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Aux élèves :

Voici une synthèse de la présentation de la Critique de la Raison pratique d'Emmanuel Kant par un des traducteurs de cette oeuvre en langue française (Librairie philosophique Vrin), J. Gibelin :

 

La Critique de la raison pratique complète la Critique de la Raison pure en apportant la solution du problème métaphysique que cette Critique avat posé.

"La critique de la raison pratique reconstruit l'édifice idéal de la Critique de la raison pure avait paru ébranler, mais pour lequel elle avait simplement déblayé le terrain afin qu'il pût être réédifié sur de nouvelles bases."

"Quelle confiance pouvons-nous accorder à la raison théorique et en particulier à l'entendement ? Est-il soumis à la contingence des impressions extérieures comme le prétend le sensualisme sceptique ? Ou peut-il pénétrer jusqu'aux lois mystérieuses de la nature et fournir d'ailleurs par la logique de ses constructions une base solide à la morale et à la métaphysique ? Telles sont les questions que Kant se proposa de résoudre dans sa Critique de la raison pure.

De ces recherches résultera la conviction que l'esprit humain n'est point une tabula rasa, mais qu'il dispose de certaines formes et de certaines catégories lui permettant d'appréhender, en les systématisant, les données des sens. La valeur de la connaissance rationnelle sera universelle et certaine dans la mesure où elle est intuitive, elle ne saurait aller au-delà de l'intuition et appréhender "la chose en soi". La sphère où les principes et les jugements synthétiques  a priori sont valables, c'est la sphère de l'expérience, la connaissance qui convient à l'entendement humain est positive, mais seulement dans l'ordre phénoménal, non dans l'ordre intelligible et nouménal ; car ici elle n'est plus garantie par l'intuition.

Texte le Kant (Critique de la Raison pure) : "Nous désignons sous le nom de sensibilité la capacité qu’a notre esprit de recevoir des sensations, en tant qu’il est affecté de quelque manière ; par opposition à cette réceptivité, la faculté que nous avons de produire nous-mêmes des représentations, ou la spontanéité de la con­naissance, s’appelle entendement. Telle est notre nature que l’intuition ne peut jamais être que sensible, c’est-à-dire contenir autre chose que la manière dont nous sommes affectés par des objets. Au contraire, la faculté de penser l’objet de l’intuition sensible, est l’entendement. De ces deux propriétés l’une n’est pas préférable à l’autre. Sans la sensibilité, nul objet ne nous serait donné ; sans l’en­tendement, nul ne serait pensé. Des pensées sans matière sont vides ; des intuitions sans concepts sont aveugles. Aussi est-il tout aussi nécessaire de rendre sensibles les concepts (c’est-à-dire d’y joindre un objet donné dans l’intuition), que de rendre intelligibles les intuitions (c’est-à-dire de les ramener à des concepts). Ces deux facultés ou capacités ne sauraient non plus échanger leurs fonc­tions. L’entendement ne peut rien percevoir, ni les sens."

Note sur "jugements sythétiques a priori" : Un jugement analytique est un jugement dont le prédicat est tiré du sujet, et qui, de ce fait, n'est qu'une explicitation qui ne nous apprend rien de neuf.

À l'opposé, un jugement synthétique est un jugement dont le prédicat est ajouté au sujet sans qu'il en ait été tiré. Il n'y a de connaissance nouvelle que si le jugement qui l'énonce est synthétique. Kant montre que tous nos jugements synthétiques ne sont pas empiriques : il existe des jugement synthétiques a priori, par exemple dans les propositions des mathématiques et de la physique pure.

Les premiers efforts critiques de Kant assuraient donc à la connaissance une valeur certaine, mais toute relative ; au point de vue métaphysique, le résultat demeurait, sinon négatif, du moins problématique. La raison, faculté des Idées, distincte de l'entendement dont relèvent les catégories, ne saurait attribuer à ces Idées, Idée de l'âme, du monde, de Dieu, une valeur réelle, substantielle. Pour la critique de la raison pure, ces Idées se réduisent à la notion de concept limite (Grenzbegriff) dont l'usage est purement logique. L'iIllusion transcendantale consiste à considérer ces Idées comme des principes constitutifs, alors qu'elles ne sont que des principes régulateurs.

