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Ce travail a été conçu par Nolwenn Mainguy et Eugène Jusserand, classe de Première artistique du Lycée Alain-Fournier à Bourges.

 

HARUKI MURAKAMI :

Chroniques de l'oiseau à ressorts 

ねじまき鳥クロニクル, Nejimaki-dori kuronikuru

 

La frontière entre le réel et le surnaturel dans Chroniques de l’oiseau à ressort

Introduction

 

Notre travail pratique encadré traite du roman de l’écrivain japonais Haruki Murakami,  Chroniques de l'oiseau à ressort.

Chroniques de l'oiseau à ressort est un thriller psychologique et fantastique. C'est un livre complet, pourtant des éléments restent sans explication, voire inexploités. Mais c'est la signature de l'artiste qui a pour habitude de perdre le lecteur dans un « patchwork » de détails étranges avant d’en assurer la cohérence et la compréhension.

Haruki Murakami est un adepte du mélange entre le réel et le surnaturel. L’intrigue se déroule tantôt dans le monde réel, tantôt dans un univers fantastique. Nous allons nous intéresser à la frontière entre ces deux univers.

 

I – Biographie d'Haruki Murakami et présentation de l'œuvre

 

Haruki Murakami est né à Kyoto au Japon un 12 janvier 1949, il est donc âgé aujourd'hui de 65 ans.

Il est auteur, écrivain, romancier,  nouvelliste, traducteur, essayiste et journaliste. Fils d'enseignant, il opte d'abord pour les arts théâtraux dans le but de devenir scénariste de cinéma.

Il étudie pendant quelques années à l'université Waseda avant d'ouvrir un bar de jazz nommé le Peter Cat.

Il publie son premier roman en 1979, Écoute le chant du vent qui sera nourri par son expérience d'étudiant et par son travail. Ce premier livre lui vaudra un prix. Il continuera à écrire, alternant nouvelles et romans.

Plus tard il partira avec sa femme pour l'étranger principalement en Europe et aux États-Unis ce qui lui inspirera un autre roman : Ciels de pluies, ciels de feu. Finalement il reviendra dans son pays natal, se sentant concerné par le séisme de Kobe et l'attentat au gaz sarin de Tokyo. De ce retour aux sources naîtront Underground (1997) et Après le tremblement de terre, recueil de nouvelles (2000)

Kafka sur le rivage (2002) ainsi que 1Q84 (2009 – 2010) ou encore Les Amants de Spoutnik  (1999) ont inscrit Murakami dans la lignée des grands écrivains contemporains. Nous allons étudier un de ses romans : Chroniques de l'oiseau à ressort. (1994 – 1995) ねじまき鳥クロニクル, Nejimaki-dori kuronikuru  traduit par Corinne Atlan et Karine Chesneau et publié en 2001 aux éditions du Seuil.

 

Chroniques de l'oiseau à ressort se situe dans le monde contemporain. Le langage  ainsi que le caractère des personnages sont à la fois atypiques et modernes. Il n'y a que le héros, Toru Okada, qui reste banal, du moins au début du roman. Au chômage, suite à sa démission du cabinet juridique dans lequel il travaillait, il mène une vie tranquille dans une maison de banlieue tokyoïte aux côtés de son épouse Kumiko.

Tout  commence par les appels téléphoniques d’une mystérieuse inconnue qui prétend connaître le héros.

Puis vient le départ de son chat qui porte de même nom que son beau-frère, Noburu Wataya.

Sa femme rentre de plus en plus tard le soir, dîne rarement avec son mari et se fait de plus en plus distante. Toru Okada observe le matin de son départ, en fermant le dos de sa robe qu'elle porte un parfum qui lui est inconnu. Elle ne reviendra pas de cette journée de travail. Plus tard, le protagoniste trouve des cadeaux qu'on lui a offerts, dont le fameux parfum. Il reçoit une lettre de Kumiko où elle lui explique qu'elle le quitte pour un autre homme. Elle part en laissant toutes ses affaires et ne revient pas les chercher. Le lendemain une étrange tache violette apparaît sur la joue du héros.

