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Victor Goldschmidt, Le système stoïcien et l'idée de temps, Librairie philosophique Vrin, 1977

 

Victor Goldschmidt (1914-1981) était un philosophe français. Né en Allemagne, fils d'un éminent juriste de Berlin. Il fit des études classiques puis quitta l'Allemagne et rejoignit la France en 1933. Licence de Lettres à la Sorbonne. Il suit les cours de G. Dumézil. Il est naturalisé français en 1939. Il soutient sa thèse de doctorat d'Etat sur Les Dialogues de Platon, sous la direction d'Émile Bréhier (1945). D'abord chercheur au CNRS, il enseigne ensuite à l’Université de Rennes de 1956 à 1966, puis à Clermont-Ferrand de 1966 à 1976 et enfin à Amiens jusqu'à sa mort le 25 septembre 1981.

 

Zénon de Cition, fondateur du stoïcisme

 

Le stoïcisme est une école philosophique fondée à l'époque de la Grèce antique, par Zénon de Cition en 301 av. J.-C. C'est par la suite un courant philosophique hellénistique qui a traversé les siècles, subi des transformations (notamment avec Chrisippe de Soles en Grèce et à Rome avec Cicéron, Sénèque, Epictète, Marc-Aurèle),  puis exercé diverses influences, allant de la période classique en Europe (en particulier au XVIIème siècle, chez René Descartes) jusqu'à nos jours.

Cette philosophie exhorte à la pratique d'exercices de méditation conduisant à vivre en accord avec la nature et la raison pour atteindre la sagesse et le bonheur et le  envisagés comme ataraxie, but ultime de l'existence de l'homme (absence de troubles qui prend la forme d'une absence de souffrance). Epictète résume cette conduite stoïcienne à travers la maxime Sustine et Abstine qui signifie « Supporte et abstiens-toi ».

 

"Ces études débordent le problème du temps chez les stoïciens, sans toutefois viser à un exposé intégral de leur système. Elles se proposent uniquement d'établir que ce problème, en apparence modeste, permet d'éclairer, et même commande l'ensemble du système.

Au premier abord, en effet, la théorie du temps se présente comme une simple section d'un chapitre de la Physique, celui qui traite des Incorporels. Mais déjà la seule interprétation des quelques textes qui nous l'ont transmises, fait voir que cette théorie ne saurait, dans l'ensemble de la doctrine, être découpée comme à la hache ; elle tient étroitement à d'autres théories, comme celles des incorporels en général, des catégories, de la substance. Abordant ensuite les thèses majeures de la logique et de l'éthique, on s'aperçoit qu'à leur tour elles sont solidaires de la conception du temps qui, dans bien des cas, fait évanouir leur apparence de paradoxe. A cela même, il n'y a rien d'étrange, si l'on se souvient que le stoïcisme, plus que toute autre philosophie antique, constitue un système cohérent. Mais plus particulièrement, le problème du temps a dû former le noeud de la réflexion stoïcienne qui vise, contre les lourdes autorités de Platon et d'Aristote, à rétablir dans sa réalité et dans sa dignité, le concret, le sensible, disqualifié comme "sujet à la génération et à la corruption", c'est-à-dire, en un mot, comme "l'être dans le temps". Une telle tentative exigeait, et cela à tous les niveaux du système, non seulement une revalorisation, mais une totale refonte de l'idée même de temps.

Ces considérations, qui se sont imposées et vérifiées au cours d'une étude sur le stoïcisme, ne pouvaient pas être présupposées ici. Il était donc nécessaire de commenter d'abord la théorie du temps proprement dite et d'en dégager les implications et la portée. Il a paru suffisant, ensuite, d'en montrer l'intervention en matière de morale, à la fois parce que le stoïcisme se veut essentiellement une ars vitae et parce qu'en vertu même de la cohésion du système, la morale suppose (et oblige à envisager) les principales thèses de la logique et de la physique.

Dans le cadre ainsi défini, on s'efforcera avant tout de mettre en lumière cette sorte d'échange et presque "d'implication réciproque" qui s'établit entre la théorie du temps et les autres dogmes. Dans ce sens, le livre est seulement une introduction au système dont il voudra montrer, au moins, que tout exposé d'ensemble devra s'appuyer sur l'idée de temps. Il faut ajouter que cette idée même ne sera commentée exhaustivement que sur le point où les stoïciens en ont formulé une théorie dogmatique. Mais on pourrait en étudier l'influence sur la conception de l'histoire, de la grammaire, de l'esthétique, et il faudrait surtout pousser beaucoup plus loin que nous n'avons voulu le faire, l'analyse du temps vécu et du temps moral ; les auteurs de l'époque impériale fourniraient à cet égard des matériaux abondants et de prix..."

 

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