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Nora Fraisse, la maman de Marion

Le phénomène est aussi vieux que l'humanité et probablement à la base du religieux sacrificiel (cf. La violence et le sacré de René Girard). Le limiter au milieu du collège, des adolescents, de la modernité ne permet pas de le comprendre.

Girard se demande à un moment à quoi tient le choix du "pharmakos". Et il répond que le pharmakos peut présenter n'importe quelle petite différence (il peut boiter comme Œdipe, être étranger, avoir un cheveux sur la langue ou les yeux vairons ou présenter plusieurs de ces caractéristiques...), mais il faut bien comprendre que ce n'est pas la différence discriminante qui suscite la persécution, mais bien plutôt le besoin de résoudre la crise sacrificielle (assurer l'homéostasie du groupe) qui fait que la violence du groupe se porte sur tel ou tel individu.

Si l'on veut sérieusement réintroduire de la morale à l'école, il faudrait commencer par retrouver l'intuition fondamentale des grandes spiritualités non sacrificielles (juive et chrétienne, voire bouddhiste). Aucun besoin de trahir pour autant la laïcité en se référant à telle ou telle religion. La lutte contre le religieux sacrificiel est l'affaire de tous, quelles que soient les croyances (ou les incroyances) religieuses.

Notre ministre, Najat Vaillaud-Belkacem veut "lutter contre le harcèlement à l'école". Prenons-en acte. Toutefois,  le problème ne peut pas être géré uniquement au niveau du ministère et sur le plan "politique". En fait, un collège, un lycée est une petite communauté humaine où la notion de "prochain", chère à Emmanuel Levinas est essentielle.

Pour en revenir au cas de Marion, il fallait faire intervenir la Loi et sa maman a eu raison de déposer plainte, puisque l'Etablissement a été incapable de faire face au problème en interne. Peut-être même, "l'ambiance" de l’Etablissement, le mode de gestion,  a-t-elle encouragé les harceleurs.

D'après mon expérience, il y a deux sortes d'Etablissements (et deux sortes de chefs d'Etablissement) : il y a des Etablissement où il y a des problèmes (il y a des problèmes partout), mais où les gens essayent de se conduire de façon honnête, loyale et humaine. Et il y a des Etablissement où les gens (à commencer par le chef d'Etablissement) gèrent "au bouc émissaire" et se comportent comme des petits tyrans pervers.

Tant que ce genre de personnalité et de comportement seront admis dans l'Education nationale, il y aura d'autres Marion, d'autres collègues aussi qui auront envie d'en finir et je ne vois pas comment on pourra "lutter contre le harcèlement" avec des gens qui sont eux-mêmes des harceleurs.

Je parle des collègues, parce que nous savons tous, pour avoir été victimes ou complices, ne serait-ce que par passivité, que le harcèlement peut toucher également les enseignants (soit par les élèves, soit par la hiérarchie, soir par les deux)

J'ai bien peur que dans le fond (je ne parle pas des bonnes intentions), les fonctionnaires de la rue de Grenelle s'en moquent éperdument, puisque le harcèlement (ainsi que les coups tordus, le mensonge, la manipulation, le double langage) est un mode de gestion possible (et hélas courant) dans les Entreprises et, bien entendu au niveau politique.

Le problème est de savoir quel genre de civilisation nous voulons construire et transmettre à nos enfants. Si nous continuons à "persévérer dans l’Être", tout en commémorant à longueur de temps et en nous écriant, la main sur le cœur,  "Plus jamais ça !" j'ai bien peur que "ça" ne recommence, comme toujours (l'éternel retour du même) sous une forme ou sous une autre.

 

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