A partir de ce moment, le héros rencontre des personnages originaux et variés : les sœurs Malta et Creta Kano, deux voyantes, sa voisine May Kasahara, jeune étudiante japonaise, et croise la route du lieutenant Mamiya, vétéran de la guerre de Mandchourie, celle de Cannelle et de Muscade, deux guérisseuses ou encore celle de Monsieur Honda, le voyant de la famille Wataya.

Un des épisodes marquants du roman est la visite du lieutenant Mamiya qui vient de la part d'un certain Monsieur Honda pour donner au héros une boîte vide suite au décès de ce dernier. 

 

Le lieutenant lui décrit une période de guerre et son expérience au fond d'un puits où il a perdu, comme il le dit, « une partie de son espoir ».

Toru Okada suit son exemple en s'enfonçant au fond du puits de la maison des pendus dont tous les habitants se sont suicidés. Il ne part qu'avec une montre, une lampe et une gourde. Il reste une journée entière au fond de ce puits. A ce moment-là, on entre dans une dimension surnaturelle : le héros, après s'être endormi, passe « à travers » les parois du mur.

Viennent ensuite Muscade et Cannelle, une guérisseuse et sa fille. Muscade rencontre Toru Okada sur un banc alors que celui-ci cherche la réponse à ses questions. Rapidement tous les deux ont des projets, surtout Muscade qui veut que Toru lui succède puisqu'il possède la même tache que son père.

Tous ensemble ils achètent la maison des pendus où se trouve le puits où Toru Okada aime descendre quand il est en période de doute ou quand il veut passer de « l'autre côté » pour chercher une explication à la disparition de sa femme.

 

II – Les personnages

  • Toru Okada

Toru Okada symbolise le tokyoïte moyen. Il mène un train de vie tranquille et banale. Il vit dans une maison de banlieue tout à fait banale. Alors que son chat et sa femme l'accompagnent dans une routine quotidienne morne et sans intérêt, Toru Okada décide de rompre avec la vie active en démissionnant de son cabinet juridique.

Le couple arrive à joindre les deux bouts grâce au salaire de chroniqueuse de Kumiko et aux allocations chômage du héros. Tout dans sa vie est rythmé par des habitudes ancrées depuis des années de vie commune : le  petit déjeuner, le cri de l'oiseau inconnu chantant tous les matins dans l'arbre de leur jardin… Toru passe ses journées entre le ménage et le pressing. Il s'occupe également en écoutant de la musique classique et du jazz, il part nager quand il ne lit pas des livres de la bibliothèque de son quartier. Les journées du couple sont rythmées par le départ de Kumiko le matin et de son retour le soir. Le temps semble souvent long à Toru. La rencontre entre Toru et Kumiko est banale, elle aussi. Ils se croisent à l'hôpital, où le héros vient accomplir son travail de notaire, tandis que la jeune femme vient veiller sur un de ses parents hospitalisé.  Le contact avec la jeune femme se passe plutôt bien et un rendez-vous est donné. Il se déroule à l'aquarium où Kumiko s'émerveille devant les méduses. C'est ici la partie importante de leur rencontre. En effet, les méduses sont un symbole prémonitoire. Toru Okada ne les apprécie pas, il y voit un mauvais présage : le côté caché de sa future femme. L'homme ne voit que les continents et les pays alors que la méduse, elle, voit l'immensité océanique. En somme, Toru ne connait pas la face cachée du monde qui l'entoure, ni celle de sa femme.

 

Un matin, sa femme partie lui demande de retrouver le chat « Noboru Wataya » disparu depuis quelques jours. S'aventurant dans la ruelle derrière sa maison, Toru fait la connaissance de May Kasahara, qui habite la maison voisine de la maison des pendus. Ici aussi, une routine s'installe et ses rencontres avec la jeune fille se multiplient tout au long du roman. Il passe des après-midi entières en sa compagnie, va jusqu'à l'accompagner et même participer à son travail.

Toru, qui était un grand fumeur, passe maintenant son temps à manger des pastilles au citron pour compenser le manque de nicotine.

Au cours de toutes les péripéties qui suivront, Toru reste très terre-à-terre et garde un esprit rationnel. Il ne croit pas aux légendes, aux fantômes et aux mythes, du moins au début du roman, mais il se retrouve peu à peu dans une dimension qui le dépasse.

