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Claude-Edmonde Magny, Histoire du roman français depuis 1918, Editions du Seuil, 1950

 

Claude-Edmonde Magny, de son vrai nom Edmonde Vinel (1913-1966) est une femme de lettres française. Ancienne élève de l'Ecole normale supérieure, agrégée de philosophie ; a ensuite enseigné en France et à l'étranger, tout en collaborant à de nombreuses revues et en poursuivant une oeuvre citique littéraire.

 

Table des matières :

1. L'ère de la passivité - 2. Les éphémérides du roman - 3. Les romanciers moralistes - 4. Les romanciers moralistes (suite) - 5. Un romancier quiétiste : François Mauriac - 6. Le Nijinski du roman : Jean Giraudoux - 7. Proust ou le romancier de la réclusion - 8. Impasses et ambitions du roman ; les intentions - 9. Impasses et ambitions du roman ; réalisations - 10. Pour une axiomatique du roman - 11. Roger Martin du Gard ou les limites d'un monde sans envers

 

"Sans être appuyé sur une doctrine d'avance aussi précise que celle de l'Etre et le Néant, ni prétendre exercer une magistrature aussi assise que celle de l'existentialisme, nous voudrions suivre l'aventure qui fut celle du roman français entre les deux guerres, lui accordant une sympathie à peu près analogue à celle que, précisément, l'auteur d'un roman requiert traditionnellement pour ses personnages : la vivant par l'intérieur, certes, mais sans délaisser totalement notre existence propre ; blâmant les traîtres, les infidèles ou les ratés, là même où nous comprenons le mieux leur traîtrise, leur inconstance et leur faillite ; nous mêlant à eux sans pour autant cesser d'être nous, et surtout refaisant leurs expériences à peu près dans l'ordre où elles eurent lieu effectivement, en usant chaque fois, pour apprécier leur oeuvre, de la double référence des intentions et de notre propre exigence.

Tout regard jeté sur le passé est nécessairement le fait d'un observateur engagé : aussi une histoire ne peut-elle être que partielle, fût-elle écrite en fonction du présent. Sans doute, après trente ans, certaines perspectives durables commencent-elles à se dégager, l'originalité vraie de quelques oeuvres par exemple se découvrant mieux par leurs conséquences. En tout cas, le risque de caducité pour les opinions émises ici est allégrement accepté.

Le reproche d'arbitraire ou de subjectivité est plus grave : essentiellement parce qu'on ne voit par trop comment y répondre dans un univers ou l'affirmation en apparence la plus simple, la plus évidente (disons le classique "deux et deux font quatre" des mathématiciens) requiert au moins pour s'imposer, outre l'assentiment de l'interlocuteur (c'est-à-dire à la fois son attention et sa bonne volonté), l'intellection et l'acceptation par lui de tout un système de conventions, définitions, axiomes, postulats, etc., à peine moins arbitraires, finalement, que la proposition en litige. Cette accusation en droit irréfutable, on a cherché seulement à épargner au lecteur la tentation de la formuler trop souvent ; d'abord pas scrupule des analyses, qui se tiennent aussi près que possible des textes considérés ; ensuite en étayant autant que possible une réaction nécessairement individuelle par des appréciations critiques allant dans le même sens, et ceci d'autant plus qu'il s'agissait de jugements particuliers ensuite utilisés pour établir des conclusions peut-être moins immédiatement acceptables qu'eux-mêmes, à cause de leur envergure et de leur caractère extra-littéraire. Nous avons été heureux (moins par timidité que par souci d'honnêteté) chaque fois que nous avons pu nous trouver d'accord avec Charles du Bos, sur Rivière, Gide sur Martin du Gard, André Breton sur Anatole France, Arnaud Dandieu sur Proust, Antonin Artaud sur le surréalisme, Saint-Evremond sur le Café de Flore, Mauriac sur lui-même... même lorsque les verdicts de détail ainsi rendus n'ont pas été envisagés par leurs auteurs dans leur généralité et la pleine gravité de leurs implications. Ainsi, malgré l'apparente ambition de son titre, cette Histoire du roman français depuis 1918 ne prétend-elle rien de plus (ou rien de moins) que l'ensemble des idées auxquelles parviendrait un lecteur moyen, soucieux simplement de revivifier par l'acte de lecture l'oeuvre à laquelle il s'applique." (Claude-Edmonde Magny)

 

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