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L’Encyclopédie de Diderot et d'Alembert est une encyclopédie ou encore un dictionnaire universel des arts et des sciences. Son plan a été élaboré à partir de 1746 par Diderot et elle a été rédigée en 21 ans, entre 1751, pour la publication de son premier volume, et 1772, pour le dernier volume des planches. Il y a 17 volumes de texte, 11 volumes de planches, 25 000 pages et 60 000 entrées. Ouvrage emblématique du siècle des Lumières, sa parution (1751-1772) connut bien des aléas. Inspirée par un ouvrage similaire de l'Anglais Chambers (1729), l'Encyclopédie a été dirigée par Diderot et rédigée par 150 savants, philosophes et spécialistes de toutes les disciplines (Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Helvétius, Condillac, d'Holbach, Daubenton, Marmontel, Quesnay, Turgot, Jaucourt, etc.). La masse des articles fournis est de qualité très inégale, de nature hétéroclite (de la simple compilation au mini-traité) et d'opinions parfois divergentes. Un jeu périlleux de renvois cherche à dissimuler la hardiesse de la pensée, donc à déjouer la censure. Le Discours préliminaire, rédigé par d'Alembert, est un tableau synthétique des connaissances à cette époque. (source : Larousse)

Description de cette image, également commentée ci-après

Denis Diderot, né le à Langres et mort le à Paris, est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français des Lumières, à la fois romancier, dramaturge, conteur, essayiste, dialoguiste, critique d'art, critique littéraire, et traducteur.

Le texte :

"Autorité Politique 

Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du Ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison.

Si la nature a établi quelque autorité, c’est la puissance paternelle : mais la puissance paternelle a ses bornes ; et dans l’état de nature, elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire.

Toute autre autorité vient d’une autre origine que la nature. Qu’on examine bien et on la fera toujours remonter a l’une de ces deux sources : ou la force et la violence de celui qui s’en est emparé ; ou le consentement de ceux qui s’y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux et celui à qui ils on déféré l’autorité.     

La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent : en sorte que , si ces derniers deviennent a leur tour les plus forts, et qu’ils secouent le joug, ils le font avec autant de droit et de justice que l’autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l’autorité la défait alors : c’est la loi du plus fort.     

Quelquefois l’autorité qui s’établit par la violence change de nature ; c’est lorsqu’elle continue et se maintient du consentement exprès de ceux qu’on a soumis : mais elle rentre par là dans la seconde espèce dont je vais parler et celui qui se l’était arrogée devenant alors prince cesse d’être tyran.

La puissance, qui vient du consentement des peuples suppose nécessairement des conditions qui en rendent l’usage légitime, utile à la société, avantageux à la république, et qui la fixent et la restreignent entre des limites ; car l’homme ne doit ni ne peut se donner entièrement sans réserve a un autre homme, parce qu’il a un maître supérieur au-dessus de tout, à qui seul il appartient tout entier.

C’est Dieu, jaloux absolu, qui ne perd jamais de ses droits et ne les communique point. Il permet pour le bien commun et pour le maintien de la société que les hommes établissent entre eux un ordre de subordination, qu’ils obéissent à l’un d’eux ; mais il veut que ce soit par raison et avec mesure, et non pas aveuglément et sans réserve afin que la créature s’arroge pas les droit du créateur.

Toute autre soumission est le véritable crime de l’idolâtrie. Fléchir le genou devant un homme ou devant une image n’est qu’une cérémonie extérieur, dont le vrai Dieu qui demande le cœur et l’esprit ne se souvient guère qu’il abandonne à l’institution des hommes pour en faire, comme il leur conviendra des marques d’un culte civil et politique, ou d’un culte de religion.

Ainsi ce ne sont point ces cérémonies en elles-mêmes, mais l’esprit de leur établissement, qui en rend la pratique innocente ou criminelle. Un Anglais n’a point de scrupule à servir le roi le genou en terre ; le cérémonial ne signifie ce qu’on a voulu qu’il signifiât ; mais livrer son cœur, son esprit et sa conduite sans aucune réserve à la volonté et au caprice d’une pure créature, en faire l’unique et le dernier motif de ses actions c’est assurément un crime de lèse-majesté divine au premier chef."

L'Encyclopédie - Denis Diderot

Questions sur le texte :

Compréhension :

1. Quel est l'auteur de ce texte ?

2. De quelle oeuvre ce texte est-il extrait ?

3. Quel est le thème de ce texte ? (de quoi parle ce texte ?)

4. Quelle est la thèse de l'auteur ?

5. Résumez rapidement les arguments de l'auteur.

6. Quels sont les concepts-clés ?

Relevez les connecteurs argumentatifs.

Etudiez les modalisateurs.

Réflexion :

1. Expliquez "a le droit d'en jouir (de la liberté) aussitôt qu'il jouit de la raison".

2. Quelle restriction l'auteur apporte-t-il à l'affirmation selon laquelle l'autorité ne vient pas de la nature ?

3. L'autorité paternelle est-elle, selon lui, illimitée ? Quelle est la provenance historique de cette question ?

4. Quelles sont les autres sources de l'autorité ?

5. Qu'est-ce qui menace, selon l'auteur, l'autorité fondée sur la force ?

6. Que faut-il penser, dès lors,  de l'expression "droit du plus fort" ?

7. La puissance qui vient du consentement des peuples est-elle illimitée ?

8. A quelles conditions a-t-elle de droit de s'exercer ?

9. Quelle différence faites-vous entre "consentement" et "volonté" ?

10. "Car l'homme ne doit ni ne peut se donner entièrement et sans réserve à un autre homme..." expliquer :  "ne doit ni ne peut"

11. Pourquoi, selon l'auteur un homme ne peut-il et ne doit-il se donner sans réserve à un autre ?

12. Y a-t-il une autorité au-dessus du souverain ? Laquelle ? Dès lors, l'autorité du souverain est-elle "absolue" ? L'auteur dit-il expressément que l'autorité du souverain vient de Dieu ?

13. En quoi le dernier paragraphe est-il une interprétation restrictive de la notion de monarchie de droit divin ?

14. Pourquoi l'auteur ne nomme-t-il pas précisément l'autorité à laquelle il fait allusion ?

15. L'auteur remet-il nécessairement en question le régime monarchique ?

16. A quelles conditions l'autorité peut-elle légitimement  s'exercer ?

17. Dans quel type de régime politique l'obéissance doit-elle être "aveugle et sans réserve" ?

18. Expliquer "Toute autre soumission est le véritable crime de l'idolâtrie" ?

 

 

 

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