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Konrad Lorenz, Trois Essais sur le comportement animal et humain, Les leçons de l'évolution de la théorie du comportement, traduit de l'allemand par C. et P. Fredet; Editions du Seuil.

Né à Vienne en 1903. Docteur en médecine et en philosophie. Successivement professeur de psychologie animale et d'anatomie comparée, directeur de recherches sur la physiologie du comportement et directeur de l'Institut Max Planck à Seeviensen.

 

"Les trois Essais qui composent ce livre constituent la synthèse des recherches poursuivies par Lorenz dans le domaine de la biologie du comportement, et pour lesquelles le prix Nobel de médecine et physiologie lui a été décerné en 1973. Tout en rendant compte de ses observations précises des comportements animaux, Lorenz fixe dans ces textes les méthodes de l'éthologie et donne à celle-ci son premier contenu de science positive. Il en expose les principales acquisitions, soulignant la continuité des sociétés animales et humaines et, sans se départir de sa rigueur scientifique, montrant les prolongements philosophiques de ses études sur l'instinct."

I. Sur la formation du concept d'instinct (1937)

1. Pour comprendre le comportement instinctif des animaux, il faut donner la première place à l'acte instinctif ne remplissant pas sa fonction biologique. On observe fréquemment, chez les animaux captifs :

  • soit des instincts demeurant inachevés par manque d'intensité de la réaction intérieure ;
  • soit des actes instinctifs perdant leur portée biologique au cours de leur déroulement par insuffisance des conditions extérieures.

Cette dualité de phénomènes inspire la conviction fondamentale que la portée biologique de la réaction et la finalité proposée à l'animal en tant que sujet sont deux choses différentes qui ne doivent pas être confondues.

La réaction prouve, par la simitude photographique entre les mouvements exécutés en pareille occasion et les mouvements normaux donnant à l'acte sa pleine signification biologique, que les coordinations des mouvements de l'acte instinctif sont déterminées  d'une manière innée jusqu'aux moindre détails. La réaction à vide, chez les animaux captifs élevés seuls, nous permet d'étudier l'acte instinctif "à l'état pur". Il faut le considérer comme le fait fondamental permettant de réfuter le courant de pensée qui s'efforce de faire dériver tout comportement animal et humain de réflexes conditionnés (Behaviorisme)

La similitude des mouvements, dans la réaction à vide et dans le déroulement normal d'un acte remplissant sa portée biologique, nous interdit a priori de concevoir l'acte instinctif comme une forme du comportement finalisé : il est inexact qu'on ait pu prouver l'existence, pour un acte instinctif, de modifications quelconques ayant trait à une finalité précise, conçues par l'animal en tant que sujet.

2. L'étude de l'évolution de l'acte instinctif dans le système zoologique montre que la coordination de mouvements instinctifs se comporte dans toutes ses modifications, au cours de l'histoire de la race, exactement comme un organe ; et c'est en le comparant à un organe qu'on peut et qu'on doit systématiquement concevoir l'acte instinctif. L'évolution de l'acte instinctif dans le système zoologique nous montre combien il est insensé de vouloir parler de l'"instinct" : les constations de l'éthologie ne pourront jamais s'appliquer qu'à des mouvements innés, qu'à des actes instinctifs connus pour une fraction plus ou moins grande du système zoologique.

Ces deux faits doivent nous rendre méfiants à l'égard de toute affirmation concernant la modification adaptative de l'acte instinctif par l'expérience individuelle.

3. Il faut enfin mentionner les alternances de comportements instinctifs et de comportements finalisés.

a) Une analyse précise de ces séries d'actes nous apprend qu'il n'existe pas de transition imperceptible entre l'acte instinctif et le comportement finalisé et évite de tomber dans l'erreur consistant à assimiler le comportement d'appétence au concept d'instinct.

b) L'observation de la genèse ontogénétique d'une forme précise d'alternance instinct-dressage apporte la preuve que le déroulement de l'acte instinctif constitue le but et la finalité de tout comportement finalisé de l'animal en tant que sujet.

