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Robert Aussibal, L'abbaye de Sylvanès, architecture et symbolisme, Les Cahiers de l'Abbaye de Sylvanès, n°4

Les données essentielles de cet ouvrage ont fait l'objet d'une conférence donnée en 1986, dans la cadre du 850ème anniversaire de la fondation de l'abbaye de Sylvanès, sous l'égide de l'université populaire du Sud-Rouergue.

"Réjouis-toi, église de Salvanès, mère de bonté, sois dans la joie et jubile ; élargis l'espace de ta tente, déploie les tentes qui t'abritent, allonge tes cordages, car tu vas t'étendre à droite et à gauche (Isaïe, 54, 2-3) et ta race aura les montagnes en héritage. réjouis-toi et exulte dans le Seigneur ton Dieu, parce qu'aussi longtemps que le sanglier se plaira sur le commet des monts et le poisson dans les rivières, aussi longtemps que les abeilles se nourriront de thym et la cigale de rosée, toujours demeurerront ton honneur, ton nom et tes louanges, avec l'aide de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne, Dieu pour les siècles des siècles... Amen.

(extrait de Chronique de la conversion de Pons de Léras et de la fondation du monastère de Sylvanès, traduction Nicole Dauxin, inédit)

Le scriptorium de l'abbaye de Sylvanès photographié par Jean Dieuzaide

 

"Les plaquettes ou études descriptives concernant l'abbaye de Sylvanès sont, à ce jour, assez nombreuses, mais se limitent en fait, à une simple évocation esthétique et artistique.

Or, l'abbaye matérialise pour nous, après 850 ans, une aventure humaine extraordinaire qui s'est déroulée lentement, péniblement, dans un lieu retiré de la terre rouergate.

Les documents concernant l'évolution du chantier depuis la pose de la première pierre (qui n'est d'ailleursnulle part mentionnée) jusqu'à sa consécration font défaut. Nulle chronique ou note spéciale dans le cartulaire qui puisse nous donner un repère précis.

C'est pourtant dans le bâti lui-même, au travers des matériaux et des styles, dans l'appareil et les techniques, que nous pouvons évoquer cette vie de prière et de labeur au milieu du chantier évolutif et quasi permanent entre les XIème et XVIIème siècles. Acceptant une vie précaire de travail et d'ascèse, les fils de Cîteaux consacrèrent tout à l'édification, prioritaire à leurs yeux , d'une "maison de Dieu" digne de leur Seigneur et de sa gloire.

Toute époque florissante se trouve évoquée et matérialisée par des réalisations à la hauteur de ses possibilités techniques et matérielles. Après une période où la fondation accumula dons et legs généreux, il y eut certes des interruptions, mais toujours cependant dès que possible, un réinvestissement des revenus fonciers dans le bâti.

Cela explique bien les étapes qui s'inscrivent dans la ligne de toute vie terrestre.

La prospérité de l'abbaye, l'élan de sa jeunesse, après une fondation "quasi miraculeuse", sa maturité avant sa décadence, sont inscrits dans la pierre. Aujourd'hui, le monument majeur abbatial intact et sauvé, voici la résurrection des autres corps et le souffle vital de la Pâque qui l'anime."

L'Abbaye de Sylvanès est une construction cistercienne bâtie à partir de 1136 par Pons de Léras, située dans le Sud-Aveyron, non loin de Camarès et de Belmont-sur-Rance, dans l'ancien diocèse de Vabres.

Après un siècle et demi de rayonnement, l'Abbaye sombre dans une longue période de décadence. Abandonnée à la Révolution, seule l'église et l'aile est du cloître furent sauvegardées. Classée monument historique en 1862, il faudra attendre 1975 et l'arrivée du père dominicain et compositeur André Gouzes, ainsi que de Michel Wolkowitsky, actuel directeur, pour voir l'Abbaye renaître de ses cendres. Elle est aujourd'hui le siège d'un centre international d'art sacré et un haut lieu de rencontres culturelles et spirituelles, proposant tout au long de l'année des stages très variés (chant, classes de maîtres, colloques...), mais aussi des animations diverses pour tous les publics. Une hôtellerie est aujourd'hui présente dans les bâtiments. De plus, chaque été se déroule le Festival international de musiques sacrées, « Musiques du monde », offrant de nombreux concerts et des invités prestigieux.

Une église orthodoxe russe en bois est bâtie à 4,5 kilomètres de l'Abbaye au début des années 1990. Celle-ci, symbole fort d'oecuménisme fut d'abord construite en Russie puis remontée à l'identique en 1993 à Sylvanès.

