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Ce sujet a été donné au CAPES de Philosophie en 2012

 

Le désir est à distinguer du besoin, qui renvoie au manque et à ce qui est utile pour le combler. Le besoin, au sens strict, relève du corps, le désir, de l’âme. On peut définir le besoin comme un manque objectif, d’ordre physiologique : nous avons besoin de nourriture lorsque notre corps n’a plus les nutriments qui lui sont nécessaires pour se conserver. Le désir, quant à lui, serait le sentiment ou la conscience que notre esprit a de ce besoin corporel.

Certains désirs ne semblent pas issus de besoins corporels. Peut-on admettre, avec Freud, que le désir de connaissance est une "sublimation" du désir sexuel, de la libido ?

Le désir ne se confond ni avec le besoin, ni avec la curiosité. Il n’est pas spontané, comme le besoin, mais acquis. Il est lié au langage : « le désir, selon Roland Barthes,  est le besoin en ce qu’il se parle. » Il partage donc les caractères de la connaissance. Le besoin est lié au manque, le désir est un élan pour combler ce manque. Tandis que le besoin est neutre ou indifférencié, le désir, parce qu’il relève de la pensée, a au contraire un objet déterminé et différencié.

Le désir de connaissance, déjà propre à l'enfant qui explore son envionnement,  déploie ensuite une séries de "visées intentionnelles", soit vers l'être, soit vers tel ou tel aspect de l'être, tantôt comme désir de comprendre (la philosophie, la science), tantôt comme désir d'agir (la technique), tantôt comme désir de créer et de contempler (l'art).

En quoi consiste le lien entre la connaissance et le désir ?

Il faut souligner l'enjeu de s'interroger sur le "désir de connaissance" à un moment de notre histoire où la recherche de la connaissance pour elle-même, le désir d’une connaissance désintéressée, apparaît de moins en moins comme une valeur et de plus en plus comme politiquement illégitime, voire condamnable dans le contexte d'une l’idéologie dominante, empêtrée dans un pragmatisme à courte vue et d’autant plus facilement partagé qu’il est admis sans réflexion.

Il faut souligner également l'enjeu de la connaissance de soi-même et d'autrui. Les conséquence funestes de la volonté de domination, sur le plan individuel et collectif, proviennent de la méconnaissance d'autrui. D'où la nécessité de dépasser la définition strictement "intellectuelle" du concept de connaissance, dans la mesure où, comme la montré Emmanuel Lévinas, autrui n'est pas "totalisable".

Après nous être interrogés sur l’ambivalence du « désir de connaissance », nous insisterons sur la nécessité d'en purifier le désir et sur la joie que peut nous apporter la connaissance.

I. Aspects ambivalents du « désir de connaissance

Prométhée dérobant le feu aux dieux

 

a. Le Mythe de Prométhée

Dans la mythologie grecque, Prométhée est un Titan. Il est connu pour son intervention dans plusieurs mythes anthropogéniques : création des hommes à partir d'argile et d'eau et vol du « savoir divin » (le feu sacré de l'Olympe) pour l'offrir aux humains. Courroucé par ses excès, Zeus, le roi des dieux, le condamne à finir enchaîné et torturé sur le Mont Caucase.

Prométhée est contraint de voler les arts parce que les dieux ne veulent pas les lui donner. Dans la plupart des mythes, la culture a une origine divine. En domestiquant le feu qu'il rapporte aux hommes dans une tige de fenouil, Prométhée dote les humains d'une prérogative divine. Le vol du feu inscrit les hommes et les dieux dans une relation de rivalité, de conflit. Pour les Grecs, les hommes sont des animaux "doués du Logos", intermédiaires entre les animaux et les dieux. Par l'invention et l'usage de techniques, les hommes se libèrent de la dépendance par rapport à la nature, ainsi que de la crainte.