II. Le tout et la partie dans la société animale et humaine (1950)

"Le nombre est prodigieux des sociologues et des psychologues modernes qui traitent d'une manière singulièrement étroite des rapports de causalité existant entre les structures de l'individu et celles de la société qui englobe l'individu ; entre la totalité organisée d'ordre inférieur et la totalité organisée d'ordre supérieur. Si la vieille attitude atomistique, en pleine méconnaissance de la nature des totalités organiques, avait entrepris de ramener la nature de la totalité à la somme des seuls composants, "l'opinion commune scientifique" incline maintenant tel un pendule dans la dircetion opposée. On porte un intérêt presqu'exclusif à l'influence qu'exerce la société, - du fait de son mode d'organisation particulier -, sur la structure de la personnalité de l'individu à la croissance duquel elle sert de cadre. La question n'est presque jamais posée de la présence dans le comportement humain de structures spécifiques, invariantes chez l'individu et qui marquent toutes les sociétés humaines de certains traits communs caracéristiques. Ce sont aussi presque toujours les différences structurelles des divers types de sociétés humaines qui sont au centre de la réflexion, et pour ainsi dire jamais les analogies structurelles qui se déduisent de l'invariance des types de réactions individuelles.

Cette prise de considération exclusive des chaînes causales qui vont de la société à l'individu, cette omission des influences qui s'exercent en sens inverse, constituent une infraction à certaines règles méthodologiques auxquelles l'analyse de toute totalité organique doit obligatoirement se soumettre. Elles expriment une méconnaissance de la nature des ensembles organisés, qui n'est pas moins paralysante et nuisible pour la recherche que l'erreur symétrique des atomistes.

La négligence complète de l'influence que la structure de l'individu, en tant que système organique, exerce sur la structure de la société qui l'englobe, a, autant que je puisse voir, deux causes essentielles. La première cause de carence méthodologique contre laquelle on veut ici  s'élever consiste paradoxalement en une généralisation abusive de certains principes de la psychologie de la forme (Gestaltpsychologie) ; la seconde cause est la méconnaissance de la présence chez l'homme de types d'actions et de réactions innées caractéristiques de l'espèce.

Mon propos est d'articuler autour de ces deux thèmes les discussions méthodologiques qui sont la matière de cet essai. J'y ajouterai une courte réflexion sur certains dangers qui menacent l'humanité, dangers qui ne peuvent être combattus que sur la base d'une bonne connaissance préalable des types d'actions et de réactions innées chez l'homme."

III. Psychologie et phylogénèse (1954)

"Chaque être vivant est un système, résultat d'un devenir historique, et chacune de ses manifestations vitales ne peut être vraiment comprise que si une recherche causale rationnelle étudie le processus de sa genèse phylogénétique. Il s'agit là d'un fait évident à l'heure actuelle pour quiconque réfléchit sur la biologie. En revanche, l'idée que le même point de vue est valable pour tous les phénomènes du comportement psychique et que nos productions psychiques et intellectuelles ne sont pas indépendantes de tout le reste des phénomènes de la vie, cette idée ne se fraie un chemin que difficilement et avec une extrême lenteur. Même chez les psychologuues contemporains, on rencontre encore une grande réticence à admettre qu'à tout comportement - mais aussi à tout ce qui se passe dans notre conscience - correspond aussi d'une façon parallèle un processus neuro-psychologique. A une époque très récente, des psychologues célèbres, comme Sombart (1938) et Buytendijk (1940), ont encore contesté avec une insistance indéniable la dépendance de l'esprit humain vis-à-vis des lois biologiques, en particulier vis-à-vis de celles de l'hérédité. D'autre part, et pour des motifs diamétralement opposés, les associationnistes et les behaviouristes ont nié la présence de structures psychiques héréditaires, car leur interprétation mécaniste et atomiste de tout processus psychique voyait dans le réflexe conditionné le seul élément à partir duquel on devait expliquer absolument "tout". L'histoire de la connaissance trouve donc, par une curieuse ironie, les écoles de psychologie les plus fortement opposées entièrement d'accord pour nier qu'il existe des modes de comportement nettement structurés et trasmis héréditairement d'une façon phylogénétique.

