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L'Evangile de Jean, traduit et commenté par Jean-Yves Leloup, éditions Albin Michel, 1989

Jean-Yves Leloup, psychologue et philosophe, prêtre et théologien orthodoxe, connu pour son attachement à la Tradition et son esprit de liberté, renoue avec la "méthode" des Pères de l'Eglise qui ne sépare pas science et expérience spirituelle."

"L'Evangile de Jean est "le Maître Livre" qu'on ne peut éviter et auquel il faut sans cesse revenir. Il donne à vivre autant qu'à penser. Il fallait le traduire de nouveau, dans le respect de son contexte - à la fois grec et sémite - pour que se révèle sa brûlante actualité.

Texte de haute poésie, mais aussi de dialogue où se rencontrent les cultures d'Orient et d'Occident, les voix de l'homme et la voix de Dieu.

"Dans l'Evangile de Jean, il y a du grec et il y a de l'hébreu, c'est-à-dire que l'espace de la lettre y est ouvert pour la poésie et le dialogue, "espace pour une pensée de l'Etre sans oubli de l'Autre". Sauf découverte de nouveaux manuscrits, pour le moment on ne peut le lire qu'en grec et ainsi il nous donne à voir et à contempler "le Verbe de Vie" ; mais les nombreux sémitismes du texte nous invitent aussi à l'écouter, le discuter, le "dialoguer".

Y aurait-il dans l'Evangile de Jean une rencontre possible du penser grec et du penser sémite capable de renouveler le champ de l'herméneutique contemporaine ?

Paul Ricoeur note à propos de Heidegger qu'il lui est parfois arrivé de penser à partir de l'Evangile et de la théologie chrétienne ; mais toujours en évitant le massif hébraïque, qui est l'étranger absolu par rapport au discours grec, il évite la pensée éthique avec ses dimensions de relations à l'autre et à la justice (...) et ne reconnaît pas sa différence radicale avec la pensée ontologique. Cette méconnaissance me semble parallèle à l'incapacité de Heidegger de faire le "pas en arrière" d'une manière qui pourrait permettre de penser adéquatement toutes les dimensions de la tradition occidentale.

La tâche de penser la tradition chrétienne par un "pas en arrière" n'exige-t-elle pas qu'on reconnaisse la dimension radicalement hébraïque du christianisme qui est d'abord enraciné dans le judaïsme, et seulement après dans la tradition grecque ?" (Paul Ricoeur, "Note introductive, Heidegger et la question de Dieu", Paris, 1980, p. 19)

"Pas en arrière" ne veut pas dire nécessairement rétroversion du grec en hébreu comme le proposent certains (Bernard Dubourg et Claude Tresmontant), mais il s'agit de donner une traduction du texte qui respecte au moins la saveur sémite du grec johannique. Cela n'est pas fait pour en faciliter la lecture, c'est une invitation au lecteur pour qu'il approche son souffle de ces braises obscures et que - dans cet effort d'écoute qui est le premier pas du dialogue - elles lui révèlent leur poids de clarté et de chaleur."

Gravure - Pierre-Yves Trémois - L'Aigle de la St Jean / The Eagle of the St John

Note :

René Girard estime que Heidegger a raison de définir le Logos grec comme cette violence - le sacré - qui maintient les doubles ensemble, qui les empêche de s'entre-détruire, mais qu'il s'aveugle, en revanche, à la réalité du Logos johannique.

Pour Heidegger, héritier de la pensée de Nietzsche qui définit le judéo-christianisme comme une morale d'esclaves, il y a une différence dans la violence : la violence du Logos grec est une violence d'hommes libres, alors que la violence johannique  est celle que subissent les esclaves.

Girard montre que si l'on définit la philosophie occidentale par l'assimilation de deux Logos, le Logos héraclitéen et le Logos johannique, Heidegger s'inscrit encore dans cette tradition et qu'il ne peut conclure, comme il le souhaite, cette philosophie puisqu'il ne peut pas montrer de différence réelle entre les deux Logos.

Pour René Girard, il y a une différence essentielle entre le Logos grec et le Logos chrétien : "le Nouveau Testament défait les transferts de la victime émissaire et se déprend  peu à peu de la violence sacrée. Loin de rester sous la dépendance du sacré violent, l'Ancien Testament s'en écarte, mais lui reste assez attaché dans ses parties les plus primitives, pour qu'on puisse lui reprocher d'être violent sans invraisemblances excessive, comme le fait Hegel."

"Ce qui nous apparaît comme violence extrême chez Yahvé, c'est en réalité l'effort de tout l'Ancien Testament pour dévoiler la réciprocité violente des doubles. Dans les Evangiles, ce processus arrive à son terme." (cf. sur ce blog l'article intitulé "Logos héraclitéen et Logos johannique")

Table des matières :

Introduction

Vocabulaire

Traduction

Commentaire du Prologue

Clés et itinéraires : Sept Paroles - Deux femmes - Trois hommes - Une Noce : Qanah

Méditation sur le "Ego Eimi" de l'Evangile de Jean : Le Nom de l'Etre ou l'Etre qui a pour nom "Je Suis" - L'appropriation du Nom divin par Ieschoua de Nazareth - Résonnances au "Je Suis" dans diverses traditions

Eleménts de bibliographie française

 

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