b. Le chant du chœur de l'Antigone de Sophocle

Mais l’acquisition de « connaissances » plurielles expose l’homme dans sa relation aux dieux (Prométhée est châtié) et à la nature (Phusis). Sophocle, à travers le chœur d’Antigone se fait l’interprète de la sagesse populaire : « Riche d’une intelligence incroyablement féconde, du mal comme du bien il subit l’attirance, et sur la justice éternelle il greffe les lois de la terre. Mais le plus haut dans la Cité se met au ban de la Cité si, dans sa criminelle audace, il s’insurge contre la loi. À mon foyer ni dans mon cœur le révolté n’aura jamais sa place. »

L’homme n’est certes pas (plus) un animal, mais il n’est pas non plus un dieu : c’est le sens de l’injonction gravée sur le fronton du Temple d’Apollon à Delphes : « Connais-toi toi-même » (Gnoti Seotôn). L’homme doit rester à la place, accepter la part que le destin lui assigne et se garder de la « démesure » (l’hubris) qui est la faute par excellence dans cette civilisation qui ne connaît pas la notion de « péché ».

Selon Marcel Conche, si les Grecs n’ont pas mis au point de grandes inventions, comme par exemple les Chinois contemporains de Pythagore, mais seulement à partir de la période hellénistique, à Alexandrie, ce n’est pas faute d’intelligence, mais par volonté délibérée de ne pas franchir les limites assignées par la justice (Diké).

Michel-Ange, Adam et Eve chassés du Paradis terrestre, détail de la fresque de la chapelle Sixtine à Rome.

c. La tradition judéo-chrétienne

On retrouve cette même défiance vis-à-vis de la connaissance, mais non plus cette fois exclusivement pratique, dans la tradition judéo-chrétienne, notamment dans le Livre de la Genèse.

Tertulien désigne le désir de savoir sous le nom de « libido sciendi », qui est l’une des trois formes de « concupiscence ». Ce terme vient du latin « concupiscentia », mot formé sur le verbe « cupere » qui signifie désirer.

La "libido sentiendi" désigne le désir de jouissance : la luxure, la paresse et la gourmandise ; la "libido dominandi" désigne la volonté d'exercer le pouvoir sur autrui.

La « libido sciendi » est à l’origine du péché originel puisque c'est l’envie de connaissance qui a poussé Adam et Eve à manger du fruit de l’arbre défendu de la connaissance du Bien et du Mal.

Thomas d'Aquin (né en 1224/1225 au château de Roccasecca près d'Aquino, en Italie du Sud, mort le 7 mars 1274 à l'abbaye de Fossanova près de Priverno dans le Latium), est un religieux de l'ordre dominicain, célèbre pour son oeuvre théolgique et philosophique.

d. Philosophie et théologie

Le Livre de la Genèse a structuré l’imaginaire religieux occidental et entraîné des relations souvent conflictuelles, en tout cas problématiques entre le désir de connaissance à travers l’usage de la raison humaine (la philosophie, la science) et l’interprétation théologique de la Révélation. Pour Thomas d’Aquin, la philosophie doit rester au service de la théologie ("philosophia ancilla theologiae"). Il n’y a pas d’antinomie entre la raison naturelle et la vérité révélée, mais la raison naturelle ne doit pas s’exercer seule. L’Eglise ne condamne pas le désir de connaissance en lui-même, mais en tant qu’il prétend se passer des Lumières de la Révélation et se prononcer de façon autonome sur la question de la vérité : "A quoi sert à l'homme de conquérir l'univers s'il vient à perdre son âme ?"

A partir de Descartes, la philosophie se sépare de plus en plus de la théologie. L’homme, l’entendement humain, la subjectivité de l’ego cogito et la certitude de l'idée claire et distincte, devient le premier et l’unique critère de la connaissance. Il s’agit de connaître la nature pour s’en rendre « comme maîtres et possesseurs ». Dès lors, il ne doit plus y avoir aucune limite au « désir de connaissance ».

