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Le génie prophétique de Dostoïevski

"Avant de rejeter Dostoïevski pour des raisons politiques, rappelons-nous que, même si sa férocité contre ceux qu'on appelle toujours des révolutionnaires fut sans exemple, il ne se montra pas plus tendre pour ceux qui se considèrent aujourd'hui comme des conservateurs, je veux dire les premiers partisans du libre-échange, les fondateurs de l'ultra-libéralisme.

La résistance farouche des démocraties dans le passé, leur durable résistance aux menaces du totalitarisme qui a englouti la Russie si longtemps n'offrent aucune garantie pour l'avenir. La prolifération des symptômes souterrains dans notre société rappelle étonnamment Dostoïevski.

Comparons notre monde à celui de la Russie de la fin du XIXème siècle. Le plus frappant, c'est moins le degré d'intelligence, de modernité, de "complexité", de "progrès" auquel nous sommes parvenus que leur stupéfiante ressemblance.

Que dirait Dostoïevski de nos universités "multiculturelles", de nos tristes "libérations" sexuelles, de nos extrémismes féministes qui font rentrer dans la gorge des Eglises chrétiennes humblement soumises leurs versions "intégrales" de la Bible ? Inutile de se poser la question ; il suffit de lire Les Possédés.

Nous sommes en train de vivre un remake permanent du roman le plus prophétique de Dostoïevski. Tout y est, jusqu'à la silencieuse complicité de nos élites et à l'universel appétit pour les scandales, si bien entretenu et orchestré par les médias.

(...) Le génie prophétique de Dostoïevski  reste méconnu. Notre époque n'est pas dostoïevskienne en ce sens qu'elle répugne à entendre, en raison même de son extrême pertinence, l'avertissement que ses romans nous adressent. Relisant Les Possédés, je ne puis m'empêcher de me demander si notre époque ne s'éloigne pas de Dostoïevski dans la mesure où elle est dostoïevskienne au sens souterrain du terme, c'est-à-dire mimétique jusqu'à l'hystérie.

Pour miner nos illusions contemporaines, Dostoïevski n'a pas besoin d'en faire une caricature impitoyable ; il lui suffit de montrer que nos plus sensationnelles innovations, nos plus originales créations ne sont le plus souvent que de vieilles idées du XIXème siècle recyclées tous les dix ans, avec toujours plus de claironnante arrogance."

(René Girard, La voix méconnue du réel, "Le désir mimétique dans le souterrain", p. 223-225)

 

 

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