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Henrik Ibsen, Une maison de poupée, traduction, introduction, biographie et chronologie par Régis Boyer, GF-Flammarion, 1994 (Editions du Porte-Glaive, Paris, 1988 pour la traduction)

Henrik Johan Ibsen (20 mars 1828, Skien, Norvège - 23 mai 1906, Christiania, est un dramaturge norvégien.

Résumé de la pièce :

Nora, personnage principal de la pièce, est mariée depuis huit ans au banquier Torvald Helmer, avec lequel elle a eu trois enfants. Son mari la traite comme une mineure, ne cessant de l'appeler son "alouette" ou son "petit écureuil" et de lui dicter ce qu'elle doit faire, considérant que c'est le rapport normal entre un homme et sa femme, comme le veut l'idéologie de l'époque.

L'intrigue se greffe sur un événement qui s'est produit peu après leur mariage : le médecin de famille a annoncé à Nora que son mari était atteint d'une grave maladie et que le seul moyen de le sauver était de l'emmener se reposer en Italie, d'où il est effectivement revenu guéri. Mais le voyage coûtant cher et Nora n'en ayant pas les moyens, elle n'a trouvé d'autre recours que d'emprunter l'argent à Krogstad, un collègue de son mari, à l'insu de ce dernier et de faire un faux en écriture, sans avoir conscience de la gravité de son acte.

Krogstad envoie une lettre expliquant tout à Helmer. Ce dernier réagit avec horreur, dégoût et colère. Il ne pense qu'à sa réputation, et qualifie l'amour qui a poussé Nora à agir comme elle l'a fait de "prétexte stupide".

Peu après, une seconde lettre parvient à Helmer, contenant la reconnaissance de dette de sa femme : Krogstad renonce à rendre l'affaire publique. À la suite de quoi Helmer pardonne à sa femme. Mais la pièce ne s'arrête pas là : Nora quitte son mari pour mieux comprendre le monde et trouver ses propres réponses aux grandes questions de la vie. Dans l'optique d'un possible retour, elle impose une condition à son mari : "que leur vie en commun puisse devenir un mariage".

Extrait :

Helmer

Quoi ! Tu ne verrais pas claire dans ta situation ici, dans ton propre foyer ? Pour des questions de ce genre, n'as-tu pas un guide infaillible ? N'as-tu pas la religion ?

Nora

Hélas, Torvald, le fait est que je ne sais pas au juste ce qu'est la religion.

Helmer

Qu'est ce que tu dis là ?

Nora

Je ne sais pas ce que le pasteur Hansen disait quand j'ai fait ma confirmation. Il faisait valoir que la religion était ceci ou cela. Quand j'aurais quitté tout ça ici et que je serai seule, j'examinerai cette question comme les autres. Je verrai si ce que le pasteur Hansen disait est exact ou, en tout cas, si c'est exact pour moi.

Helmer

Oh ! entendre une femme dire des choses pareilles, c'est tout de même inouï. Mas si la religion ne peut te mettre sur le droit chemin, laisse-moi tout de même sonder ta conscience. Car tu as tout de même un sens moral ? Ou bien, réponds-moi... tu n'en as pas, peut-être ?

Nora

Vois-tu, Torvald, ce n'est pas facile de répondre. En fait, je ne sais pas, tout simplement. Je suis complètement perdue dans tout cela. Je sais seulement que j'ai sur ces choses-là une toute autre opinion que toi. J'apprends aussi que les lois ne sont pas ce que je croyais. Mais que les lois soient justes, je n'arrive pas à me mettre ça dans la tête. Ainsi, une femme n'aurait pas le droit d'épargner son vieux père mourant ou de sauver la vie de son mari ! Des choses comme cela, je n'y crois pas.

Helmer

Tu parles comme une enfant. Tu ne comprends rien à la société dans laquelle tu vis.

Nora

Non, je n'y comprends rien. Mais je vais m'y mettre à présent. Il faut que j'arrive à décider qui a raison, de la société ou de moi.

Helmer

Tu es malade, Nora. Tu as la fièvre. Pour un peu, je croirais que tu as perdu la raison.

Nora

Je ne me suis jamais sentie aussi lucide et sûre de moi que cette nuit.

Extrait d'une analyse de Régis Boyer, traducteur de la pièce en français : "(...) Ce dont il est question dans Une maison de poupée, ce n'est pas de la Femme, de la Mère, de l'Epouse du banquier Helmer, c'est de la Personne humaine, ni plus ni moins. De ses devoirs, certes, mais surtout de ses droits imprescriptibles. Et il est parfaitement clair que, dans les circonstances sociales, il faudrait dire socio-historiques où elle se trouve, ne disons pas : elle n'a pas été "comprise", mais tout simplement, elle n'a jamais été envisagée comme être humain, les disciples chrétiens d'Emmanuel Mounier diraient : comme Personne.  (...)

Ce qui est refusé à Nora, c'est d'être une Personne humaine capable (...) d'amour, capable de la totale liberté de l'amour, c'est en cela qu'elle se trouve annihilée. Aux banquiers et aux pasteurs dûment salariés (comme dirait Kierkegaard) de condamner cette "pécheresse" (cette "folle"). Pour Nora, elle n'a plus qu'à tenter d'être elle-même, de vivre dans la liberté totale, la pureté véridique de son coeur d'enfant. On devine bien qu'elle n'y résistera pas, qu'elle sera brisée comme tant d'autres pélerins de l'absolu (...)

 

 

 

 

 

 

 

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