Nietzsche conteste l'idée d'une connaissance "désintéressée". Les relations étroites entre la science et la technique montrent en effet que le désir de connaissance va souvent de pair à la "volonté de puissance".

Mais il ne s’agit plus de la connaissance au singulier : connaissance de l’Être dans la philosophie grecque ou connaissance de Dieu dans la théologie chrétienne, mais des connaissances scientifiques dont chacune déploie ses méthodes en fonction de son objet : biologie, physique, histoire, mathématiques, astronomie… et de leurs applications techniques.

Blaise Pascal, né le 19 juin 1623 à Clairmont (aujourd'hui Clermont-Ferrand) en Auvergne,  mort le 19 août 1662 à Paris est un mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien français

 

II.  La nécessaire purification du désir

a. Du bon usage des concupiscences

Bien que condamnables car l’homme en fait un mauvais usage en les tournant exclusivement vers lui, les "concupiscences"  pourraient avoir, selon Pascal, un aspect positif : « Les raisons des effets marquent la grandeur de l’homme, d’avoir tiré de la concupiscence un si bel ordre »

Ainsi, l’ordre social dont la concupiscence est à l’origine permet la paix en ce sens qu’il a défini des lois que l’on s’est efforcé de rendre justes.

Pascal explique par ailleurs (Pensées, fragment 109) que la concupiscence peut être la voie de la charité, ordre le plus élevé dans la classification des trois ordres, après le corps et l'esprit : « Grandeur de l’homme dans sa concupiscence, d’en avoir su tirer un règlement admirable et en avoir fait un tableau de la charité ».

La concupiscence nous rappelle notre misère et par là-même notre nature déchue et nous éloigne de l’orgueil, la racine de tous les péchés (« Vous serez comme des dieux. »)

Gaston Bachelard, né à Bar-sur-Aube le 27 juin 1884 et mort à Paris le 16 octobre 1962, est un philosophe français des sciences et un poétologue.

 

b. L'esprit scientifique

Gaston Bachelard, montre dans La formation de l'esprit scientifique, que le désir de connaissance n'est qu'un point de départ et doit être purifié.

Selon Bachelard, un esprit scientifique passe nécessairement par trois états successifs :

  • L'état concret où l'esprit s'amuse des premières images du phénomène et s'appuie sur une littérature philosophique glorifiant la Nature, chantant curieusement à la fois l'unité du monde et sa riche diversité.
  • L'état concret-abstrait où l'esprit adjoint à l'expérience physique des schémas géométriques et s'appuie sur une philosophie de la simplicité. L'esprit est encore dans une situation paradoxale : il est d'autant plus sûr de son abstraction que cette abstraction est plus clairement représentée par une intuition sensible.
  • L'état abstrait où l'esprit utilise des informations volontairement soustraites à l'intuition de l'espace réel, volontairement détachées de l'expérience immédiate et même en polémique ouverte avec la réalité première, toujours impure, toujours informe.

Faire la psychologie de la patience scientifique reviendra à adjoindre à la loi des trois états de l'esprit scientifique, une sorte de loi des trois états d'âme, caractérisée par des intérêts :

  • L'âme puérile ou mondaine, animée par la curiosité naïve, frappée d'étonnement devant le moindre phénomène instrumenté, jouant à la physique pour se distraire, pour avoir un prétexte à une attitude sérieuse, accueillant les occasions du collectionneur, passive jusque dans le bonheur de penser.
  • L'âme professorale, toute fière de son dogmatisme, immobile dans sa première abstraction, appuyée pour la vie sur les succès scolaires de sa jeunesse, parlant chaque année son savoir, imposant ses démonstrations, tout à l'intérêt déductif, soutien si commode de l'autorité, enseignant son domestique comme fait Descartes ou le tout venant de la bourgeoisie comme fait l'agrégé de l'Université.
  • L'âme en mal d'abstraire, conscience scientifique douloureuse, livrée aux intérêts inductifs toujours imparfaits, jouant le jeu périlleux de la pensée sans support expérimental stable ; à tout moment dérangée par les objections de la raison, mettant sans cesse en doute un droit particulier à l'abstraction, mais si sûre que l'abstraction est un devoir, le devoir scientifique, la possession enfin épurée de la pensée du monde.