  • Creta et Malta Kano

Creta et Malta Kano sont l’antithèse de Toru Okada. Creta Kano est la petite sœur de Malta Kano. Elles forment à elles deux un duo de voyantes. Kumiko leur demande de l’aider à retrouver son chat. C'est Toru qui se charge de l'affaire. Ces deux femmes sont les premiers personnages atypiques à croiser le chemin du protagoniste. A peine entrent-elles en contact avec le héros que celui-ci se retrouve projeté dans une histoire bien plus grave et dangereuse que la disparition d'un chat. L'extraordinaire se traduit aussi dans leur style vestimentaire respectif. En effet, Malta Kano porte un chapeau en plastique rouge tandis que sa sœur cadette, elle, est restée coincée dans les années 50 dans sa façon de s'habiller et de se maquiller.

« Malta » et « Creta » sont des pseudonymes provenant de voyages. Malta, partie  à Malte pendant quelques années dans le but d'entamer un voyage spirituel en lien avec l'eau dont elle tire son « pouvoir », s'attache rapidement à cette île grecque et décide d'en porter le pseudonyme. De ce fait, elle donne à sa petite sœur, un surnom équivalent. Elle choisit une autre île, la Crête et en fait un symbole. Chacune voit dans « son »  île autre chose que ce qu'elle est. Elles s'y sont raccrochées spirituellement, comme à un havre de paix. Comparées à Toru qui, lui, vit dans un monde relativement tangible, les deux sœurs semblent étrangères au monde réel. Le héros rentrera petit-à-petit dans leur univers. Elles disparaissent quand elles veulent, on ne peut contrôler ni leur venue ni leur départ ; elles utilisent leurs pouvoirs surnaturels pour guérir et prévoir l'avenir.

Malta, l'aînée, est experte en divination. Elle conseille Toru dans sa recherche de son chat, puis de sa femme. Elle servira de médiatrice entre Toru et le frère de Kumiko. Sa petite sœur, Creta, a un parcours de vie semé d'embûches et de bizarreries. Elle a le pouvoir étrange de pénétrer les rêves des personnes de son choix.

La frontière entre le surnaturel et le réel réside ici dans l'opposition entre les pouvoirs des deux sœurs et le quotidien de Toru. Les deux sœurs sont d'autant plus originales qu'elles apparaissent et disparaissent tout au long du roman tandis que le héros, lui, est constamment présent

III – Les lieux

  • La maison du héros

La maison du héros représente à la perfection le réel et la banalité. Rien ne semble évoluer, tout est à sa place ; tout est statique et sans âme. La maison habitée par le couple ressemble à n’importe quel pavillon de banlieue tokyoïte par sa banalité, à l’image de celle de ses occupants. La maison représente un point d'ancrage pour le héros, tandis qu’il glisse inexorablement dans l’inexplicable. La maison a une influence  rassurante sur le protagoniste, elle représente pour lui la protection d'un foyer, la protection d'un couple fusionnel qui se suffit à lui-même.

Pourtant, sous sa banalité apparente, la maison a quelque chose d’angoissant, à cause de son environnement, du quartier où elle se situe et de l'atmosphère lunaire qui y règne.

Malgré l'image qu'a Toru de sa maison, le surnaturel s'y installe tout de même : en commençant par ses rêves puis par la disparition de sa femme ou encore par d'autres événements tout aussi inexplicables comme cette tache violette qui apparaît soudainement et sans explication rationnelle, lui conférant une force psychique et spirituelle hors normes qui lui vaudra par la suite de devenir guérisseur.

  •  Le puits et l'hôtel

Le puits est un lieu pilier, fondamental dans le roman. Il se trouve dans le même quartier que la maison du héros, précisément dans « La Maison des Pendus », lieu angoissant aussi bien en raison de son nom que de son histoire. (« Ce puits semble abandonné depuis longtemps, comme tout ce qui se trouve dans le périmètre de cette maison. Une sorte d'engourdissement généralisé règne sur les lieux. "Peut-être les objets inanimés deviennent-ils plus inanimés encore quand il n'y a plus personne pour poser le regard sur eux." Toru découvre le puits dans le jardin de la maison des pendus en cherchant son chat. Tout d’abord intrigué, il y revient ensuite après la visite du colonel Mamiya et voue un véritable culte à ce lieu.

