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Joseph Needham, La science chinoise et l'Occident, traduit de l'anglais par Eugène Simion avec le concours de R. Dessureault et J.-M. Rey, éditions du Seuil, 1973 pour la traduction française.

Table :

Introduction

1. Misère et succès de la tradition scientifique chinoise

2. La science et l'influence de la Chine dans le monde

3. Science et société dans la Chine antique

4. Science et société à l'Est et à l'Ouest

5. Le temps et l'homme oriental

6. La loi humaine et les lois de la nature

Appendice : Sur le système bureaucratique et sur sa relation avec la science et la technologie

Chronologie

Illustrations

Joseph Terence Montgomery Needham (9 décembre 1900 - 24 mars 1995) est un biochimiste et sinologue britannique, qui a acquis une renommée mondiale en menant des recherches sur l'histoire des sciences et des techniques dans la civilisation chinoise.

Comptant parmi les pionniers du domaine, il a contribué à la reconnaissance du passé scientifique de la Chine avec, notamment, la publication de la monumentale Science et Civilisation de la Chine, collection encyclopédique qui aborde tous les développements de la science chinoise.

Gravure du XVIIIème siècle, tirée du Liu-qiu Guo-zhi Lue (1757 de notre ère) représentant une jonque à trois mâts pour la navigation en mer.

 

"Biologie, astronomie, médecine, histoire : la science chinoise a connu très tôt un développement considérable, dont Joseph Needham dresse ici l'inventaire. S'y ajoute une masse de découvertes techniques (boussole magnétique, harnais adapté au cheval, étrier à pied, poudre à canon, etc.) qui, transmises à l'Europe, y ont produit un véritable bouleversement."

La Grande Muraille de Chine

"Je tenterai ici de décrire quelques traits de force et de faiblesse qui sont repérables dans la croissance et le développement de la tradition chinoise touchant à la science et à l'invention, lorsqu'on l'oppose à celle de l'Europe. Ce sont certaines expressions célèbres crées par des auteurs français du siècle dernier qui m'ont, bien entendu, inspiré le choix du titre : à savoir les Servitudes et Grandeur de la vie militaire décrites par Alfred de Vigny, les Splendeurs et Misères des courtisanes immortalisées par Balzac.

A reprendre le chemin emprunté par l'homme dans sa connaissance et sa maîtrise de la nature dans les deux grandes régions de l'Ancien Monde, on constate que et l'Orient et l'Occident ont eu des grandeurs et des faiblesses. Mon objet est de décrire certains des contrastes saillants qu'on trouve entre les traditions européennes et chinoise classique, et, en dernier lieu, de discuter de certains aspects de la science dans son rapport à la philosophie, à la religion, à la loi, au langage, aux conditions concrètes de production et d'échanges de marchandises..."

Le papier et la presse à imprimer sont des inventions chinoises

La fabrication de la porcelaine, spécialité chinoise,  nécessitait une connaissance  et une maîtrise parfaites des températures de cuisson, fondées sur l'expérience.

 

Les Chinois ont inventé :

- La boussole magnétique (1er siècle avant ou après notre ère) -

- L'étrier de pied (IIIème siècle de notre ère) -

- Le pont suspendu (VIème siècle de notre ère) -

- Le pont à arches segmentaires (VIIème siècle de notre ère)  

- Le harnais "efficace" « de poitrail » (premiers temps de la Chine médiévale)

- L'écluse (Xème siècle de notre ère)

- La poudre à canon (XIème siècle de notre ère)

- Le feu grégeois (XIème siècle de notre ère)

- La machine à dévider la soie (XIème siècle de notre ère)

- La boussole flottante en fer utilisant le magnétisme rémanent (XIème siècle de notre ère)

- L'horloge astronomique (XIème siècle de notre ère)

- L'arbalète (XIème siècle de notre ère)

- Le "torquatum" équatorial (XIIème siècle)

- La roue à aubes (XIIème siècle de notre ère)

- Les canaux souterrains (XIIIème siècle)

- Le soufflet hydraulique (XIVème siècle de notre ère)

- La machine textile hydraulique (XIVème siècle de notre ère)

- La vanneuse rotative (XIVème siècle)

- Le chariot à voiles (XVIIème siècle)  

- Le fourneau permettant de transformer le  fer fondu en fer forgé (XVIIème siècle)

- La technique du forage (XVIIème siècle)

 

Mon avis :

Ce livre apporte des iinformations passionnantes sur l'Histoire de la science et de la technologie chinoises ainsi que sur le rôle de l'administration impériale dans le développement scientifique et technologique de la Chine.