"l'objet ne saurait être désigné comme un "objectif" immédiat, explique Gaston Bachelard ; autrement dit, une marche vers l'objet n'est pas initialement objective. Il faut donc accepter une véritable rupture entre la connaissance sensible et la connaissance scientifique..."

Si elle veut se montrer rigoureuse demeurer crédible, la pensée philosophique, doit adopter non les méthodes, car son objet n'est pas le même que celui de la science, mais l'esprit de la pensée scientifique.

c. Spinoza et les trois genres de connaissances :

La conception bachelardienne de la connaissance scientifique s'inscrit dans la grande tradition rationnaliste issue de Descartes (Traité de la réforme de l'entendement) et de Spinoza (l'Ethique). Il s'agit, pour Spinoza de passer de la connaissance du premier genre ou connaissance par ouï-dire, par expérience vague, l'opinion, l'imagination à la connaissance du second genre : les notions communes et les raisons adéquates des propriétés des choses et de la connaissance du second genre à la connaissance du troisième genre : "Outre ces deux genres de connaissances, il en existe un troisième et que nous appellerons la Science intuitive. Ce genre de connaissance procède de l'idée adéquate de l'essence formelle de certains attributs de Dieu à la connaissance adéquate de l'essence des choses."

Soit, par exemple, les nombres 1, 2, 3 : il n'est personne qui ne voie, explique l'auteur de l’Éthique, que le quatrième nombre proportionnel est 6, et cela d'une manière beaucoup plus claire, puisque, c'est de la relation même entre le premier nombre et le second, en tant que nous la saisissons en une seule intuition, que nous concluons le quatrième.

d. Comment stimuler le désir de connaissance ?

En dehors de la philosophie et de la théologie que nous avons évoquées, il existe d'autres formes de connaissance. Le petit enfant qui explore son environnement fait déjà preuve d'un "désir de connaître".

On peut se demander, à cet égard, s'il faut rendre le savoir « attractif » par une « pédagogie ludique » hostile à la contrainte, ou solliciter, par l’action d’une « contrainte seconde », les forces libératrices de l’intelligence et du savoir conquis, comme le suggère Hegel dans la remarque du § 175 des Principes de la philosophie du droit.

Si, pour citer Aristote,  "tous les hommes désirent naturellement savoir » … comment maintenir le savoir comme objet de désir ? Pourquoi l’élan vers la connaissance est-il contrarié, suspendu et parfois éteint chez certains enfants… Comment comprendre ces ruptures et comment renouer avec un désir qui conditionne largement le destin scolaire ?

Jean-François Lyotard (Pourquoi philosopher ?) souligne le lien étymologique entre "savoir" et "savourer" (du latin "sapere"). Comment donner le désir de connaître ?  Comment donner de la saveur au savoir ?

II. Aspects positifs du désir de connaissance

Aristote, surnommé le Stagirite 384 - 322 av. J.-C.), est un philosophe grec de l'Antiquitté.  Avec Platon dont il fut le disciple à l'Académie, il est l'un des penseurs les plus influents que le monde ait connu. Il est aussi un des rares à avoir abordé pratiquement tous les principaux domaines de connaissance de son temps : biologie, physique, métaphysique, logique, poétique, politique, rhétorique et de façon ponctuelle l'économie.

a.  Aristote et la notion d’étonnement

Dans le Livre A de la Métaphysique, Aristote explique le désir de connaissance à partir de la notion « d’étonnement » : « Ce fut l'étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Les premiers penseurs (Héraclite, Parménide, Anaximandre…) se sont d’abord intéressés aux choses, aux « étants », avant de s’intéresser au Tout, à l’univers en général. Aristote explique le désir de connaissance à partir de la volonté d’échapper à l’ignorance.

