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Sören Kierkegaard, Ou Bien... Ou bien (Enten-Ellen), traduit du Danois par F. et O. Prior et M.H. Guignot, introduction de F. Brandt, Tel/Gallimard.

"Sören Kierkegaard naquit à Copenhague le 5 mai 1813 et il mourut dans cette même ville le 11 novembre 1855. Ainsi, il ne dépassa pas l'âge de 42 ans. Mais si courte que fût sa vie, il parvint à déployer une imposante activité littéraire. Dans l'édition danoise, ses oeuvres comportent quatorze gros volumes. En outre, à sa mort, il laissa un Journal intime commencé à sa vingt-deuxième année et qui se poursuit presque sans interruption jusqu'à sa mort. L'édition danoise complète compte vingt volumes."

"Les lecteurs français qui désirent étudier l'étrange philosophie de Sören Kierkegaard feront bien de commencer par Enten-Eller. L'auteur considérait lui-même cet ouvrage comme un des fondements de la partie essentielle de sa philosophie qu'il appelait "la philosophie des stades de la vie" ou "philosophie des sphères d'existence". Ces termes correspondent à peu près à ce que les Allemands appellent "Lebensphilosophie".

Il y distingue trois stades principaux : le stade esthétique, le stade ethique et le stade religieux. De plus, il existe deux "stades intermédiaires" : le stade ironique, qui forme l'intermédiaire entre l'esthétique et l'éthique, et le stade humoristique qui se place entre les stades éthiques et religieux.

Dans une suite d'ouvrages pseudonymes ayant paru au cours des années 1843-46, Kierkegaard a traité ces stades à la fois en philosophe, en psychologue et en artiste. Les plus impotants sont Enten-Ellen, La Répétition, Crainte et Tremblement, Le Concept d'angoisse, Les étapes sur le chemin de la vie et Postscriptum aux miettes philosophiques.

Enten-Ellen qui parut en 1843, lorsque Sören Kierkegaard était dans sa trentième année, traite d'une manière particulièrement détaillée des stades esthétique et éthique. Comme tous les autres ouvrages, celui-ci est profondément enraciné dans la vie et la personnalité de Kierkegaard.

(...) La caractéristique la plus abstraite des trois stades peut être exprimée en disant que l'esthéticien est l'homme qui vit dans l'instant, dans le moment isolé, que le moraliste, ou, comme on dit en danois, "l'éthicien", est celui qui vit dans le temps, dans la continuité vitale et que le religieux est celui qui vit en rapport avec l'éternité, c'est-à-dire pour lequel l'instant et le temps, le temporel, n'ont d'importance qu'en rapport avec l'éternité.

Enten-Ellen ne traite que des stades esthétiques et éthique.

En ce qui concerne la philosophie des stades, Kierkegaard attache une importance spéciale à démontrer qu'on ne peut aller d'un stade à l'autre que par un "saut" (spring).  L'esthéticien ne peut devenir moraliste (éthicien) qu'à l'aide d'un "saut" et ce dernier ne peut devenir religieux que par un "saut", c'est-à-dire un changement décisif de tout son état d'esprit. Dans ce sens Kierkegaard tient les différents stades bien délimités. Chaque stade a ses prémisses spécifiques. Toutefois, une personne peut très bien "sauter" d'un stade à l'autre. Il y a également lieu de croire que dans l'ordre formel des stades, Kierkegaaard a vu un ordre réel de succession, une chronologie plus ou moins nettement applicable à la vie de beaucoup de personnes. Cet ordre formel est le suivant : le stade esthétique - le stade ironique - le stade éthique - le stade humoristique - le stade religieux.