Mais dans ces conditions, où trouver le pont susceptible de conduire du sensible au suprasensible, comment attribuer aux Idées rationnelles quelque consistance ; car si la Critique ne niait pas, comme l'athéisme, la possibilité d'un monde intelligible, ainsi que d'une intuition intellectuelle, elle ne garantissait rien à cet égard. Une oeuvre positive restait donc à accomplir.

(...) Kant rationalisa le conception populaire et oratoire de Rousseau ("La profession de Foi du vicaire savoyard" dans l'Emile, 1762) et en tira la loi morale à laquelle il attribua un caractère d'universalité comme aux jugements synthétiques a priori de la raison théorique. Elle en diffère toutefois parce qu'elle est un principe purement pratique qui par suite n'est point garanti par une intuition quelconque. D'autre part son caractère rationnel la distingue des principes inconsistants tirés de la sensibilité ; ceux-ci asservissent l'homme à la réalité, la loi morale les en libère ; c'est sur elle que se fonde la liberté : on sait que Kant la formule ainsi : "Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse s'ériger en loi universelle." Elle implique l'autonomie et le respect de la personne morale. Kant avait ainsi réussi à dégager nettement le caractère purement formel de la Loi qui régit la conscience.

Cependant il ne suffisait pas à notre philosophe d'avoir tiré de la conscience un principe rationnel ; la liberté lui apparaît comme un facteur relevant d'un autre ordre que l'ordre phénoménal qui est celui de la nécessité ; par son autonomie l'homme s'élève au-dessus du sensible et se rattache au monde nouménal.

(...) Si dans le domaine théorique règne le déterminisme des lois mécaniques, dans le domaine de la liberté, la causalité doit se soumettre aux décisions de la volonté : "Tu peux, car tu dois."

Mais comment un tel résultat peut-il s'obtenir ? Comment la Loi des noumènes peut-elle exercer une action dans le règne phénoménal ? C'est là un problème auquel la Critique du Jugement apportera une solution ; on y constatera qu'un principe supérieur à celui de la causalité mécanique se manifeste dans l'Art et dans l'organisme, à savoir le principe de finalité. Ce principe dont nous ne voyons dans la nature que les effets, nous le saisissons en nous-mêmes : "Libre, l'homme peut s'affranchir de la nature dans la détermination de ses fins et faire de la nature même l'instrument de la volonté." (Th. Ruyssen, Kant, p. 323)

D'après ces données on peut par analogie conclure à une Intelligence suprême qui préside aux destinées du monde. Néanmoins le spectacle de ce monde ne satisfait pas notre raison ; à cet égard, nous ne saisissons pas dans son ensemble ce plan générateur de la nature ; nous ne faisons que soupçonner l'harmonie du mécanisme et de la finalité. En particulier, notre fin à nous qui est l'accord de la vertu et du bonheur ne se réalise guère ici-bas et ne peut d'ailleurs s'y réaliser étant donné que l'homme souffre d'un mal radical qui s'oppose au principe nouménal. Il faut donc admettre que notre destinée s'accomplira dans d'autres sphères où nous participerons à la félicité intégrale, c'est--dire au Souverain Bien. Et voici donc justifiée la croyance en un plan divin.

C'est ainsi que toute la métaphysique traditionnelle se trouvait reconstruite sur la base fournie par la raison pratique, toutefois, à la différence de l'ancien dogmatisme, le principe moral sur lequel elle s'appuyait, c'est-à-dire la finalité autonome, ne prétendait avoir qu'une vérité subjective, ne donner qu'une certitude morale ; aussi ses affirmations ne sont-elles que des postulats, des vérités pratiques et en aucune façon théoriques (...)

 

 

 

 

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