Le Stagirite prend soin de préciser que cette soif de connaissance ne porte pas sur tel ou tel phénomène, mais sur l’Etre en général et n’a pas une fin utilitaire.

Il ajoute que les hommes n’ont pas toujours eu le désir de connaissance et il relie le désir de connaissance à la liberté humaine : « presque tous les arts qui s'appliquent aux nécessités, et ceux qui s'intéressent au bien-être et à l'agrément de la vie, étaient déjà connus, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre.

Il est donc évident que nous n'avons en vue, dans la philosophie, aucun intérêt étranger. Mais, de même que nous appelons homme libre celui qui est à lui-même sa fin et n'existe pas pour un autre, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit libre, car seule elle est à elle-même sa propre fin. »

b. Le Mythe de la caverne

L'allégorie de la caverne est exposée par Platon dans le Livre VII de La République. Elle met en scène des hommes enchaînés et immobilisés dans une demeure souterraine qui tournent le dos à l'entrée et ne voient que leurs ombres et celles projetées d'objets au loin derrière eux. Elle expose en termes imagés la pénible accession des hommes à la connaissance de la vérité.

Tous les hommes ne désirent pas la connaissance ou du moins ne désirent pas le même genre de connaissances. Certains se contentent de la connaissance des « étants » (les ombres projetées sur la paroi de la caverne) et d’autres cherchent à dépasser la connaissance fragmentaire et plurielle de l’étant pour aller vers l’être. Pour ceux-là, la vie n’est pas « un long fleuve tranquille ». Il leur faut faire des efforts douloureux, s’extraire de l’opinion, passer pour des rêveurs inutiles aux yeux des autres, risquer même de se faire tuer, comme Socrate.

Les deux catégories de personnes exclues du pouvoir dans la Cité idéale sont d'une part ceux qui sont complètement ignorants et d'autre part ceux qui "ont passé leur vie à s'instruire". Les uns et les autres n'ont "aucun but", aucun "télos", notion essentielle chez Platon pour qui l'important est ce en vue de quoi on fait quelque chose.   En dehors de ceux qui ne sont pas purement et simplement englués dans l’opinion (la Doxa), les uns ne savent pas ce qu'ils doivent chercher, les autres pensent qu'ils sont arrivés au but et ne cherchent plus rien. Le "philosophos" - littéralement : l'amoureux de la sagesse - diffère du "sophos", du sage en ce qu'il ne prétend pas posséder la sagesse, mais la chercher. A égale distance entre l'ignorance et le savoir, le désir de connaissance est donc finalement valorisé.

Le Banquet (en grec ancien Συμπόσιον, Sumpósion) est un texte de Platon écrit aux environs de 380 avant J.-C. Il est constitué principalement d’une longue série de discours portant sur la nature et les qualités de l’amour. Tò sumpósion en grec est traduit traditionnellement par Le Banquet terme désignant une réception, une fête mondaine.

c. Le désir de connaissance dans le Banquet

Le désir de connaissance est symbolisé dans le Banquet de Platon par Eros dieu de l'amour, guide de l'ascension de l'âme vers le Beau. Fils de Poros (l'abondance) et de Pénia (la pauveté), il symbolise le philosophe qui, comme lui, se situe à mi-chemin entre l'indigence (l'ignorance) et la richesse (le savoir).

La prêtresse Diotime de Mantinée, qui n'est pas présente, mais à qui Socrate feint de donner la parole, explique que l’Amour (Éros) n’est pas un dieu mais un « grand démon », un être intermédiaire dont la fonction est de lier les mortels aux Immortels.