Prenons comme exemple un jeune homme. Il commence peut-être sa vie comme esthéticien ; le but de la vie est tout simplement de jouir de l'existence. Tôt ou tard, l'ennui lui vient. Il est mécontent de sa vie, se rend peut-être compte de son vide. Il est possible que pendant quelque temps il fasse semblant d'être "à la page", mais au fond de son âme, sa conception de l'esthétisme devient ironique. Il se trouve alors dans l'état ironique (note : Kierkegaard emploie le mot "ironie" au sens socratique : interrogation, doute, esprit critique, esprit de recherche (heuristique), remise en question du donné, de l'opinion), transitoire entre le stade esthétique et le stade éthique. Supposons, comme Kierkegaard, qu'un jour "il choisisse le stade éthique". Il vit maintenant en citoyen, responsable du bien et du mal qu'il fait. Le but de l'existence se trouve dans la vie sociale et dans la famille. Mais est-ce là le but final de la vie ? Peut-être qu'un jour il sourira des moralistes sérieux qui considèrent cette vie temporelle comme la seule. Il commence à croire que la vie éthique doit être vue sur un fond d'éternité. Il se trouve alors dans le stade humoristique transitoire qui forme l'analogie du stade ironique.

De même que l'ironiste observe une attitude ironique envers l'esthétisme auquel jusque-là il s'est donné et dont il ne s'est pas encore tout à fait affranchi, de même l'humoriste observe une attitude humoristique envers une conception considérant le stade éthique comme suprême. Il s'achemine vers le stade religieux qui ne donne un sens à la vie que sur un fond d'éternité. C'est ce qui peut arriver. L'homme est conduit par "sauts" du stade esthétique au stade religieux.

Toutefois, pour Kierkegaard, il n'y a aucune nécessité logique ou psychologique dans ce développement. Chaque stade a ses prémisses qui logiquement ne peuvent se dépasser. Autrement dit : certaines personnes restent toute leur vie esthéticiens, d'autres moralistes, d'autres encore humoristes, etc. L'essentiel, pour Kierkegaard, est que l'individu, à n'importe lequel de ces stades où il se trouve, "réalise l'idée du stade".

Quant à lui-même, Kierkegaard s'était rendu compte, en 1840, lorsqu'il avait rompu ses fiançailles, qu'il avait "le choix entre le stade esthétique et le stade religieux". Il "choisit" ce dernier dans une forme spécifique de religion chrétienne. Les écrits les plus profonds sur ce sujet sont La maladie mortelle (1849) et L'Ecole du christianisme (1850). Autant qu'on puisse voir, à aucune époque de sa vie, Kierkegaard n'a douté de la "vérité" de la religion chrétienne.

D'autre part, son rapport personnel à la religion chrétienne a été sujet à des oscillations considérables. Dans sa jeunesse, il en était scandalisé, surtout à cause du "grand tremblement de terre" (grave crise religieuse que vécut Kierkegaard dans sa jeunesse). Plus tard, il évoqua les difficultés intellectuelles de la foi. Pour Kierkegaard, la religion chrétienne était d'un bout à l'autre "paradoxe". Elle était "la croix de sa pensée". Il a développé ce sujet tout au long dans son grand ouvrage systématique intitulé Postscriptum aux miettes philosophiques (1846).

Mais les paradoxes de la foi ne faisaient que l'exciter à une ferveur chrétienne plus profonde. Il était de ceux qui croyaient quia absurdum est. La vérité religieuse était pour lui "subjective" ; elle se trouvait dans la "ferveur" de la foi." (Ferdinand Prior)

Table

Introduction

Avant-Propos

Première Partie

Diapsalmata

Les étapes érotiques spontanées ou l'érotisme musical

Le reflet du tragique ancien sur le tragique moderne

Tracés d'ombre

Le plus malheureux

Les premières amours

L'assolement

Le Journal du séducteur

Présenté en abyme, le roman est constitué d'un Journal lu par le narrateur du roman qui n'intervient personnellement que très peu. Ce Journal raconte la séduction d'une jeune fille par un homme expérimenté, cynique et rusé, dont toutes les ruses, les méandres de la pensée nous sont dévoilés.

Notes

Deuxième partie

La légitimité esthétique du mariage

L'équilibre entre l'esthétique et l'éthique dans l'élaboration de la personnalité

Ultimatum

Notes

 

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