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Fernand Paul Achille Braudel, né le à Luméville-en-Ornois (Meuse) et mort le à Cluses (Haute-Savoie), est un historien français. Directeur à l'École pratique des hautes études (1937), il devint en 1949 professeur au Collège de France. Dans la ligne des Annales, ses travaux novateurs sur la Méditerranée et le Monde méditerranéen à l'époque de Philippe II (1949), sur les liens entre Civilisation matérielle, économie et capitalisme (1979) ou sur l'Identité de la France (posthume, 1986, inachevé) ont contribué à élargir le champ de l'histoire et à réinsérer cette dernière dans l'espace désormais unifié des sciences de l'homme. (Académie française, 1984.) Fermement convaincu de l'unicité profonde des sciences humaines, il est l'un des représentants les plus populaires de « l'École des Annales » et a marqué durablement l'historiographie française par la définition de concepts « braudéliens » : l'étagement des temporalités, la longue durée, ou encore la civilisation matérielle sont des prismes à travers lesquels il observe le monde et dépasse très largement l'histoire traditionnelle en ouvrant sur des sciences telles que la géographie, l'économie, l'ethnologie, la sociologie, ou encore l'archéologie.

Trois oeuvres majeures :

La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II

Il s'agit de sa thèse doctorat, soutenue en 1947 et publiée en 1949. Elle a eu un retentissement considérable.

Son apport fondamental réside dans :

  • l'inversion volontaire de l'objet étudié : la Méditerranée au détriment de Philippe II - par rapport aux canons de l'histoire politique dominante à cette époque.
  • la mise en œuvre d'une nouvelle approche de la temporalité historique.

Braudel divise le temps de l'histoire en trois parties :

  • l'histoire presque immobile, « le temps géographique » dont les fluctuations sont presque imperceptibles, et qui porte sur les rapports entre les hommes et leur milieu ;
  • l'histoire lentement agitée, « le temps social », une histoire sociale, ayant trait aux groupes humains.
  • l'histoire événementielle, « le temps individuel », celle de l'agitation de surface.

Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe ‑ XVIIIe siècles

Dans cet ouvrage, paru en 1979, Braudel défend notamment l'idée que le capitalisme n'est pas une idéologie mais un système économique élaboré progressivement par le jeu de stratégies de pouvoirs. Ce livre eut un très grand retentissement international, notamment aux États-Unis.

Grammaire des civilisations

Dans cette œuvre parue sous ce titre en 1987, le texte original datant de 1963, Braudel décrit de manière précise les mentalités, les identités et les particularités spécifiques de chaque civilisation dans le monde : civilisation arabo-islamique, chinoise, mongole, indienne, africaine, européenne... Cet ouvrage a inspiré Samuel Huntington pour Le Choc des civilisations.

Fernand Braudel a forgé des concepts qui ont changé l'approche de l'Histoire :

1. Le concept de "longue durée" :

Dans sa thèse sur La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, Fernand Braudel introduit un concept permettant une approche nouvelle des faits historiques : "la longue durée". À côté de l'histoire traditionnelle, l'histoire dite événementielle, critiquée par l'Ecole des Annales,  "à oscillations brèves, rapides, nerveuses",  à côté de l'histoire cyclique et conjoncturelle - l'histoire économique et sociale - caractérisée par des phases lentes, Braudel introduit l'histoire quasi immobile qui s'intéresse aux phénomènes extrêmement longs comme l'évolution des paysages et l'histoire de l'homme dans ses rapports avec le milieu. C'est en 1958, à l'occasion d'une controverse avec Claude Lévi-Strauss, que Braudel théorise dans son article "La longue durée", le modèle de la pluralité des temps de l'Histoire (structure, conjoncture, événement). La notion de longue durée acquiert dès lors sa légitimité.

