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Albert Camus, L'Envers et L'Endroit, NRF Gallimard, 1958

Sommaire : Préface - "L'Ironie" - "Entre oui et non" - "La Mort dans l'âme" - "Amour de vivre" - "L'Envers et L'Endroit"

"Les Essais qui sont réunis dans ce volume ont été écrits en 1935 et 1936, lorsque Camus avait vingt-deux ans. On a pu dire que ce petit livre contient ce que Camus a écrit de meilleur. Dans une importante préface qui date de 1958, Albert Camus situe ces Essais dans la structure générale de son oeuvre et il conclut : "si j'ai beaucoup marché depuis ce livre, je n'ai pas tellement progressé". On trouve, en effet, tous les thèmes majeurs de l'oeuvre de Camus dans ces premières pages qu'il a écrites."

Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi, près de Bône, en Algérie et mort le 4 janvier 1960 à Villeblin dans l'Yonne, est un écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, essayiste et nouvelliste français. Il est aussi journaliste militant engagé dans la Résistance française et, proche des courants libertaires, dans les combats moraux de l'après-guerre.

Notes de lecture sur la préface :

"Pour moi, je sais que ma source est dans L'Envers et L'Endroit, dans ce monde de pauvreté et de lumière où j'ai longtemps vécu et dont le souvenir me préserve encore des deux dangers contraires qui menace tout artiste, le ressentiment et la satisfaction." (p. 13)

"Il faut tout faire pour que les hommes échappent à la double humiliation de la misère et de la laideur." (p. 16)

"On sait qu'aujourd'hui l'usage, en France, pour débuter dans les Lettres, et même pour y finir, est de choisir un artiste à railler." (p. 19)

"A ignorer le compliment ou l'hommage, on laissse croire au complimenteur qu'on le dédaigne, alors qu'on ne doute que de soi." (p. 22)

"Dans le secret de mon coeur, je ne me sens d'humilité que devant les vies les plus pauvres ou les grandes aventures de l'esprit. Entre les deux se trouve aujourd'hui une société qui fait rire." (p. 23)

"Relisant L'Envers et L'Endroit après tant d'années, pour cette édition, je sais instinctivement devant certaines pages, et malgré les maladresses, que c'est cela. Cela, c'est-à-dire cette vieille femme, une mère silencieuse, la pauvreté, la lumière sur les oliviers d'Italie, l'amour solitaire et peuplé, tout ce qui témoigne, à mes propres yeux, de la vérité." (p. 25)

"Si la solitude existe, ce que j'ignore, on aurait bien le droit, à l'occasion, d'en rêver comme d'un paradis. J'en rêve parfois, comme tout le monde. Mais deux anges tranquilles m'en ont toujours interdit l'entrée ; l'un montre le visage de l'ami, l'autre la face de l'ennemi. Oui, je sais tout cela et j'ai appris encore ou à peu près ce que coûtait l'amour. Mais sur la vie elle-même, je n'en sais pas plus que ce qui est dit, avec gaucherie, dans L'Envers et L'Endroit." (p. 25-26)

"Peut-il vraiment prêcher la justice  qui n'arrive même pas à la faire règner dans sa vie ?" (p. 27)

Je voulais seulement marquer que si j'ai beaucoup marché depuis ce livre, je n'ai pas tellement progressé. Souvent, croyant avancer, je reculais. Mais, à la fin, mes fautes, mes ignorances et mes fidèlités m'ont toujours ramené sur cet ancien chemin que j'ai commencé d'ouvrir avec L'Envers et L'Endroit, dont on voit les traces dans tout ce que j'ai fait ensuite et sur lequel, certains matins d'Alger, par exemple, je marche toujours avec la même légère ivresse." (p. 28)

"Les secrets qui nous sont les plus chers, nous les livrons trop dans la maladresse et le désordre ; nous les trahissons, aussi bien, sous un déguisement trop apprêté." (p. 29)

"Dans le songe de la vie, voici l'homme qui trouve ses vérités et qui les perd, sur la terre de la mort, pour revenir à travers les guerres, les cris, la folie de justice et d'amour, la douleur enfin, vers cette patrie tranquille où la mort même est un silence heureux. Voici encore... Oui, rien n'empêche de rêver, à l'heure même de l'exil, puisque du moins je sais cela, de science certaine, qu'une oeuvre d'homme n'est rien d'autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l'art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le coeur, une première fois, s'est ouvert. Voilà pourquoi, peut-être, après vingt années de travail et de production, je continue de vivre avec l'idée que mon oeuvre n'est même pas commencée..."

"L'Ironie"

"Tout ça ne se concilie pas ? La belle vérité. Une femme qu'on abandonne pour aller au cinéma, un vieil homme qu'on n'écoute plus, une mort qui ne rachète rien et puis, de l'autre côté, toute la lumière du monde. Qu'est-ce que ça fait, si on accepte tout ? Il s'agit de trois destins semblables et pourtant différents. La mort pour tous, mais à chacun sa mort. Après tout, le soleil chauffe quand même les os." (p. 52)

"Entre Oui et Non"

"S'il est vrai que les seuls paradis sont ceux qu'on a perdus, je sais comment nommer ce quelque chose de tendre et d'inhumain qui m'habite aujourd'hui". (p. 55)

"Au loin, est-ce le bruit de la mer ? Le monde soupire vers moi dans un rythme long et m'apporte l'indifférence et la tranquillité de ce qui ne meurt pas." (p. 57)

"Il y a une solitude dans la pauvreté, mais une solitude qui rend son prix à chaque chose. A un certain degré de richesse, le ciel lui-même et la nuit pleine d'étoiles semblent des biens naturels. Mais au bas de l'échelle, le ciel reprend tout son sens : une grâce sans prix."

Emouvante évocation de la mère de Camus

"A un certain degré de dénuement, plus rien ne conduit plus à rien, ni l'espoir, ni le désespoir ne paraissent fondés, et la vie tout entière se résume dans une image."

"La mort dans l'âme"

Un voyage réel ou imaginaire, symbolique en tout cas, à Prague et en Italie. les deux pôles opposés de la sensibilité de Camus : l'extase et le désespoir.

"Aussitôt sorti, j'étais un étranger. Une fois pourtant, dans un cloître baroque, à l'extrémité de la ville, la douceur de l'heure, les cloches qui tintaient lentement, des grappes de pigeons se détachant de la vieille tour, quelque chose aussi comme un parfum d'herbes et de néant, fit naître en moi un silence tout peuplé de larmes qui me mit à deux doigts de la délivrance." (p. 81)

"In magnificientia naturae, resurgit spiritus."

"De même que j'ai mis longtemps à comprendre mon attachement et mon amour pour le monde de pauvreté où s'est passée mon enfance, c'est maintenant seulement que j'entrevois la leçon du soleil et des pays qui m'ont vu naître." (p. 92)

 

 

 

 

 

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