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Jorge Luis Borges, L'Aleph (El Aleph), traduit de l'espagnol par Roger Caillois et René L.-F. Durand, Gallimard, 1967

Jorge Luis Borges, de son nom complet Jorge Francisco Isidoro Luis Borges Acevedo, est un écrivain argentin de prose et de poésie, né le 24 août 1899 à Buenos Aires et mort à  Genèbe le 14 juin 1986.

Ses travaux dans les champs de l'Essai et de la nouvelle sont considérés comme des classiques de la littérature du XXème siècle.

Table des matières :

Avertissement par Roger Caillois - L'Immortel - Post-scriptum de 1950 - Le Mort - Les théologiens - Histoire du Guerrier et de la Captive - Biographie de Tadeo Isidoro Cruz - Emma Zunz - La demeure d'Astérion - L'Autre Mort - Deutsches Requiem - La Quête d'Averroës - Le Zahir - L'Ecriture du Dieu - Abenhacan et Bokhari mort dans son labyrinthe - Les Deux Rois et les Deux Labyrinthes - L'Attente - L'Homme sur le Seuil - L'Aleph - Epilogue - Post-scriptum de 1952 - Notes

Roger Caillois, né le 3 mars 1913 à Reims à et mort le 21 décembre 1978 au Kremlin-Bicêtre, est un écrivain, sociologue, traducteur et critique littéraire français.

Avertissement par Roger Caillois

La traduction du recueil El Aleph a subi de nombreux et imprévisibles retards. Toutefois, dès 1953, avec l'assentiment de l'auteur, alors à peine connu en France, j'avais traduit et publié quatre des contes qui en font partie, dans un volume à tirage limité sous le titre Labyrinthes. J'avais tenté d'expliquer les raisons qui m'avaient fait réunir ces récits, à savoir : L'immortel, Histoire du Guerrier et de la Captive, L'Ecriture du Dieu, La Quête d'Averroës. Je ne crois pas superflu de reproduire ici mes remarques de naguère :

"Les quatre contes quii suivent sont tirés du dernier recueil de "fictions" de J.L. Borgès : El Aleph. Ils ne se ressemblent guère. Toutefois, ils laissent supposer qu'ils dérivent d'une inspiration commune qui m'a paru justifier de les réunir et de leur donner le titre de Labyrinthes. Les uns compliquent, les autres amenuisent à l'extrême les jeux de miroir où se complaît l'auteur. Le thème du labyrinthe n'y est pas toujours explicitement évoqué. En revanche, plusieurs autres contes du même recueil, que pourtant je n'ai pas cru devoir retenir, se passent dans les labyrinthes réels, où s'égare cette fois le corps, non la pensée du héros. Au contraire, les présents récits placent dans des symétries abstraites, presque vertigineuses, des images à la fois antinomiques et interchangeables de la mort et de l'immortalité, de la barbarie et de la civilisation, du Tout et de la partie.

Par là, ils illustrent la préoccupation essentielle d'un écrivain obsédé par les rapports du fini et de l'infini. Les divers problèmes qu'ils posent l'ont conduit notamment à se représenter de manière très ingénieuse, très variée, très parlante, la scandaleuse nécessité du Retour Eternel, à cheminer par des enchaînements de causes et d'effets qui se divisent et se ramifient sans cesse pour le passé comme pour l'avenir, à compter des possibles qui ne sont pas inépuisables en théorie, mais dont le dénombrement complet serait pratiquement illimité, et dont la multitude annule les différences. Ces couloirs qui bifurquent et qui ne mènent à rien qu'à des salles identiques aux premières et d'où rayonnent ces couloirs homologues, ces répétitions oiseuses, ces duplications épuisantes, enfermement l'auteur dans un labyrinthe qu'il identifie volontiers avec l'univers. Où que l'homme se tienne, lui semble-t-il, il se trouve toujours au centre d'indiscernables reflets, d'inextricables correspondances ; à perte de vue, de conscience, ce sont géminations et scissiparités, harmoniques et allitérations : premiers termes de séries impérieuses et vaines, absurdes, désespérantes, annulaires peut-être.

Rien ne sert de s'efforcer : si loin qu'il s'aventure, l'homme demeure toujours aussi éloigné de l'impensable issue. Dans un labyrinthe, tout se répète ou paraît se répéter : corridors, carrefours et chambres. L'esprit supérieur qui le conçoit - philosophe ou mathématicien - le connaît fini. Mais l'errant qui en cherche inutilement la sortie l'éprouve infini, comme le temps, l'espace, la causalité. Au moins lui est-il impossible de trancher, dans un sens ou dans l'autre. Une expérience trop courte lui fait supposer unique ce qui est infiniment répété ou tenir pour infiniment répété ce qui ne saurait exister deux fois absolument semblable à soi-même. Il regarde L'Odyssée comme un chef-d'oeuvre inimitable, comme une réussite inégalée. En même temps, se remémorant les arguments de Borel, de Poincaré, la fable des singes dactylographes, il doit admettre avec le héros de "L'Immortel" qu' "aussitôt accordé un délai infini, avec des circonstances et des changements infinis, l'impossible était de ne pas composer, au moins une fois, L'Odysée".

Le labyrinthe fournit ainsi le constant et naturel symbole de l'intuition fondamentale qui fait l'unité des quatre apologues contenus dans ce petit livre et de nombreux autres textes - prose ou vers - de Jorge Luis Borges. Le lecteur la retrouvera aisément, tantôt à travers une fantaisie érudite, tantôt dans la parfaite nudité d'une confidence personnelle. (...)

 

 

 

 

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