2. Les temporalités :

Dans sa thèse de doctorat (1947) La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, Braudel rompt avec l'histoire événementielle et définit trois formes de temporalités historique, de la plus lente à la plus rapide : la temporalité géographique, la temporalité économique et la temporalité politique.

a – La part du milieu. Il s'agit d'une étude sur les montagnes, les péninsules, les mers, les confins... Dans ce chapitre, Braudel traite des différences entre transhumance et nomadisme, aborde, pour la première fois, la question de l'évolution du climat, problématique révolutionnaire à l'époque, qui sera reprise par Emmanuel Le Roy Ladurie en 1961, dans L'histoire du climat depuis l'an Mil, étudie la question du réseau des routes et des villes...

b – Destins collectifs et mouvements d'ensemble. Cette partie préfigure La gramaire des civilisations. Elle est orientée vers l'économie. Braudel traite des métaux précieux, du commerce, des fluctuations monétaires, du prix des épices, sans négliger pour autant les sociétés, les empires, les civilisations.

c – Les événements, la politique et les hommes. Braudel y étudie les événements, leurs relations, leurs influences, de l'abdication de Charles Quint à la bataille de Lépante en passant par la formation de la Sainte Ligue et les défilés des Janissaires à Constantinople. Cette partie plus traditionnelle est inséparable des deux précédentes.

3. La notion "d'économie-monde" :

Dans Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe ‑ XVIIIe siècles, Braudel fait jouer son concept de longue durée et traite du monde dans son ensemble pour donner finalement une image de la dynamique du capitalisme. L'œuvre est divisée en trois volumes comme autant d'étages à travers lesquels il perçoit la vie matérielle d'une part, l'économie ensuite et enfin le capitalisme dans son ensemble.

a- Les structures du quotidien : Ce premier volume analyse de façon systématique la civilisation matérielle, à l'échelle mondiale. Après une analyse de l'évolution démographique, il traite de la nourriture, l'essentiel d'abord le superflu ensuite. Suivent des chapitres sur l'habillement, le logement, les énergies. Il brosse le tableau d'une économie « au ras du sol », au-dessous du marché : le soubassement de l'économie. On peut également considérer ce volume comme un vaste « inventaire » matériel du monde avant le bouleversement qu'a été la Révolution industrielle. La longue durée permet d'observer que cette civilisation matérielle, bien que connaissant de nombreuses évolutions obéit grosso modo aux mêmes lois depuis le néolithique.

b- Les jeux de l'échange : En étudiant les règles communes des échanges et en cherchant l'ensemble de ces jeux, du troc le plus simple au capitalisme le plus sophistiqué, Braudel propose une vision du capitalisme naissant. Il voit le capitalisme se couler dans des inégalités déjà existantes et  propose également une "grammaire" décryptant ces échanges. Voyant le marché comme un état situé entre la production et la consommation, il établit une complémentarité entre économie de marché et capitalisme. Contrairement aux marxistes, il ne conçoit pas la lutte des classes comme le cadre du mouvement social, mais comme une de ses parties intégrantes.

c- Le temps du monde : Ce dernier volume est pour lui l'occasion d'avancer que le développement du capitalisme n'est pas possible sans l'action d'un marché mondial. Braudel introduit la notion d' « économie-monde », l'économie étant, selon lui, un monde en soi. Mais ce développement se fait suivant des pôles où le capitalisme est très développé dans un « centre », comme une ville-Etat, qui influence les régions voisines, mais en laissant de côté d'énormes marges extérieures. Ces pôles ont été, dans l'ordre chronologique, Gènes et Venise, puis Anvers, Amsterdam, Londres et enfin l'Angleterre. Cela permet à Braudel de replacer ses observations dans l'espace, mais également dans le temps, avec le passage des villes-Etat aux marchés nationaux.

4. le concept de "civilisation" :

La "civilisation" est d'abord un espace, une aire culturelle à laquelle sont rattachés des biens, matériels ou non, ayant une cohérence entre eux. Si, en plus de cela, une permanence s'observe dans le temps, alors, selon Braudel, on a affaire à une civilisation. On peut remarquer que cette vision est très proche de celle des archéologues actuels.

 

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