 

 

En descendant dans ce puits, le héros entre en transe. Il se renferme dans une bulle psychique où il trouve les réponses aux questions existentielles et métaphysiques qu'il se pose. Généralement, il y descend avec le strict minimum. Il emporte avec lui  une montre pour ne pas perdre le sens du temps, de quoi subsister pendant quelques jours ainsi qu'une batte de baseball, sorte de talisman qui le rassure en lui donnant un sentiment de protection.

Au fond du puits, Toru traverse littéralement un des murs pour se retrouver dans un univers onirique : un l'hôtel. Il y découvre une jeune femme qui s'avère être une sorte d'entité de Kumiko. Le puits est le passage, l'hôtel l'endroit d'arrivée. Les épisodes où Toru se retrouve dans le bâtiment se déroulent comme dans un rêve. Tout semble réel et pourtant le héros entre dans un état de transe et quand il revient à la réalité, il s'est écoulé un certain laps de temps.

Quand le protagoniste arrive dans l'hôtel, c'est toujours le même rituel. Il suit un majordome jusqu'à une chambre bien précise, toujours la même. Le majordome  porte sur un plateau d'argent une bouteille de whisky dans un bac rempli de glaçons et deux verres. Le héros attend patiemment que l'homme sorte de la chambre pour y entrer à son tour. Là, une jeune femme lui parle. C'est  la même personne qui l'a appelé plusieurs fois au début du roman en tenant des propos aguichants. On apprend au fur et mesure de l'histoire que la jeune femme qui appelle et qui se trouve dans le lit est en fait, sa femme. Ensuite, l'entité lui demande ne pas s'approcher. Un jeu s'installe ainsi jusqu'à la fin du roman. L'apparence de l'hôtel est en constante mutation. Les couloirs ne se ressemblent pas et changent de disposition. En fait, l'hôtel est un véritable labyrinthe dans lequel Toru doit chercher les réponses à la mystérieuse disparition de sa femme.

L'hôtel est l'extrême opposé de la maison paisible du protagoniste. Une sensation pesante y règne, le héros est en effet en état de stress tout au long des passages qui s’y déroulent.

IV – Le cadre spatio-temporel

  • L’époque contemporaine

Toru Okada vit à l’époque contemporaine avec un rythme de vie moderne (pressing, piscine, bibliothèque...) L'action se déroule à notre époque. Pourtant, tout au long du roman et durant les nombreuses digressions, le protagoniste vit dans un univers complètement différent.

Bien que réaliste et très terre à terre, l’univers dans lequel Toru Okada évolue semble normal, du moins en apparence. Sa maison, sa femme, son ancien travail, ses parents, sa famille, sa ville, son pays semblent familiers. Toru règle sa vie comme l’oiseau à ressort règle le monde, mais lorsque l’oiseau à ressort ne remonte plus l’horloge de l’univers, tout peut arriver et l’univers de Toru Okada bascule alors dans le fantastique.

Ayant comme habitude de régler sa vie comme il l’entend : aller au pressing, écouter des symphonies à la radio, se plonger dans des livres, se faire à manger (des spaghettis), nager, se promener et tuer le temps comme il l’entend… Okada est complètement perturbé par ce qui lui arrive et se voit glisser dans des univers spatio-temporels complètement différents du sien. Il disparaît également durant de longues pages dans le passé cauchemardesque de son pays, tout se passant comme si l’oiseau à ressort s’était déjà tu auparavant, négligeant de remonter l’horloge du monde, laissant ainsi la société se perdre dans les  ravages de la guerre.

  • Premier retour en arrière : le lieutenant Mamiya

Durant son épopée, Toru rencontre une multitude de personnages, notamment le lieutenant Mamiya, grâce à un ami commun. Sans raison apparente, Mamiya   lui dicte de longues lettres dans lesquelles il raconte sa vie passée durant la guerre sino-japonaise et comment il a survécu.

Les lieux où se déroule l’action changent et passent du Japon, à notre époque, aux frontières de la Manchourie en 1937.

