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René Girard, Critique dans un souterrain, Grasset, collection L'âge d'Homme, 1976

Tables des matières

Présentation

Dostoïevski - du double à l'unité

Pour un nouveau procès de L'Etranger

De La Divine Comédie à la sociologie du roman

Monstres et demi dieux dans l'oeuvre de Hugo

Système du délire - à propos de l'Anti-Oedipe

origine des textes

René Noël Théophile Girard, né à Avignon (Vaucluse) le 25 décembre 1923, est un philosophe français, membre de l'Académie française depuis 2005. Ancien élève de l'Ecole des chartes et professeur émérite de littérature comparée à l'université Stanford et à l'Université Duke aux Etats-Unis, il est l’inventeur de la théorie mimétique qui, à partir de la découverte du caractère imitatif du désir humain, a jeté les bases d’une nouvelle anthropologie. Il se définit lui-même comme anthropologue de la violence et du religieux.

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (aussi Fédor, Fedor ou Théodore en français, (en russe : Фёдор Михайлович Достоевский) est un écrivain russe, né à Moscou le 11 novembre (30 octobre) 1821 et mort à Saint-Petersbourg le 9 février (28 janvier) 1881. Il est généralement considéré comme l'un des plus grands romanciers russes, et a influencé de nombreux écrivains et philosophes.

"Critique dans un souterrain : la préhistoire d'une pensée. Ou plutôt, pour être plus juste : la préhistoire d'un système. Et en effet, l'essentiel est déjà là. Encore mal dégrossi, bien sûr, et encore mal structuré, mais clairement perceptible, et c'est cela qui importe, l'essentiel de ce qui va s'affirmer dans La Violence et le sacré, Des choses cachées depuis la fondation du monde et Le Bouc émissaire, qu'il est maintenant convenu d'appeler : "le système-Girard". Une anthropologie nouvelle, fondée dans la théorie du désir mimétique.

En apparence, pourtant, Critique dans un souterrain semble fort éloigné de préoccupations anthropologiques. Recueil de textes centrés sur l'investigation d'oeuvres littéraires, on pourrait croire que c'est uniquement le René Girard première manière qui se montre au travail. Le Girard de Mensonge romantique et vérité romanesque : tout à la fois maître de lecture, homme de la fine dissection de l'écrit et théoricien du littéraire.

Et toutes les interventions du recueil paraissent devoir conforter l'impression. Une étude sur "Dostoïevski, du double à l'unité", publiée d'abord à part, et ensuite reprise pour cet ensemble, qui fouille les profondeurs de l'oeuvre du romancier russe. Un réexamen de Camus, revendiquant "Un nouveau procès de L'Etranger". Une généalogie, qui prend appui sur Dante et forge des clés nouvelles pour comprendre le cheminement ayant conduit "De La Divine Comédie à la sociologie du roman". Une radiographie des "Monstres et demi-dieux dans l'oeuvre de Hugo". Et enfin, "Système du délire", une réponse, parmi les plus pertinentes qui aient été données, aux réaménagements de la psychanalyse freudienne avancés par L'anti-Oedipe de Gilles Deleuze et Félix Guattari. Au total donc, les apparences jouent bien dans le sens indiqué, dans le sens de la critique littéraire stricto sensu : quand analyses de textes succèdent au déchiffrement d'oeuvres et à l'interprétation.

Or, et René Girard le signale dès les premières lignes de sa présentation, alors qu'il relisait "ces essais qui ont paru à des dates et dans des circonstances diverses", il a été "frappé" par la continuité qui s'en dégageait et par leur cohésion "avec ses efforts les plus récents". En clair, il lui est apparu nettement une cohérence profonde qui liait non seulement les textes les uns après les autres, mais encore les inscrivait directement dans son entreprise de fondation d'une anthropologie nouvelle.

Ainsi à propos de Dostoïevski. S'il respecte la logique de Mensonge romantique et vérité romanesque, si donc il continue à explorer l'oeuvre dans ses moindres méandres, cherchant à pointer les moments de rupture, quand elle bascule du "romantisme" dans le "romanesque", et que l'auteur passe d'une perception confuse du réel à une révélation claire et consciente. S'il persiste à passer au peigne fin chaque roman, et en particulier ceux postérieurs aux Carnets du sous-sol - qu'il considère comme le texte de rupture -, pour ramener à ses données les plus simples et les plus fondamentales le déchirement intérieur de Dostoïevski, il s'attache aussi à relever certains des éléments théoriques que l'on retrouvera ensuite remodelés, précisés, affinés, dans l'architecture de son anthropologie. Par exemple "la rivalité mimétique", la concurrence entre les désirs. Un rapport essentiel, grâce auquel il est possible de décrire et comprendre quelques unes des modalités qui régissent les relations entre les êtres d'un même groupe, bien mieux qu'avec l'éclairage de l'Oedipe freudien. Cette rivalité, il la perçoit notamment dans Les Frères Karamazov. Le roman de la haine entre père et fils, qui inspira Freud et le porta à l'examen du parricide, jusqu'à sa terrible conclusion de la fatalité oedipienne et du désir de mort. De fait, explique Girard, la structure conflictuelle dans le roman n'a qu'une "ressemblance superficielle" avec l'Oedipe. Car Dostoïevski ne met pas en scène des rapports inconscients. Non, "la rivalité" (qu'il décrit) est parfaitement consciente, même si certaines conséquences ne le sont pas. (...) En dépit de son titre de père et de son rôle de géniteur, le père Karamazov n'est au fond qu'un mauvais frère, une espèce de double qui éclaire le "mimétisme" selon Girard, à savoir : la nécessité pour l'individu de s'affirmer par rapport à un modèle concurrent qu'il tente d'imiter.

Textes après textes, Critique dans un souterrain exhibe les "deux Girard", les deux versants d'une recherche, les deux manières d'avancer et de converger vers un seul but, celui qui sera exposé avec la force que l'on connaît dans Des choses cachées depuis la fondation du monde. Et c'est cela qui fait la valeur de ce recueil : on y voit à l'ouvrage le maître de lecture et le fondateur d'une nouvelle conception de l'homme."

 

 

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