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Pierre Francastel Art et Technique aux XIXème et XXème siècles, la genèse des formes modernes, volume illustré, édtions de Minuit, 1956, éditions Denoël, éditions Tel/Gallimard

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Pierre Albert Émile Ghislain Francastel est un historien et critique d'art français né 8 juin 1900 à Paris VIIème, ville où il est mort le 2 janvier 1970. Il est une figure majeure de l'Histoire de l'Art au XXème siècle, considéré comme un des fondateurs de la sociologie de l'art.

"Depuis un siècle, les arts plastiques ont accompli leur révolution. Durant cette même période, les progrès des sciences et des techniques ont abouti à une transformation complète de notre connaissance de l'homme et de l'univers. Comprendre cette période, en décrire les différentes phases et en dénombrer les forces créatrices, telle est l'ambition profonde d'Art et Technique. Qu'il s'agisse d'esthétique industrielle ou d'architecture, de sculpture, de peinture abstraite, l'ouvrage de Pierre Francastel est irremplaçable. Il constitue, à ce jour, la seule analyse conséquente de la fonction artistique moderne et de son insertion dans notre société."

"Dès le début du XXème siècle, pour tous les architectes novateurs, la maison cesse d'être considérée comme un cube formé de la liaison rigide de quatre façades dressées à angle droit. Les premières solutions ouvrent la voie à une spéculation qui détermine encore certaines créations particulièrement expressives et saisissantes de l'époque actuelle. dans l'oeuvre de Lloyd Wright, le dynamisme et l'expression l'emportent sur le statisme. Le style permet l'affirmation des tempéraments." (Pierre Francastel)

"Depuis un siècle, l'art est devenu progressivement l'objet d'une curiosité de plus en plus étendue. Il tient aujourd'hui une place importante dans la vie des sociétés modernes : musées, expositions, urbanisme, éducation. Il est logique qu'il soulève certaines passions qui ne relèvent pas toutes de la spéculation esthétique.

Durant la même période, et sans doute comme une cause à la fois et comme une conséquence de son enracinement de plus en plus grand dans le vie sociale, l'art a subi une évolution radicale. Il y a plus d'écart entre Delacroix et Matisse qu'entre Véronèse et Delacroix. Après un siècle, il ne s'agit plus de quelques expériences aventureuses d'enfants perdus ; qu'on le veuille ou non, les formes de l'art d'avant-garde ont triomphé de génération en génération, elles ont constitué, l'une après l'autre, le poncif du lendemain. Il existe indiscutablement un art de la fin du XIXème siècle et du XXème siècle, art qui embrasse toutes les disciplines, de la peinture à la sculpture, de l'architecture aux arts décoratifs, voire aux objets utilitaires les plus éloignés en apparence des domaines traditionnels de l'esthétique.


Cette révolution considérable s'est produite pendant une période de l'Histoire ou d'autres changements non moins décisifs sont survenus dans les différents domaines de l'activité humaine et de la connaissance. Les développements du machinisme et de l'industrialisation, d'une part, les progrès des sciences spéculatives et appliquées d'autre part, ont abouti à une transformation complète de l'univers.

La question se pose donc de savoir quels sont les rapports nouveaux qui se sont établis dans la civilisation contemporaine entre les arts et les autres activités fondamentales, particulièrement les activités techniques, de l'homme.

La réponse habituellement donnée à cette question est assez curieuse. Les critiques et les historiens ont tendance à affirmer que l'art s'est séparé de l'humain. Ils ne nient pas, bien au contraire, son caractère révolutionnaire ; ils lui refusent le sérieux. Ils en font un monstre que certains se donnent pour tâche de justifier - tâche véritablement ingrate et quelque peu paradoxale -, que d'autres, moins sensibles aux valeurs et plus suffisants, stigmatisent de leurs imprécations vengeresses. Tous les hommes ont, à dire la vérité, quelque tendance à considérer comme aberrant ce qu'ils ne comprennent pas (...) Une troisième catégorie d'esthéticiens, plus conscients des pouvoirs stables que des valeurs originales et relatives de l'art, souhaite qu'il devienne la voie du salut pour les sociétés modernes. Ils veulent une rééducation de l'homme par la pratique étendue de certaines formes de l'art considérées comme le produit d'une conscience spontanée. Il existe, enfin, une dernière catégorie de moralistes de l'art, ceux qui pensent que l'oeuvre d'art véritable constitue un absolu, soustrait aux influences superficielles de l'époque. Pour eux, il convient de distinguer entre la production courante des oeuvres de série, qui constituent une espèce de fonction vulgaire de l'art au niveau de la société, et le surgissement sporadique des chefs-d'oeuvres, qui se situent hors du temps et de l'espace, dans le domaine immuable, éternel de la pure Beauté, univers mystérieux ou Phidias est contemporain de Raphaël  et Chagall de Giotto.

"Dans le cercle chromatique, les couleurs extrêmes que le spectre étale se rejoignent et reconstituent l'unité, à la fois stable et vibrante, de la lumière. Robert Delaunay découvre, dès 1912, que la juxtaposition des couleurs dans un ordre défini exprime la totalité des sensations optiques et engendre, en outre, le mouvement."

Il m'a semblé qu'il ne serait pas sans intérêt de reprendre l'étude de ce problème des relations entre l'art et la civilisation technicienne sur des bases nouvelles et plus analytiques. Il ne s'agit pas le moins du monde on le verra, d'adopter le point de vue de ceux qui pensent que l'art est le reflet des modes de vie et d'action d'une société prise comme une réalité supérieure aux consciences individuelles. L'artiste ne se borne pas à matérialiser à travers son tempérament, et grâce au maniement d'une sorte d'instrument qui est sa technique particulière, les sentiments, les pensées générales d'un milieu. Il ne s'empare pas de valeurs immanentes pour les matérialiser, il est essentiellement créateur. L'art est une construction, un pouvoir d'ordonner et de préfigurer. L'artiste ne traduit pas, il invente. Nous sommes dans le domaine des réalités imaginaires.

