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Christian Johann Heinrich Heine, né le 13 décembre 1797 à Düsseldorff, Duché de Berg, sous le nom de Harry Heine et mort le 17 février 1856 à Paris (8ème arrondissement) sous le nom de Henri Heine, fut l'un des plus grands écrivains allemands du XIXème siècle..

Heine est considéré comme le « dernier poète du romantisme » et, tout à la fois, comme celui qui en vint à bout. Il éleva le langage courant au rang de langage poétique, la rubrique culturelle et le récit de voyage au rang de genre artistique et conféra à la littérature allemande une élégante légèreté jusqu'alors inconnue. Peu d'œuvres de poètes de langue allemande ont été aussi souvent traduites et mises en musique que les siennes. Journaliste critique et politiquement engagé, essayiste, satiriste et polémiste, Heine fut aussi admiré que redouté. Ses origines juives ainsi que son positionnement politique lui valurent hostilité et ostracisme. Ce rôle de marginal marqua sa vie, ses écrits et l'histoire mouvementée de la réception de son œuvre.

Adam et Eve, Lucas Cranach l’Ancien, huile sur toile, 1526
Courtauld Institute Galleries, Londres.

 

"Eritis sicut dei..."

"Très malade, prêt à mourir, Heine écrit une préface à la deuxième édition de son livre Religion et philosophie en Allemagne, texte que ses commentateurs autorisés estiment testamentaire, en tout cas adressé en particulier à quelques amis, dont l'un devint illustrissime chez les hommes.

Après avoir cité ce roi de Babylone, ivre d'orgueil, qui se prenait pour Dieu même et devint fou, "tombant à quatre pattes de ses hauteurs pour brouter l'herbe", Heinrich Heine conclut :

"C'est dans le grandiose Livre de Daniel qu'on trouve cette légende que je recommande à l'attentive méditation non seulement du bon Ruge, mais aussi de mon très entêté ami Marx, ainsi qu'à celle de Messieurs Feuerbach, Daumer, Bruno Bauer, Hengstenberg et autres, ces dieux autoproclamés et athées jusqu'à la damnation.

Il y a bien d'autres récits très beaux et très curieux dans la Bible qui mériteraient leur attentive considération, par exemple juste au début, l'histoire de l'arbre interdit dans le paradis et de ce petit enseignant vipérin qui, six mille ans avant la naissance de Hegel, exposait déjà toute la philosophie hégelienne.

Ce Docteur sans pieds montre avec acuité comment l'Absolu consiste dans l'identité de l'Etre et du Savoir, comment l'homme devient Dieu par la connaissance ou, ce qui revient au même, comment Dieu arrive, dans l'homme, à la conscience de soi. Formule moins claire, certes, que les mots d'origine : "Si vous vous appropriez l'arbre de la connaissance, vous serez Dieu."

(Cité par Maurice Clavel, in Deux siècles chez Lucifer, p. 213-214)

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