.

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"La vie de Nietzsche est un exemple excellent du conflit entre la tendresse et l'avidité. S'il a si bien su décrire la volonté de puissance, c'est qu'il en connaissait par expérience personnelle l'appel impérieux. Mais l'obstacle qu'il rencontrait ne résidait pas dans la résistance des choses et des êtres, mais dans la tendresse de son propre coeur. En luttant contre la pitié, c'était contre lui qu'il luttait. Il s'oppose avec violence au christianisme, parce que cette religion porte la pitié (la com-passion) à l'absolu.; mais en même temps, il s'identifie dans ses hallucinations à Jésus, le crucifié. Zaratoustra était déjà le sage à la fois le plus dur et le plus tendre. Dans cette âme à la fois exigeante, sensible et lucide, le drame est sans issue. On sait qu'il s'est achevé par l'éclatement de sa personnalité : une ultime crise le jette, lui qui se voulait impitoyable, au cou d'un cheval que maltraitait son conducteur." (Gaston Berger, Traité pratique d'analyse du caractère, p. 100)

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