Nb : La Mandchourie  est un vaste territoire au nord-est de l'Asie, dont la plus vaste extension couvre le nord-est de la Chine (environ 1 550 000 km2), et l'est de la Russie sur l'océan Pacifique (environ 1 000 000 km2).

Entre 1931 et 1945, la Mandchourie a constitué l'avant-poste de l'occupation de la Chine par l'Empire du Japon, qui, dans le cadre de sa politique expansionniste, l'envahit en 1931 et y installa le nouvel État du Mandchoukouo, soit « pays du peuple mandchou », considéré comme un pays indépendant du reste de la Chine. L'ancien empereur Puyi fut mis au pouvoir par les Japonais, avec le titre d'Empereur du Mandchoukouo. En 1945, l'Union soviétique attaqua les Japonais en Mandchourie, mettant un terme à l'existence du Mandchoukouo.

 

A cette époque, le lieutenant Mamiya n’est qu’un simple appelé, mais ses connaissances en géographie l’amènent à participer à des opérations dont un simple soldat serait normalement exclu. Les soldats de sa compagnie se font attaquer par des soldats soviétiques ; Mamiya est le seul survivant de l’attaque, mais ses ennemis décident de ne pas l’abattre et le jettent au fond d’un puits. Meurtri, Mamiya a une illumination au moment où le fond du puits est en parfaite alignement avec le soleil. Le lieutenant Mamiya est subjugué par cet événement quasiment « mystique », mais, après son sauvetage par l’ami commun, il lui arrivera toute une série de catastrophes et ne sera plus jamais heureux, comme si cette visitation solaire avait été une malédiction. Mais pour Mamiya, l’apogée de son existence, s’est accomplie dans la poignée de secondes durant laquelle a duré cette illumination.

Après avoir entendu ce témoignage, Toru décide de suivre l’exemple de Mamiya et de partir chercher des réponses à ses questions existentielles au fond d’un puits similaire.

On peut donc parler de mise en abyme, d’histoire dans l’histoire, l’histoire principale étant celle de Toru Okada qui se déroule au Japon,  à notre époque et l’histoire secondaire, qui se déroule en Chine, en Manchourie, un Etat fantoche, à une époque révolue et dans un contexte de guerre complètement  différent de l’univers du protagoniste.

Après l’épisode du puits, Mamiya est sauvé par l’ami commun, mais retourne au combat sur la frontière entre l’URSS et la Chine, dans un lieu désolé. Il est blessé au cours d’un combat et il a la main écrasée par un char soviétique. Fait prisonnier, Mamiya est déporté dans un camp de travail (un goulag) en Sibérie. Etant bilingue, Mamiya sert d’interprète entre les prisonniers japonais et l’administration « tortionnaire » soviétique. Il sera finalement libéré avec ses camarades et rentrera au Japon.

  • Le zoo

Toru Okada rencontre Muscade, une femme qui l’embauchera plus tard comme guérisseur et devin. Au cours de nombreux dîners en commun, elle lui fait le récit dans les moindres détails des grands événements de sa vie et de celle de sa famille, bien qu’elle n’ait pas toujours vécu elle-même ces événements.

L’auteur évoque les horreurs de la guerre, thème récurrent dans l’œuvre et met en parallèle les destins croisés du lieutenant Mamyia et de son amie Muscade. Cette dernière a vécu durant la guerre des expériences particulièrement bouleversantes qui ont changé son destin et sa vision du monde à jamais. En particulier, son rapatriement de Mandchourie vers le Japon, au cours duquel, son bateau étant menacé par un sous-marin, elle  a échappé miraculeusement à la mort grâce au cessez-le-feu russo-japonais.