Sa nature s’explique par son origine : il est le fils de Pauvreté (Penia) et d’Expédient (Poros). L’Amour (Éros) n’est pas délicat et beau mais rude et malpropre et « il n’a pas de gîte, couchant toujours par terre et à la dure, dormant à la belle étoile sur le pas des portes et sur le bord des chemins, car puisqu’il tient de sa mère, c’est l’indigence qu’il a en partage. A l’exemple de son père en revanche, il est à l’affût de ce qui est beau et de ce qui est bon, il est viril, résolu, ardent, c’est un chasseur redoutable ; il ne cesse de tramer des ruses, il est passionné de savoir et fertile en expédients, il passe tout son temps à philosopher, c’est un sorcier redoutable, un magicien et un expert. » 

Selon Diotime, « l’amour a aussi nécessairement pour objet l’immortalité. » C’est ce qu’exprime l’instinct de procréation que l’on observe chez les animaux et chez les hommes « féconds selon le corps » C’est ce qu’exprime aussi le désir de gloire immortelle qui préside à l’enfantement de beaux discours par les hommes « féconds selon l’âme » 

Cependant, l’immortalité véritable fait l’objet d’une révélation suprême au cours de laquelle Diotime évoque la doctrine platonicienne des Formes intelligibles et montre la droite voie qu’il faut suivre en s’élevant « comme au moyen d’échelons, en passant d’un seul beau corps à deux, de deux beau corps à tous les beaux corps, et des beaux corps aux belles occupations, et des occupations vers les belles connaissances qui sont certaines, puis des belles connaissances qui sont certaines vers cette connaissance qui constitue le terme, celle qui n’est autre que la science du beau lui-même, dans le but de connaître finalement la beauté en soi.

Fils de Poros (Richesse) et de Pénia (Pauvreté), Eros se situe donc à mi-chemin entre l'ignorance et la connaissance parfaite. Celui qu'il anime est donc tout désigné pour gravir la pente qui mène de l'obscurité de la caverne à la lumière du soleil.

Baruch Spinoza, également connu sous les noms de Bento de Espinosa ou Benedictus de Spinoza, né le 24 novembre 1632 à Amsterdam, mort le 21 février 1677 à La Haye, est un philosophe hollandais dont la pensée eut une influence considérable sur ses contemporains et nombre de penseurs postérieurs.

Conclusion :

Le désir de connaissance est constitutif de la culture humaine. On peut distinguer la connaissance au singulier et les connaissances au pluriel. L’homme désire connaître le monde qui l’entoure (l’étant), soit de façon désintéressée, soit pour agir sur lui et s’en rendre maître. Les sagesses et les religions traditionnelles nous mettent en garde contre la connaissance quand elle prétend se passer de toute norme morale ou transcendantale. Cependant, le désir de connaissance n’est pas intrinsèquement mauvais. L’homme prisonnier de l’opinion, des préjugés, d’une vision strictement utilitaire de l’existence peut et doit chercher à sortir de l’obscure tiédeur de la caverne platonicienne.

Le désir est une mobilisation vers l’Absolu, le monde intelligible. Pourtant, son statut demeure ambigu : cette dynamique ambitieuse est freinée sans cesse, notre désir s’accrochant toujours à des objets sensibles, imparfaits, impropres à le satisfaire.

Pour Spinoza, le désir de connaissance est la figure rationnelle du conatus (désir de persévérer dans son être) et se rattache à la joie, comme affect actif, passage d'une perfection moindre à une perfection plus grande dont la forme accomplie est l'amour intellectuel de Dieu.

Toute l’angoisse et le mal-être des humains se trouvent, selon Paul Diel (Le symbolisme dans la mythologie grecque) dans le manque d’harmonisation entre les désirs multiples et le désir essentiel, forme élargie prise par la poussée évolutive lorsqu’elle atteint le stade humain. Cette pulsion, venue du surconscient, nous souffle l’envie de spiritualiser la matière, de l’orienter vers des valeurs guides telles que le Bon, le Juste, le Bien et le Vrai. Intuitivement, les hommes pressentent la satisfaction et la joie que cette démarche pourrait leur apporter. Et si Dieu est avant tout un symbole mythique, il n’en reste pas moins que mythes et religions représentent l’expression imagée de cette intuition.

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

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