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Lucien Jerphagon, L'homme qui riait avec les dieux, préface de Thérèse Jerphagnon, avant-propos de Stéphane Barsacq, Albin Michel, 2013

 

"Sur un ton intimé, allègre et érudit, Lucien jerphagnon présente avec humour les grands thèmes de la pensée antique et dénonce des contre-vérités qui se sont installées. Il aborde aussi des sujets plus personnels : ses amis, ses affections et ses conversations avec les dieux.

Des présocratiques à Vladimir Jankélévitch, ces pages posthumes portent le même message, qui nous rappelle qu'il faut conjuguer le présent avec la plus divine des obligations : "rire".

"Il m'est arrivé quelque chose d'étrange. J'ai été ravi au septième ciel. Là, tous les dieux étaient assemblés. Par grâce spéciale me fut accordée la faveur de formuler un voeu. "Veux-tu, me dit Mercure, la jeunesse, la beauté, la puissance, une longue vie, la plus belle des jeunes filles, ou telle autre merveille parmi toutes celles que nous avons dans notre coffre ?" Je fus un instant perplexe, puis je m'adressai aux dieux en ces temes : "très honorés contemporains, je choisis une seule chose, c'est d'avoir toujours le rire de mon côté."

Pas un dieu ne répondit un mot, mais tous éclatèrent de rire. J'en conclus que ma prière était exaucée et que les dieux savaient s'exprimer avec goût : car il eût été malséant de répondre avec un grand sérieux : "Que cela te soit accordé."

(Soeren Kierkegaard, Diapsalmata)

"Bien cher ami,

Ainsi tu veux à présent que je développe la Caverne de Platon.

Au Livre VII de la République, Platon illustre d'une comparaison ce qu'il avait expliqué en long et en large dans le Livre VI : les degrés de l'être et du connaître.

il y en a quatre :

1. Les ombres : on n'en retire que du flou, des illusions, des berlues.

2. Les choses matérielles, dont on a  les sensations (jamais très sûres).

3. Les réalités mathématiques, dont on a une connaissance intellectuelle, mais forcément limitée.

4. Enfin, les idées, les Archétypes de ce qui est. A partir de là, on comprend que tout procède d'un absolu, l'Un-Bien, au-delà de tout ce qui est.

C'est cela que Platon montre par une image que tout le monde peut piger : la célèbre allégorie de la caverne. Imaginons donc une bande de pauvres types, vivant depuis leur enfance enchaînés dans les ténèbres d'une caverne, et tournant ainsi le dos au jour.

Que voient-ils ? - Des ombres sur le mur, qu'ils croient être le vrai monde. Dans leur dos, il y a même des salauds qui les font se tromper exprès par des jeux de marionettes, et les pauvres couillons - l'humanité ordinaire - croient que le monde, c'est ça.

Mais si on essayait de les délivrer ? Comment ferait-on ? On les détacherait, on les tournerait vers la lumière, ce qui en un premier temps leur ferait drôlement mal, les éblouirait. Ils ne verraient pas grand-chose au début, et ils râleraient car ils ne comprendraient pas encore qu'ils commencent à voir le vrai monde.

Peu à peu, ils comprendront, s'ils persistent, que ce qu'ils voyaient en bas, c'étaient des conneries, et que maintenant, enfin, ils connaissent le réel, le vrai. Même le soleil, ils peuvent maintenant, sinon le voir, du moins l'entrevoir, et comprendre que c'est de sa lumière que vient la clarté. Ce serait alors pour eux le vrai bonheur, et pour rien au monde, ils ne voudraient retourner en bas. Sinon pour aider les autres à sortir de là...

Cela, selon Platon, c'est l'aventure du philosophos, de celui qui est l'amant de la sagesse. Il a réussi sa conversion - ce qui veut dire qu'il s'est tourné du bon côté. il a changé de vie, maintenant qu'il a tout compris. Et il peut aider les autres... Et c'est justement ce que toi et moi essayons de faire !

Vale !

(Lucien Jerphagnon, L'homme qui riait avec les dieux, Lettres à Lucilius de Lutèce, p. 25-26)

 

 

 

 

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