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Emmanuel Levinas, Le temps et l'autre, Quadrige/Presses Universitaires de France (Fata Morgana, 1979)

Table :

I. L'objet et le plan, la solitude de l'exister, L'exister sans existant - L'hypostase - Solitude et matérialité

II. La vie quotidienne et le salut - Le salut par le monde ; les nourritures - Transcendance de la lumière et de la raison -

III. Le travail - La souffrance et la mort - La mort et l'avenir - Autre et autrui - Temps et Autrui -

IV. Pouvoir et relation avec autrui - L'Eros - La fécondité -

Notes

Emmanuel Levinas, né le 12 janvier 1906 à Kaunas et mort le 25 décembre 1995 à Paris, est un philosophe français d'origine lituanienne naturalisé français en 1930. Il a reçu dès son enfance une éducation juive traditionnelle, principalement axée sur la Torah. Plus tard, il a été introduit au Talmud par l'énigmatique « Monsieur Chouchani ». La Torah enseignée par Levinas est dérivée des leçons de Monsieur Chouchani. La philosophie de Levinas est centrée sur la question éthique et métaphysique d'autrui, caractérisé comme l'Infini impossible à totaliser, puis comme l'au-delà de l'être, à l'instar du Bien platonicien, ou de l'idée cartésienne d'infini que la pensée ne peut contenir. Levinas étend ses recherches à la philosophie de l'Histoire et à la phénoménologie de l'amour. Il est également l'un des premiers à introduire en France la pensée de Husserl et celle de Heidegger.

Aux élèves :

Si vous voulez vous lancer dans la lecture de ce petit livre qui confronte deux notions de votre programme : le temps et autrui,  en se proposant de penser la relation à autrui par analogie avec la relation au temps, je vous conseille de passer la préface qui peut sembler d'une difficulté décourageante et de commencer directement par la lecture de la première des quatre conférences données par Emmanuel Lévinas au Collège philosophique de Paris en 1946/47 : "L'objet et le plan".

Rédigée une trentaine d'années après la publication des conférences, la préface suppose en effet une certaine connaissance de l'oeuvre ultérieure d'E. Levinas, notamment Totalité et Infini, Essai sur l'extériorité, paru en 1961.

Lecture complémentaire : De l'existence à l'existant, paru en 1947 et réédité en 1981 aux Editions Vrin, notamment pour mieux saisir la distinction fondamentale entre ce qui existe et cette existence même (le fait d'exister).

 

"Le texte qu'on va lire reproduit le sténogramme des quatre conférences faites sous le titre "Le Temps et l'Autre" en 1946/47, pendant la pemière année de son fonctionnement, au Collège Philosophique fondé par Jean Walh en plein Quartier Latin. Il parut en 1948 dans le recueil collectif intitulé "Le Choix, le Monde, l'Existence", premier des Cahiers du Collège Philosophique, où nous étions heureux de voisiner avec Jeanne Hisch, Alphonse de Waelhens et Jean Walh lui-même." (extrait de la Préface)

"La thèse principale entrevue dans "Le Temps et l'Autre" consiste (...) à penser le temps non pas comme une dégradation de l'éternité, mais comme relation à ce qui, de soi inassimilable, absolument autre, ne se laisserait pas assimiler par l'expérience ou à ce qui, de soi infini, ne se laisserait pas com-prendre ; si toutefois cet Infini ou cet Autre, devait encore tolérer qu'on le désigne du doigt dans le démonstratif ce, comme un simple objet ou qu'on lui accroche un article défini ou indéfini pour qu'il prenne corps..." (extrait de la Préface, p. 9-10)

"Le but de ces conférences consiste à montrer que le temps n'est pas le fait d'un sujet isolé et seul, mais qu'il est la relation même du sujet avec autrui.

Cette thèse n'a rien de sociologique. Il ne s'agit pas de dire comment le temps est découpé et aménagé, grâce aux notions que nous emprutons à la société, comment la société nous permet de nous faire une représentation du temps. Il ne s'agit pas de notre idée du temps, mais du temps lui-même.

Pour soutenir cette thèse, il faudra, d'un côté, approfondir la notion de solitude et envisager, de l'autre, les chances que le temps offre à la solitude.

Les analyses que nous allons entreprendre ne seront pas anthropologiques, mais ontologiques. Nous croyons, en effet, à l'existence de problèmes et de structures ontologiques. Non pas au sens que les réalistes - décrivant purement et simplement l'être donné - prêtent à l'ontologie. Il s'agit d'affirmer que l'être n'est pas une notion vide, qu'il a sa dialectique propre et que des notions comme la solitude et la collectivité ne sont pas des notions de psychologie seulement, comme le besoin que l'on peut avoir d'autrui ou comme, impliqué par ce besoin, une prescience ou un pressentiment ou une anticipation de l'autre. Nous voulons présenter la solitude comme une catégorie de l'être ou, plutôt, - car le mot dialectique a un sens déterminé, - la place de la solitude dans l'économie générale de l'être." (Le Temps et l'Autre, "L'objet et le plan", p. 17-18)

 

 

Lecture complémentaire : Emmanuel Levinas, De l'existence à l'existant (1947)

 

Paru en 1947, au lendemain de la Libération, mais pensé en captivité, ce livre contient en germe les thèmes fondamentaux de la pensée d'Emmanuel Lévinas et préfigure son oeuvre future, Totalité et Infini, Autrement qu'être ou au-delà de l'essence et de Dieu qui vient à l'idée.

Emmanuel Lévinas retient la distinction heideggerienne entre l'Etre et l'étant (le "pli de l'Etre"), mais "l'il y a" diffère de l'Être comme "donation" ("es gibt").

La conception lévinasienne de l'Être est plus proche de celle de Maurice Blanchot : bruissement silencieux, neutralité inhumaine.

Notre relation au monde est prédéterminée par notre relation à l'Être. L'analyse phénoménologique de la paresse ou de la fatigue montre que la conscience n'est pas reliée originairement à tel ou tel secteur de l'étant (à l'existant) : "on n'est pas las de quelque chose, mais de l'existence en général. La paresse, la fatigue, avant d'être des contenus de conscience sont des reculs devant l'existence en général... La lassitude est un impossible refus de la nécessité dernière d'exister."

Tous les étants ont en commun l'existence, mais tous n'existent pas de la même manière. C'est ainsi que parmi tous les étants, autrui a la particularité de ne pas être un objet du monde...

 

 

 

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