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Jean Follain, Paris, préface de Gil Jouanard, Phébus libretto, 1978, 2006

Jean Follain (1903-1971) est né à Canisy dans la Manche. Fils de notaire et petit-fils d'instituteur, il exerça des fonctions de magistrat. André Dhôtel et Philippe Jaccottet s'accordent à reconnaître en lui l'un des plus grands poètes du XXème siècle. Canisy (1942), Usage de la parole (1943), Chef-lieu (1950)

Doisneau

Robert Doisneau, les gamins de la rue Vilin

"Si Léon-Paul Fargue, J.-K Huysmans, Aragon, Calet et plusieurs marcheurs et regardeurs subtils ont su faire de Paris le personnage principal de certains de leurs livres, nul n'en a peut-être davantage chéri l'usage fantasmatique et réel que Jean Follain, un bien étrange juriste.

C'est plan de ville en tête que Jean Follain partit, tel un anti Rastignac, à la conquête, non pas de la Ville-lumière, mais de la ville des pénombres énigmatiques. Il y plongea à sa façon, selon son habitude de rêveur incapable de perdre le nord : les mots en avant.

Ces mots, les voici rassemblés dans ce livre au titre panneau indicateur : Paris. C'est son sujet, c'est son objet, c'est son âme. Livre apparemment discret, apparemment simple, mais vibrant de la beauté de ce qui est vu, là, à portée de la main et du coeur.

Un livre pour tous les amoureux de Paris !"

Brassaï, Les escaliers de Montmartre, Paris, 1936

 

Montmartre

Le Sacré-Coeur, érigé sur le vote de l'Assemblée nationale, on s'émeut à le contempler par les soirs de rafale, lorsqu'un chien hurle à la mort au pied du monumental escalier. Il y a encore peu de temps que les ravenelles sortaient de terre dans le petit jardin du chef de gare de l'ancien funiculaire. Avec l'unification des modes de locomotion, le vieux funiculaire a disparu laissant encore le long de la montée une vapeur de souvenir. Du haut du Sacré-Coeur, l'évocation de Delobelle, de Rastignac et des poètes de 1912 peut se faire aux soirs faciles lorsque la littérature, vieux soleil intérieur, aide à la digestion des viandes et du vin, et que vous enveloppe un raglan d'étoffe chaude.

Je me souviens d'un bourg d'enfance, de l'entrée sous une tente glauque et d'une saltimbanque à la robe pailletée, aux paupières bleuies qui dansait.

L'odeur alliacée de l'acétylène se mêlait aux robustes effluves du cimetière, les toiles de la tente ne formaient qu'une imparfaite clôture et ménageaient de béantes ouvertures sur le ciel nocturne. Un hère en veston étriqué chanta :

C'est minuit, Montmartre s'illumine...

Robert Doisneau

 

 

 

 

 

 

 

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