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 Kierkegaard, Crainte et Tremblement, Lyrique-Dialectique par Johannès de Silentio, Traduit du danois par P.-H. Tisseau, introduction de Jean Wahl, Editions Aubier-Montaigne, 1984

Søren Kierkegaard, selon l'état civil Søren Aabye Kierkegaard, né le 5 mai 1813 et mort le 11 novembre 1855 à Copenhague, est un écrivain, théologien protestant et philosophe danois, dont l’œuvre est considérée comme une première forme de l'existentialisme.

Regine Schlegel, née Olsen (23 janvier 1822 – 18 mars 1904), est une femme danoise dont la notoriété provient de sa brève relation avec le philosophe et théologien S. Kirkegaard, de septembre 1840 à octobre 1841.

Après la fin de leur relation, Regine se maria à Johan Frederik Schlegel, un important fonctionnaire d'État. Bien qu'il fût à l'origine de la rupture, Kierkegaard fut anéanti et ne se remit jamais de cette séparation. Regine conserva une influence importante sur la vie et le travail ultérieur du philosophe.

Elle est enterrée au Cimetière Assistens, non loin de Kierkegaard.

 

"C'est en 1841, la même année que Marx, que Søren Kierkegaard (1813-1855) soutient sa thèse de doctorat, sur Le Concept d'ironie chez Socrate. En 1843, quelques mois après L'Alternative, paraissent, le même jour, le 16 octobre, La Répétition et Crainte et tremblement, où la pensée paradoxale de l'auteur va prendre pour point de départ le problème théologiquement et philosophiquement épineux de l'interprétation de l'épisode biblique du sacrifice (la "ligature") d'Isaac par son père Abraham. La morale, dont les exigences sont universelles, peut-elle souffrir des exceptions ? Contre cette prétention à l'universalité, que Kant défendait, Kierkegaard va soutenir la thèse d'une « suspension téléologique de l'éthique ». « Le héros tragique [Agamemnon] renonce à lui-même pour exprimer le général ; le chevalier de la foi [Abraham] renonce au général pour devenir l'individu. » Faisant l'expérience de l'absurde et de la solitude, Abraham témoigne pour une existence irréductible à tout concept. Kierkegaard jette ainsi les fondements d'une pensée de l'existence singulière appelée à de nombreux développements.

Dans son Journal, Kierkegaard écrit ces lignes qui éclairent le sens de Crainte et tremblement : « Il y a en moi un côté poétique prépondérant et la mystification tient justement au fait que Crainte et tremblement, au fond, reproduisait ma propre vie. » C'est en octobre 1841, en effet, que Kierkegaard rompt ses fiançailles avec Régine Olsen, et qu'il commence à jeter frénétiquement les fondements philosophiques de sa propre pensée. Rompre avec le monde, la société, les institutions comme seule mesure de ce qui nous fait homme et homme singulier, tel est le thème qui aiguillonnera toute la recherche passionnée du penseur. Le rapport à l'absolu ne souffre aucun compromis avec les exigences du monde ; souffrance et paradoxe, traversée de l'absurde seront donc le prix à payer afin que l'individu singulier puisse émerger..." (source : encyclopédia universalis)

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"Kierkegaard tenait Crainte et Tremblement pour son meilleur livre ; il suffirait, disait-il, pour immortaliser mon nom. Jamais sa "dialectique lyrique", son art de nous faire sentir au-dessus de nous les caractères spécifiques de ce domaine religieux, au-dessous duquel lui-même ici prétend rester, ne nous ont touché aussi profondément. Jamais, non plus, et il nous le dit lui-même, son exposé ne fut plus intimement uni à ses conflits les plus personnels Mais il n'est pas toujours aisé de saisir la pensée de Kierkegaard, derrière celle de ce Johannès de Silentio, à qui il attribue l'ouvrage, et qui est lui, sans doute, mais non tout à fait lui. "C'est l'oeuvre la plus difficile de Kierkegaard, nous dit Hirsch, et dans laquelle, plus que dans n'importe quelle autre, il a tout fait pour égarer le lecteur."

Quel doit être le rapport de l'individu avec le réel ? Quel doit être son rapport avec le temps ? Ce sont les deux problèmes que Kierkegaard se pose dans Crainte et Tremblement. Ces deux problèmes sont liés et ils sont liés étroitement à la vie même de Kierkegaard. Pris dans leur relation avec cette vie, avec l'individu qu'il fut, ils signifient : pouvais-je épouser ma fiancée ? Devais-je l'épouser, alors que Dieu a fait de moi sinon un élu, au moins un individu isolé ; différent de tous les autres, et quand le mariage aurait été pour elle un malheur ? Devais-je l'épouser quand je sentais en moi, à côté de mes sentiments religieux, d'autres sentiments dont je ne suis pas toujours maître et qui me font peur ? Devais-je l'épouser enfin quand sentais si profondément que, en même temps qu'elle serait devenue ma femme, elle aurait cessé d'être l'idéale jeune fille que j'aimais, pour prendre place dans le réel, tandis que son souvenir seul me serait resté précieux, qu'elle me serait restée précieuse, mais seulement dans le passé ?

Kierkegaard cherche à retrouver le caractère originel du premier instant, du commencement ; il veut redécouvrir la jeune fille, la fiancée sous la femme. Impossible d'y arriver sur le plan esthétique, par les sensations renouvelées. Don Juan ou Edouard le Séducteur seront toujours déçus ; ils n'arriveront pas jusqu'au réel (et c'est ce que tend à prouver le Journal du Séducteur) ; impossible même, du moins pour Kierkegaard, d'y arriver sur le plan éthique, par la constance de la volonté. Reste à aller au-delà des sensations et même au-delà de la volonté, à franchir les limites de l'immanence et à se risquer, à s'aventurer sur le plan religieux, à l'aide d'une sorte de volonté sanctifiée. C'est ce que nous laissent entendre la Répétition (en danois le "Recommencement") et Crainte et Tremblement.

Voici, en effet, la réponse que va nous proposer Kierkegaard : si j'ai assez de foi, si je suis vraiment digne d'Abraham, le père de la Foi, oui, je puis épouser Régine ; je puis renoncer à elle, et, par un miracle incompréhensible, Dieu me la rendra ; ce mariage me sera possible, comme il fut possible à Abraham de retrouver son fils auquel il avait renoncé. Et le temps même sera changé ; de telle sorte que je serai au-dessus du temps ordinaire, dans un temps mûri, mais où rien ne passe, et où la jeune fille restera présente dans la femme. Mais suis-je Abraham ? Et on sait que Kierkegaaard a répondu "non" à cette question, et c'est pourquoi il n'a pas épousé celle à qui il avait donné sa parole." (Jean Wahl)

"Je ne suis pas Abraham, répond Kierkegaard. Mais il s'agit pour lui de décrire Abraham, de le comprendre, ou plus exactement de comprendre qu'on ne peut pas le comprendre, il s'agit de marquer, avec la plus grande honnêteté, les frontières entre les différents domaines de vie, de voir, avec la plus grande honnêteté, ce que c'est que vivre jusqu'au bout de l'idée religieuse, vivre dans l'idée, et de ne pas changer la foi en quelque chose d'autre, la foi qui est un vin fort en l'eau fade de la rationalité hégelienne."

 

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