Mais il ne résulte pas de là que ce domaine de l'imaginaire se trouve sans aucune relation avec la réalité humaine et avec les autres formes d'activité, soit matérielles, soit également imaginaires et figuratives de l'homme suivant d'autres filières de sa pensée. La spéculation du mathématicien est, par excellence, aussi imaginaire, mais elle possède cependant, des relations étroites avec le réel actuel et permanent de l'expérience opératoire.

Le but de cet ouvrage est d'abord de montrer que l'art est une des fonctions permanentes de l'homme et qu'à ce titre elle doit être étudiée comme telle, en elle-même, ainsi que dans ses relations avec d'autres fonctions, comme la fonction spéculative ou la fonction technique, jusqu'ici mieux connues et susceptibles par conséquent de nous aider à découvrir des modes d'approche et des méthodes appropriés à notre sujet (...) (Pierre Francastel, Art et Technique, Introduction)

Robert Jacobsen - Les recherches plastiques actuelles rejoignent les solutions proposées dans le domaine de la figuration par Robert Delaunay à partir de 1912. La véritable adéquation dynamique de la figuration au réel se situe au niveau de l'intégration mentale et non de l'imitation. L'objet figuratif est un objet construit au niveau non du modèle, mais de la représentation.

Franck Lloyd Wright, intérieur d'une maison

La technique et la plastique nouvelles impliquent de nouvelles liaisons opératoires dans la matière et dans l'esprit...

Un des éléments de départ : la surface, a disparu, la maison communique entièrement avec l'espace. La maison doit posséder son style propre. Le style se développe en se spécialisant. On voit apparaître la différenciation formelle en fonction des problèmes techniques : la maison doit se trouver achevée d'un seul coup extérieur et intérieur, en même temps qu'elle devient une "compagne pour l'horizon".

Raymond Duchamp-Villon, Tête de cheval, 1914

Le style du XXème siècle constitue une unité qui dépend des recherches de l'Ecole de Paris

L'objet plastique comme l'objet figuré se transforme au début du XXème siècle. En sculpture comme en peinture, le premier effort se manifeste par une stylisation dans laquelle le montage d'éléments déformés à partir du réel joue un rôle essentiel.

Emmanuel Auricoste, "La bête du Gévaudan" (Marvejols)

Le nouveau langage plastique n'exprime pas la forme, mais fixe le mouvement.

Fernand Léger, objets dans l'espace, Les clés, vers 1910

La peinture moderne crée de nouveau objets qui, mêlés aux anciens, expriment un nouvel espace.

L'objet en soi est conservé et même exalté, mais il est projeté dans un espace sans coordonnées opératoires, promu au rang d'absolu figuratif. En même temps l'artiste crée, pour les combiner avec lui, des éléments plastiques promus au rang d'objet. La seule réalité est figurative.

Burnham et Root, Monadnock block à Chicago, 1890-1891

La plastique se greffe nécessairement sur les développements de la technique.

L'accroissement des dimensions de l'édifice (quinze étages au lieu de huit ou neuf précédemment), permis par la technique, ouvre la voie à de nouveaux problèmes d'association des surfaces par rapport à de nouveaux volumes et de répartition des percements par rapport à un nouvel équilibre.

Victor Horta, Escalier de la maison du 13, rue de Turin à Bruxelles, 1893

La plastique ne se confond pas avec l'écriture.

Le développement dans une arabesque linéaire purement décorative des éléments architectoniques qui constituent une structure en fer n'établit pas les conditions d'un style moderne. L'addition du décor au technique ne crée pas le style.

L'avenue Frochot, vue de son atelier, par Pablo Picasso, 1911 (détail)

La peinture du XXème siècle associe la notion d'objet à celle de signe

La liaison nouvellement établie au début du siècle entre la perception et l'activité mentale entraîne le peintre dans diverses directions. Le cubisme a simultanément exploré deux directions : l'une s'efforce de conserver le plus possible d'éléments perceptifs de l'objet, l'autre au contraire, également d'origine cézanienne, procède par élision.

Nino Franchina - Il existe une voie de transfert immédiat de la sensation au signe intellectuel.

Au dernier terme de la stylisation, les élements réalistes s'organisent suivant des lignes de force. La matière et la surface disparaissent. Seules subsistent les parties actives de la masse. Les plans même s'élident. L'oeuvre pourtant est liée à l'expérience.

Le Corbusier, Maison de Savoye à Poissy, 1929-1931

La technique engendre librement les jeux de l'imaginaire

Dès les années 1930, les surfaces et les volumes articulés ont transformé la maison en un "objet figuratif" pour ainsi dire maniable et dans une certaine mesure mobile (par le déplacement du spectateur au-dehors et à l'intérieur du système). La nouvelle plastique substitue à l'articulation à l'emboîtage ou à l'échelonnement spatial. La maison devient un système de forme combinatoires.

Breuer, Nervi et Zehrfuss, Maison de l'UNESCO, à Paris, 1953-1954

Le développement d'un style se fait dans toutes les directions associant le technique et le figuratif.

Le développement du style n'appelle pas seulement le jeu complexe des formes isolées. Les nouveaux objets figuratifs, rendus possibles par la technique moderne, entrent en combinaison entre eux. Sans objets, il n'y a pas de mesure de l'espace. Les nouveaux objets créent un espace pourvu de qualités et de significations nouvelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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