Les Chinois ont développé très tôt une algèbre, ainsi qu'une géométrie et on conçu des procédés technologiques qui étaient souvent en avance sur l'Occident, mais les sciences "a priori" se sont développées parallèlement à la technologie. Les Chinois n'ont pas appliqué les mathématiques et la géométrie à la connaissance de la nature, comme l'ont fait les Européens à partir du XVIème siècle (Galilée)..

Joseph Needham explique dans le chapitre 6, "la loi humaine et les lois de la nature",  pourquoi l'idée de "lois de la nature" ne s'est pas développée en Chine.

"En résumé, je dirai que l'idée de lois de la nature ne s'est pas développée à partir des conceptions chinoises de la loi en général, pour les raisons suivantes :

  • Premièrement, les Chinois avaient acquis une grande répugnance pour la loi formulée avec précision, abstraite et cidifiée, en raison des expériences fâcheuses qu'ils firent avec l'école des légalistes pendant la période de transition de la féodalité à la bureaucratie.
  • Deuxièmement, quand le système de la bureaucratie se fut définitivement établi, les anciennes conceptions du li se révélèrent plus adaptées que les autres à la forme spécifique de la société chinoise, et, donc, l'élément de la loi naturelle (au sens juridique) fut relativement beaucoup plus important dans la société chinoise que dans la société européenne. Mais le fait qu'une si grande partie de cette loi n'ait pas été codifiée, en termes de lois formelles et qu'elle ait été fondamentalement humaine et éthique, ne lui permit pas d'étendre sa sphère d'influence à quelque forme de nature non humaine.
  • Troisièmement, les idées concernant un être suprême, bien que certainement présentes dans les premiers temps, se dépersonnalisèrent si tôt et manifestèrent un tel refus de l'idée de création, qu'elles rendirent impossible le développement d'une conception des lois abstraites, formulées avec précision, fixées depuis le commencement par un législateur céleste, pour la nature non humaine, et susceptibles en raison de leur rationalité, d'être déchiffrées ou reformulées par d'autres êtres moins rationnels (les êtres humains), utilisant l'observation, l'expérience, l'hypothèse et le raisonnement mathématique."

La conception chinoise du monde développe une ligne de pensée fondamentalement différente. Les Chinois pensaient que la coopération harmonieuse de tous les êtres ne se produit pas à partir d'ordres émanant d'une autorité supérieure qui les transcenderait, mais du fait qu'ils sont tous les éléments d'une hiérarchie de totalités qui forment un modèle cosmique, et qu'ils n'obéissent qu'aux ordres intérieurs de leur propre nature. Notons que la science moderne et la philosophie de l'organisme, chacune à son niveau propre, sont revenus à cette sagesse, renforcée par la compréhension nouvelle que nous avons de l'évolution cosmique, biologique et sociale ; et pourtant, qui pourrait vraiment dire que l'étape newtonienne ne fut pas un moment essentiel ?

Enfin, à l'arrière plan, il ne faut pas oublier le rôle des facteurs sociaux et économiques propres à la société chinoise, qui permirent la transition de la féodalité à la bureaucratie ; c'est eux qui, en dernier ressort, déterminèrent chaque étape du développement de la science et de la pensée chinoises. Si ces facteurs avaient été fondamentalement favorables au développement de la science, les éléments d'inhibition dont on a parlé auraient peut-être été surmontés. Mais tout ce que nous pouvons dire de la science de la nature qui s'y serait alors développée, c'est qu'elle aurait été profondément organique et non mécanique."

 
 
 

 

 

 

 

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