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Gilles Néret, Michel-Ange (1475-1564), Taschen, 2001

Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni dit, en français Michel-Ange, né le 6 mars 1475 au château de Caprese à Caprese, au nord d'Arezzo dans la République florentine et mort le 18 février 1564 à Rome, est un peintre, sculpteur, poète, architecte et urbaniste de la Haute Renaissance.

 

"Michel-Ange n'a jamais fait mystère que sans relâche, de sa jeunesse à sa vieillesse, les passions aient consumé sa vie. Dans le tourbillon - semblable à celui de Dante - qui emporte l'oeuvre de ce Titan, vers les cimes comme vers l'Enfer, les figures de beaux adolescents occupent une place de choix. On a longtemps feint de l'ignorer. On a même tenté maladroitement de le cacher, par un scrupule quasi injurieux. Une censure morale, sans rapport avec cette force créatrice monumentale, a cru habile de jeter un voile sur ces amours, aussi brûlantes que mystiques, sorties du ciseau ou du pinceau de l'artiste.

Chez Michel-Ange, passion et création procèdent pourtant du même feu : "Mon seul élément est ce qui me brûle et m'enflamme, car il convient que je vive de ce dont les autres meurent...", proclame-t-il tôt dans ses poèmes, véritables chants de "lave ardente et rocailleuse". Et les souffrances que ce feu perpétuel lui cause sont parfois si intolérables qu'il en vient à regretter de ne s'être pas arraché les yeux, pourtant source de beauté : "Si, dans mon jeune âge, je m'étais avisé que l'alme splendeur du beau, dont j'étais énamoué, dût, refluant au coeur, y allumer un feu d'immortel tourment, comme j'aurais volontiers éteint la lumière de mon regard..."

 

 

Dès lors qu'une quelconque hypocrisie n'y fait plus obstacle, apparaît, dans toute sa majesté, cet édifice, consacré à la beauté, que Michel-Ange a voulu élever vers Dieu. Ce triomphe, qui n'a pas d'équivalent dans l'histoire de l'art, et qui, par conséqent, en fait un phénomène unique et sans véritable descendance, est dû à la façon dont il a su concilier des forces apparemment opposées : dans son esprit, l'alliance d'une sensibilité féminine et d'une force digne d'Hercule ; dans son oeuvre, la lutte entre le mouvement et la matière, par définition statique.

Seul un Michel-Ange, aux aspirations et aux dons autant masculins que féminins, pouvait s'y risquer et triompher sans s'empêtrer dans d'étranges contradictions. Il ne s'agit plus, comme c'était le cas avant lui, de gagner le Ciel par la Foi, mais plutôt de s'élever par la contemplation exaltante de la beauté. Exercice dangereux, car on ne contemple pas impunément la beauté humaine sans s'y brûler et être dévoré d'amour. C'est là supplice aussi désirable qu'inévitable pour un Michel-Ange qui veut gagner son Ciel : "... Aime, brûle, car quiconque meurt n'aura point d'autres ailes pour gagner le Ciel." (Gilles Néret)

 

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