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Serge Fauchereau, Philippe Soupault, Voyageur magnétique, 286 illustrations, dont 65 en couleurs, Editions Cercle d'Art, Paris 1989

"Il est des hommes dont l'envergure est difficile à apprécier, parce que, malgré leur présence sur la scène culturelle, ils se sont tenus en retrait des feux de la rampe ; parce qu'ils ne se sont jamais posés en mages ou en redresseurs de torts. Des hommes qui ont fait ce qu'ils croyaient devoir faire, aussi bien qu'ils le pouvaient.

Cette difficulté d'appréciation s'accroît lorsque l'oeuvre qu'ils laissent est abondante et très diversifiée. Ainsi Philippe Soupault que sa désinvolture légendaire à l'égard de son oeuvre a longtemps empêché qu'on se soucie d'en prendre la mesure avec équité.

Suivre Philippe Soupault, c'est retraverser un siècle de littérature et d'art en compagnie d'un homme qui, avant tout, a été un poète. C'est revoir ceux qu'il a aimés et qui, avec lui, ont été les acteurs d'une aventure exceptionnellement riche : écrivains, peintres, cinéastes, musiciens... C'est aussi, on le verra bien, se poser quelques questions toujours urgentes sur l'homme et son devenir, sur son potentiel de rêve et d'invention (...)

(...) Si rien de ce qui concerne dada et le surréalisme n'est resté étranger à Soupault, il a cependant largement débordé ces mouvements par son activité et sa curiosité perpétuellement en éveil ; à tel point que son oeuvre propose un parcours diagonal à travers tout le siècle, une revue quasiment exhaustive des questions qui ont agité et agitent souvent encore le monde de l'art et de la littérature.

Afin d'éviter, d'une part, un recours à la biographie privée que Soupault a toujours récusée et, d'autre part, des exégèses critiques peu conformes à son esprit, il a semblé commode de rassembler pour un visiteur ou un lecteur diverses informations alphabétiques classées. Le nombre de rubriques de ce dictionnaire, comme ce que nous avons choisi d'exposer pour les illustrer, aurait pu être décuplé, on l'imagine sans peine.

Ayant conscience que nous ne saurions dénombrer tous les aspects de cet écrivain multiple, nous avons préféré nous en tenir à ce qui, dans son cas particulier, était l'essentiel. Nous nous sommes attardés sur Breton, Aragon, Tzara, Arp ou Masson plutôt que sur Dali, Jouhandeau, Céline ou Léautaud parce que notre règle a été de suivre les options du poète Soupault et d'une histoire personnelle qui l'a amené à apprécier les uns plutôt que les autres, à se jeter à corps perdu dans ceci plutôt que dans cela.

Outre la définition de champs d'activité comme le théâtre ou la radio, on verra également apparaître des rubriques explicitant ce qui a concerné sa génération - le collage, l'automatisme par exemple - ou qui l'a retenu en particulier - l'insolite, la chanson...

C'est l'oeuvre même de Soupault qui a suggéré d'ouvrir une rubrique "Amitié" plutôt qu'une rubrique "Politique", parce qu'il n'a jamais commis l'erreur d'Eluard ou de Claudel de consacrer des odes à Staline ou à Pétain. Ses odes à lui sont dédiées à Apollinaire ou à Chagall. Chez Soupault, les amis de Prague, de Londres ou de Mexico sont des êtres de chair et de sang, des visages et parfois des patronymes précis et non une foule anonyme embrassée au nom de quelque grande idée. Proches amis pour quelques jours, comme Pessoa et Essenine, amis à distance comme Chagall ou Bunuel, ou amis de toujours revus de temps à autre, Henri Rousseau et tant d'autres - Soupault a parlé de tous, vivants ou morts, avec chaleur. Dira-t-on assez de Soupault qu'il est le poète de l'amitié ?"

 

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