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Ailleurs est un recueil poétique d'Henri Michaux, publié en 1948. Il réunit trois recueils déjà publiés précédemment :

  • Voyage en Grande Garabagne (1936) ;
  • Au pays de la Magie (1941) ;
  • Ici, Poddema (1946).

Henri Michaux (Namur, 24 mai 1899 - Paris, 19 octobre 1984) est un écrivain, poète et peintre d'origine belge d'expression française naturalisé français en 1955.

"L'auteur a vécu très souvent ailleurs : deux ans en Garabagne, à peu près autant au pays de la Magie, un peu moins à Poddema. Ou beaucoup plus. Les dates précises manquent.

Ces pays ne lui ont pas toujours plu excessivement. Par endroits, il a failli s'y apprivoiser. Pas vraiment. Les pays, on se saurait assez s'en méfier. Il est revenu chez lui après chaque voyage. Il n'a pas une résistance indéfinie.

Certains lecteurs ont trouvé ces pays un peu étranges. Cela ne durera pas. Cette impression passe déjà. Il traduit aussi le Monde, celui qui voulait s'en échapper. Qui pourrait échapper ? Le vase est clos. Ces pays, on le constatera, sont en somme parfaitement naturels. On les retrouvera partout bientôt... Naturels comme les plantes, les insectes, naturels comme la faim, l'habitude, l'âge, l'usage, les usages, la présence de l'inconnu tout près du connu.

Derrière ce qui est, ce qui a failli être, ce qui tendait à être, menaçait d'être, et qui entre des millions de "possibles" commençait à être, mais n'a pu parfaire son installation..."

Dans la Pénincule Assouline

En Grande Garabagne et surtout dans la Péninsule assouline, les rapports entre hommes et femmes diffèrent à l'infini, d'un endroit à l'autre. Et c'est fait exprès, car rien, disent-ils, n'est absorbant comme ces choses, jusqu'à couvrir l'existence entière, une fois qu'elles ne sont pas réussies, alors que, simples, elles doivent glisser dans l'ensemble de la vie. Et ce qui convient à l'un ne convient pas à l'autre.

L'homme non satisfait s'en va dans un village voisin (il y a des usages et des moeurs différents à moins d'une demi-journée de distance).

Dans la région d'Umbal, ils n'ont besoin que de tendresse. On y voit, dès l'âge de six ou sept ans, un garçonnet se vouer à une petite fille, rechercher partout sa compagnie, lui tenir le langage de la douceur, et jamais il ne se touchent, sauf aux doigts. Leurs yeux sont baignés de lumière.

Mariée, la jeune femme reste longtemps encore dans sa famille, et si elle s'installe chez son mari, c'est plutôt pour y avoir son "chez soi" où jamais il ne vient qu'en invité, tenu comme n'importe qui à la civilité et à la discrétion.

Elle ne se rend vraiment chez lui qu'une fois l'an. Alors il lui fait un enfant, agréablement du reste et sans honte. Elle se retire ensuite vivement chez elle où elle ne consent à le voir de la semaine.

On ne rencontre pas chez eux de ces gougeats qui voudraient posséder leur femme tous les soirs. Ils ne seraient pas tolérés. On les bannirait aussitôt. Mais ils peuvent aller librement en Immérie.

En Immérie, le culte du sexe de la femme existe, sans aucun souci de sa personnalité ou de son caractère. Et jamais ils ne passent de l'un à l'autre.

Les gens y sont très mous et leur volupté, sinon leur jouissance, est prolongée, mais pas tellement intense. Pays marécageux, climat chaud qui exténue.

Ils préfèrent à tout les orgies en foule dans l'obscurité profonde. Un homme y est sacrifié, parfois plusieurs. Au moment même de la jouissance amoureuse, il est étranglé par sa compagne et par ses amis. Il sombre dans la mort et dans la volupté presque au même instant."

 

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