 

Aquarelle sur papier 250gr / Watercolor on paper 250gr 10.5 x 15 cm / 4.13x 5.9 in

Muscade raconte également un drame de guerre vécu par son père, à l’époque vétérinaire dans un zoo chinois en Mandchourie et auquel, nouvel élément fantastique, elle ne peut avoir assisté. Comment a-t-elle pu connaître, en effet, cette histoire, alors qu’elle n’avait ni l’âge, ni les moyens d’y assister ? Pourtant, elle et son fils se la racontent depuis toujours avec une précision déconcertante : durant la guerre russo-japonaise, avant l’intervention de l’URSS en Chine, son père assiste sans pouvoir intervenir au massacre des animaux   du zoo qui présentent un danger pour les populations : ours, lions, jaguars, tigres, éléphants… La profusion des détails rendent cette scène particulièrement réaliste, alors que personne n’y a assisté. L’administration du zoo n’ayant plus les moyens en personnel et en vivre pour faire subsister les animaux, l’ordre est donné de les faire abattre par des quelques soldats de l’armée japonaise encore présents. Quelques mois plus tard, les mêmes soldats retournent sur les lieux du massacre devant le zoo, mais cette fois accompagnés par une équipe de base-ball chinoise. Les hommes sont amenés dans une clairière dans l’enceinte du zoo. Après avoir soin de leur donner à boire et de leur offrir des temps de repos à l’ombre en raison de la chaleur et leur avoir fait creuser un fossé, les soldats les exécutent froidement.

L’auteur nous invite à méditer sur le paradoxe de la raison au service de la barbarie : comment peut-on massacrer froidement, aussi bien des animaux que des êtres humains, après avoir pris soin d’eux, sous prétexte qu’ils représentent un danger ou un fardeau ?

Conclusion

Les quelques 900 pages du roman sont une confrontation entre un homme auquel nous nous identifions assez facilement et un univers fantasmagorique. Les oppositions ne s'appliquent pas seulement aux personnages mais aussi aux lieux et même au contexte spatio-temporel. Chaque élément du "puzzle" apparaît d'abord comme anachronique ou futile, mais prend sens progressivement. Haruki Murakami nous égare dans une multitude de détails et invente une frontière tangible entre le monde réel et le monde surnaturel, ses personnages transitant avec une facilité déconcertante d'un monde à l'autre, obligeant ainsi le lecteur à modifier et à élargir, comme Toru Okada, sa vision de la réalité.

 

-Bibliographie/sitographie

 

-premiére de couverture chronique de l'oiseau a ressort  édition belfond

 

-portrait d'Haruki Murakami visitable sur

http://descontexto.blogspot.fr/2014/06/el-hombre-de-hielo-de-haruki-murakami.html

 

-(caricature personnages) http://8tracks.imgix.net/i/001/071/813/20225.original-975.jpg?rect=0,45,450,450&q=65&sharp=15&vib=10&fm=jpg&fit=max

 

-quatrième de couverture sommeil Haruki Murakami (illustration par Kat Menschik )2010. Sommeil (2010, Belfond, ill. Kat Menschik) – nouvelle tirée de L'éléphant s'évapore

 

- « Nb » (histoire) visitable http://fr.wikipedia.org/wiki/Mandchourie

 Dernière modification de la page le 3 octobre 2014 à 20:04

 

-Fuji, cent vues (43) : noms d'oiseaux , Yume no Fuji de Hokusai

http://melissalikos.blogspot.fr/2012/03/fuji-cent-vues-43-noms-doiseaux.html

 

- ( dessin du puits )

http://th05.deviantart.net/fs12/PRE/i/2006/302/5/8/_TheWindUpBirdChronicle_ROUGH__by_chocoholic_girl.jpg

 

- CIA — The World Factbook Map of Manchuria , wikipédia

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mandchourie#mediaviewer/File:Manchuria.png

 

- aquarelle  Aquarelle sur papier 250gr / Watercolor on paper 250gr
10.5 x 15 cm / 4.13x 5.9 in  http://et-si.net/Blog/aquarelle-watercolor-tigre/

 

- Biographie Haruki Murakami http://fr.wikipedia.org/wiki/Haruki_Murakami

 

- Résumé du livre + citations + critiques http://www.babelio.com/livres/Murakami-Chroniques-de-loiseau-a-ressort/4408

Romans :

- MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, édition 10|18 , n° 4819, traduit du japonais par Corine Atlan et Karine Chesneau, paru en 2001 en France 

* Illustration d'Olivier, The Mecanical Birdie

c 2009 Kimberley Hart | MonsterKookies.com

 HARUKI MURAKAMI :

 

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