Les écoles des psychologues en renom ne sont toujours pas d'accord à l'heure actuelle sur la question de savoir si l'objet de la psychologie est vraiment un phénomène de la nature en général et un phénomène de la vie en particulier ; mais elles sont d'accord pour affirmer que cet objet n'a rien à voir avec la théorie de l'hérédité et la physlogénèse. La psychologie médicale a commencé récemment, il est vrai, à prendre en considération les résultats des recherches sur l'hérédité ; en revanche, l'importance de la phylogénétique pour la psychologie n'a pas été reconnue jusqu'à maintenant par la plupart des psychologues, pour la simple raison que les recherches de physlogénèse leur sont restées inconnues. Seule une infime minorité d'entre eux possède une connaissance relativement sérieuse de la problématique, de la méthode et des résultats de la physlogénétique moderne ; il en est à peine un seul qui possède un matériel de représentation tiré de son propre travail et l'autorisant à porter des jugements autonomes sur la base de l'induction, quant à la vraisemblance et la valeur de théorie de la dérivation. Derrière le masque d'un scepticisme qui se donne pour de l'objectivité, se cache souvent un manque d'enthousiasme à accomplir l'immense travail d'apprentissage qui serait la condition préalable sans laquelle une discussion de la théorie de la dérivation est illégitime. C'est pourquoi la synthèse entre la phylogénèse et la psychologie, déjà reconnue par Wundt comme nécessaire, reste encore aujourd'hui pour l'essentiel un simple programme. Je veux maintenant, le plus brièvement possible, rendre compte du devenir, de la problématique, de la méthode et des résultats déjà acquis pour une direction de recherche qui est nouvelle en psychologie, ou plus exactement dont la reconnaissance comme discipline autonome est toute récente, et qui peut prétendre au qualificatif de "comparative", avec le sens qu'à ce mot lorsqu'il est appliqué aux branches morphologiques de la recheche comparative en phylogénèse. Pour dégager le rapport de dépendance mutuelle qui existe entre cette branche de la connaissance et la théorie de la descendance, je vais choisir - d'une façon quelque peu arbitraire - plusieurs domaines partiels dans lesquels ce rapport est particulièrement étroit."

 

Table des matières :

Sur la formation du concept d'instinct (1937)

1. La théorie de Spencer et de Lloyd Morgan

2. La théorie de l'instinct chez McDougall

3. La théorie réflexe de l'acte instinctif

4. Résumé

Le tout et la partie dans la société animale et humaine (1950)

1. Introduction

2. Généralisation abusive des principes de la psychologie de la forme (Gestaltpsychologie) :

  • si chaque forme est une totalité, chaque totalité organique n'est pas une forme
  • la nature des totalités formant des systèmes organisés et l'analyse sur un large front  
  • Le matériau indépendant de la totalité

3. La méconnaissance des comportements innés spécifiques

  • Les conséquences de la controverse entre le mécanisme et le vitalisme
  • l'introduction tardive de la méthode phylogénétique comparative dans la recherche sur le comportement
  • La spécificité physiologique de mouvements à automatisme endogène
  • Les mécanismes déclencheurs innés
  • Le déclencheur
  • Les systèmes de comportement à analogie morale chez les animaux
  • Les mécanismes de déclenchement innés comme éléments de structure stables de la société humaine
  • La domestication de l'homme

4. La mise en péril constitutive de l'être humain

  • Les défaillances conditionnées par la domestication comme préalable du devenir humain
  • Le spécialiste de la non-domestication
  • L'être inachevé
  • L'être risqué
  • La limite des performances de la morale rationnelle

5. Récapitulation et conclusion

Psychologie et Phylogénèse (1954)

1. Introduction

2. Genèse de la problématique de la psychologie comparative

3. La découverte de la production endogène des excitations et ses conséquences analytiques

4. La phylogénèse des mouvements expressifs

5. La génétique des modes de comportement innés

6. Les conditions préalables à l'apparition de l'homme

  • La représentation centrale de l'espace et la main préhensile
  • La spécialisation dans un état non-spécialisé et la curiosité
  • La domestication et l'ouverture au monde

7. Conclusion

8. rétrospective et perspectives

Notes

 

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