Sylvanes 6802 Eglise-russe-pres-de-Solanes

 

 Il est des lieux dont le souvenir nous blesse ou nous hante, d’autres ne sont qu’espace pur et nous indiffèrent, d’autres encore, tissés d’amoureuse mémoire, ont un visage qui palpite en nous pour toujours : ce sont les lieux du cœur. J’écris pour ne pas oublier…

Les clairières de l’invisible : Vezelay-la-lumière, chantant sur ta colline, parmi les vendanges et les amandiers en fleurs, Silvacane la bleue, dans tes fraîches pierres de lavande, Le Thoronet, veillant dans la blanche rigueur des aubes provençales…

L’abbaye Notre-Dame de Sylvanès, moutier mystique, romane grange mère, blasonnée d’un lys et d’une tourterelle, plantée depuis plus de huit siècles, en rouge terre de Rouergue et blottie dans le nid de ta combe, sous la colline des Béatitudes…

Innocente clarté des brebis qui ondulent sur le chemin clair… poussière et lumière. Et on ne sait si c’est terre ou mer, tant l’amertume est absente et s’effacent les mots.

Le champ de blé couché près du cimetière, sous la roue solaire du chevet plat, dans la clarté vibrante de l’été, la prairie musicale des boutons d’or, les giroflées sauvages dans les lézardes, les folles aiguillées du vitrail troué d’hirondelles, la flaque de vitrail infusée de soleil au pied du baptistère, les répons d’ombre et de clarté, l’escalier du dortoir usé par les pas des veilleurs et visité par un rayon de lumière oblique, les palmiers du scriptorium, penchés sur la calligraphie du silence, la salle capitulaire où la mémoire aimante des moines blancs aimait régulièrement se rafraîchir aux sources, les cryptes oubliées, les tombeaux mystérieux que la légende emplissait de trésors, le doux roucoulement des pierres vivantes au frais parfum de lys…

Au bord du Dourdou, l’ermitage au toit de lauzes, aux pierres de rouille disjointes, dans la clairière abolie des anges et des premiers moines, qui fondèrent avec Pons de Léras, le « brigand converti », le monastère  tout proche, au temps de la  fin amore, des troubadours et des romans de chevalerie…

Ils étaient comme des abeilles entrées par la fenêtre d’une maison étrangère et qui partout se heurtent, affolées, sans but… Il leur fut donné d’habiter un lieu où se tait la rumeur du monde, une ruche où bourdonne le chant des étoiles et d’en faire, pour toujours, leur demeure.

L’ermitage Saint-François : les primevères dans le verre d’eau, la rosée sur les ronces, le chant de l’eau, les pierres moussues du gué vers le chemin de buis, les sous-bois mystérieux, les caryatides oubliées des derniers rois, la vieille allée solennelle qui menait aux eaux minérales…

Le linteau enneigé de la forge et la fenêtre incandescente comme le désir.

La menora étoilée d’églantines qui brille dans la pénombre, en mémoire d’Abraham et de sa race, à jamais…

Le fils de saint Dominique, le troubadour de la vieille abbaye, l’éveilleur du Bois dormant, qui vivait comme le lys des « chants » avec les françoisiers de passage…

Celle qui donnait en silence, le profond silence bleu où se tiennent les Invisibles qui intercèdent et consolent. Ils connaissent les trésors cachés et corrigent dans un Livre de Feu les jugements des hommes.

Jean, le fraternel géant qui plongeait le vieux presbytère dans la ferveur frénétique du Saint François de Paul marchant sur les eaux de Liszt.

Jean, qui m’indiqua le clocher du miracle.

Nuit de Pâques…Le diacre embrase le grand sapin desséché qui veillait sur la crèche de Noël…La flamme crépitante d’étincelles escalade la nuit étoilée ; l’assemblée chante tout doucement d’abord, puis de plus en plus fort, les paroles du Cantique des Cantiques : « J’entends mon Bien-aimé, voici qu’il vient, venez à sa rencontre !

 

« Je suis le Fils de Dieu

Dont les yeux sont une flamme ardente.

Et la flamme de mes yeux ne s’est pas éteinte

Quand les yeux de mon âme se sont fermés,

Dans ma chair sur la Croix.

Je suis venu jeter le feu sur la Terre,

Ma vie, nul ne la prend

Mais c’est moi qui la donne.

Mon corps est le Buisson ardent qui n’est pas consumé.

Ecoute Israël : « Je suis Celui qui est. »

 

Matin de Pâques…

 

La joie des amandiers neige sur la colline.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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