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René Girard, Celui par qui le scandale arrive, Desclée de Brouwer, 2001

"La violence semble aujourd'hui prise dans un processus d'escalade qui rappelle la propagation du feu, ou celle d'une épidémie ; mais, en dehors des grandes images mythiques qui ressurgissent, les mots manquent pour dire ou décrire ce qui risque de nous submerger.

Le présent ouvrage s'élève ainsi contre le relativisme qui mine les pensées contemportaines, incapables de saisir la violence à la racine de tout ordre symbolique. Car la violence n'est pas politique, encore moins biologique, mais mimétique : qui n'a pas compris les ressorts de l'imitation s'interdit de pouvoir comprendre les menaces qui sont en train de poindre.

René Girard revient sur sa conviction que seuls la théologie de la Croix de saint Paul, les Evangiles et l'Apocalypse de Jean, prophétisés par la Bible, sont à même de dévoiler l'origine cachée des institutions humaines. Il révèle également les grandes lignes de son travail en cours : un darwinisme revisité, une anthropologie qui, ne pouvant rester sourde à la révélation, se conforme aujourd'hui à une théologie. Il précise enfin les points qui  l'attachent et ceux qui l'opposent à l'oeuvre de Claude Lévi-Strauss.

Alerte, toujours en devenir, quitte à réviser d'anciennes analyses pour mordre sur les problèmes les plus contemporains, cette pensée foisonnante réserve au lecteur de belles surprises."

"Celui par qui le scandale arrive ! Ce titre presque trop magnifique et quelque peu compromettant, m'a été proposé par Maria Stella Barberi et elle m'assure qu'en le soumettant à Benoît Chantre des éditions Desclée de Brouwer, elle ne songeait pas du tout à la personnalité de l'auteur ! Ce sont les sujets traités qui l'ont inspirée : ils portent tous sur les points controversés de la théorie mimétique.

Dans les trois essais qui constituent la première partie de ce livre, aussi bien que dans l'entretien avec Maria Stella Barberi qui constitue la seconde, je réponds à des objections qu'on me fait depuis longtemps, à des questions jamais encore traitées dans mes livres antérieurs, ou seulement effleurées. En même temps, je poursuis l'exploration des thèmes qui me tiennent à coeur, avec des exemples concrets et dans un cadre plus moderne que par le passé.

Dans le premier essai, après une brève analyse mimétique du terrorisme aujourd'hui, j'aborde le problème des conflits qui éclatent fréquemment entre des indifférents, des êtres qu'aucun désir ne rapproche ni ne sépare. Je montre pourquoi ces conflits-là, même et surtout les plus futiles, sont aussi mimétiques que s'ils s'enracinaient, avec tant d'autres, dans le désir trop partagé d'un objet non-partageable. La substance même des rapports humains, quels qu'ils soient, est faite de mimétisme.

La question majeure du second essai, est celle de l'ethnocentrisme souvent reproché à ma perspective anthropologique. Ceux qui protestent contre "l'ethnocentrisme occidental" s'imaginent volontiers ne rien devoir à l'Occident puisqu'ils s'en prennent furieusement à lui. En réalité, leur perspective est la plus occidentale qui fut jamais, plus typiquement occidentale que celle de leurs adversaires. (...)

Le troisième essai de la première partie, écrit en l'honneur de Raymund Schwager n'a jamais été publié en français. Il reconnaît le bien fondé du recours au terme "sacrifice" dans le christianisme. C'est une rectification de la thèse dite "antisacrificielle" qui caractérise mes premiers écrits sur ce sujet et, surtout, Des choses cachées depuis la fondation du monde (Grasset, 1978). Cette rectification est loin d'être de pure forme sur le plan théologique, mais elle ne change absolument rien à l'anthropologie mimétique. Elle rend ma perspective plus conforme aux grandes théologies traditionnelles, aussi conforme que je l'ai toujours souhaité. Raymond Schwager lui-même avait compris ce souhait, à la différence d'autres théologiens qui s'obstinent à m'imposer des examens de passage théologiques auxquels ils me recalent impitoyablement, alors qu'ils ont renoncé depuis longtemps à ce genre d'épreuve pour le reste de la chrétienté, et en particulier pour eux-mêmes. C'est un bien grand honneur qu'ils me font." (René Girard, Celui par qui le scandale arrive, avant-propos, p. 7-8)

Table des matières :

Avant propos

I. Contre le relativisme

Violence et réciprocité

Les bons sauvages et les autres

Théorie mimétique et théologie

II. L'envers du mythe

Entretiens avec Maria Stella Barberi

 

 

 

 

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