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Walt Whitman, Poèmes, Feuilles d'herbe, traduction de Louis Fabulet, André Gide, Jules Laforgue, Valéry Larbaud, Jean Schlumberger et Francis Vielé-Griffin, postface de Valéry Larbaud, NRF Gallimard, 1918

Walt Whitman, né le 31 mai 1819 à Long Island et mort le 26 mars 1892 à Camden, est un poète et humaniste américain. Son chef-d'œuvre est sans conteste son recueil de poèmes Leaves of Grass  (litt. Feuilles d'herbe).

"C'est sa découverte bien à lui : une poésie du moi délivré de l'égoïsme au sens étroit du mot, du moi agrandi de tout ce qu'il abjure ; du moi qui cesse de bouder, à l'écart, ou de se soigner, ou de cultiver ses manies, ou de s'adorer, mais vit en contact avec les autres "moi", vit "en masse". C'est précisément ce qui lui donne, dans son siècle, cette importance, ces dimensions colossales, qui le font ressembler, au milieu des poètes ses contemporains, à un transatlantique au milieu d'une flotille de voiliers." (Valéry Larbaud)

A une locomotive en hiver

Toi, pour mon récitatif,

Toi, parmi les rafales de la tempête, telle que te voilà, parmi la neige - le jour d'hiver décroît ; -

Toi, en ta panoplie, avec ton double pouls rythmé et ton battement convulsif ;

Toi noir corps cylindrique - l'or des cuivres, l'argent des aciers ;

Tes pesantes bielles, parallèles et qui relient, grincent et vibrent à tes côtés ;

Ton métrique mugissement qui s'enfle tantôt et pantèle,

et tantôt est un tapotement dans le lointain ;

Le grand feu d'avant qui saillit, fixé à ton front ;

Tes longs, pâles et flottants cimiers de vapeur, qui se teintent d'un délicat lilas ;

Les denses et ténébreux nuages qu'éructe ta gueule ;

Ta charpente nouée, tes ressorts, tes valves, le scintillement vibrant aux jantes de tes roues ;

Le train qui roule derrnère toi, soumis, et qui ne fait que suivre,

A travers l'air tumultueux ou calme, forçant tantôt et tantôt ralenti, toujours tendu vers le but ;

Type du Moderne - emblème du mouvement et de la puissance - pulsation des continents,

Viens, une fois, servir la Muse et t'immerger au flot du vers,

telle que je te vois là,

Avec, sur toi, la tourmente et les bouffées du vent par tourbillons et la chute des neiges,

Avec, pour que, le jour, en vibre l'airain, la cloche qui sonne l'alarme,

Et ta lampe qui la nuit, se balance au signal.

Beauté à la gorge féroce !

Roule par mon chant en toute ta musique effrénée,

Tes falots que berce la nuit,

Ton rire en fous sifflements, et ses échos, comme les voix du sol ému, au loin ébranlant tout ;

Tu trouves en toi ta loi, sans broncher en ta voie certaine ;

- En toi ni douceur attendrie de harpe en pleur, ni futile clavecin -

Tes trilles hurlées que répercutent rocs et collines

Se lancent par delà l'immensité des prairies, par-dessus les lacs,

vers les libres cieux, - Liberté, Joie et Vigueur !

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