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"Tout ce qui finit et commence, la naissance qui est mort, la tiédeur des matins et le mystère des nuits, et plus encore les îles d'ombres des sous-bois appartiennent au royaume de la musique. Mais le crépuscule surtout reste pour l'expérience musicale un moment privilégié, parce qu'il traduit le régime ambigu de la raison déclinante et de l'intuition en instance.

La musique est de préférence une musique du soir, elle naît là où les formes deviennent vagues, où les mots se font murmures, où "les parfums, les couleurs et les sons se répondent"...Berceuses, nocturnes, barcarolles nous entraînent vers le grand océan de la nuit ; et nous consentons à leur entraînement ; l'expérience musicale naît et meurt à l'instant où la berceuse tournoyante est sur le point de se perdre dans la nuit. L'homme cède au "langoureux vertige". Après la "toile d'araignée du crépuscule", comme il est dit dans Gaspard de la nuit, l'obscurité se développe dans l'espace devenu musique. Car c'est toute la musique, même la plus lumineuse et la plus ensoleillée, qui est nocturne en sa profondeur..."

Ainsi l'oeuvre de Fauré ressemble à la nuit elle-même ; son Requiem n'est qu'une succession de nuits, nuits quétistes, nuits constellées, depuis la nuit austère de l'Offertoire jusqu'à la nuit séraphique qui termine le Requiem : In Paradisium deducant te angeli...

(Vladimir Jankélévitch, Quelque part dans l'inachevé, entretiens avec Béatrice Berlowitz, chapitre XXIV, "L'espace devenu musique", p. 208)

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