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Prosper Mérimée, né le 28 septembre 1803 à Paris et mort le 23 septembre 1870 à Cannes, est un écrivain, historien et archéologue français. Issu d'un milieu bourgeois et artiste, Prosper Mérimée fait des études de droit avant de s'intéresser à la littérature et de publier dès 1825 des textes, en particulier des nouvelles, qui le font connaître et lui vaudront d'être élu à l'Académie française en 1844. Nommé inspecteur général des Monuments historiques, Mérimée donne plusieurs ouvrages d'érudition ainsi que des Notes de voyage (1835-1836, 1838-1840). En 1833 paraît la Double Méprise, puis en 1834 les Âmes du purgatoire ; en 1837, la Vénus d'Ille et enfin ses deux chefs-d'œuvre Colomba (1840) et Carmen (1845). Ami de la famille impériale, Mérimée est nommé sénateur sous l'Empire et fréquente la Cour. Traducteur de Pouchkine, de Gogol et de Tourgueniev, il écrit encore quelques nouvelles (la Chambre bleue, Djoûmane, 1873). Styliste avant tout, bien que doué d'une imagination romantique, Mérimée s'est exprimé dans une langue épurée et dense. (Académie française, 1844.)

L'impératrice Eugénie au milieu de ses dames d'honneur par Winterhalter

Lié d'amitié avec Eugénie de Montijo bien avant qu'elle n'épouse Napoléon III, Prosper Mérimée devint le boute-en-train officiel de la cour impériale. La légende veut qu'il ait compoé sa dictée pour distraire le brillant aéropage qui s'étiolait d'ennui au château de Compiègne par une après-midi pluvieuse.

  Le prince de Metternich l'aurait emporté haut la main avec seulement trois fautes. Octvave Feuillet en aurait commis dix-neuf, Alexandre Dumas fils vingt-quatre, la princesse de Metternich quarante-deux, la belle Eugénie soixante, et l'Empereur aurait tenu le rôle du cancre avec soixante-quinze bévues ! En réalité, il existe plusieurs versions de la dictée, toutes aussi hermétiques qu'alambiquées, et il n'est même pas certain que Mérimée en soit l'unique auteur.

On lira avec profit l'enquête pointue qu'a menée François Maison, conservateur en chef du patrimoine sur la Dictée de Mérimée (collection  Carré d'Art; coédition château de Compiègne-Séguier). Voici le texte qui fut publié en 1900, soit plus de quarante ans après l'épreuve, et qui fait désormais référence. (source : Les dictées de Bernard Pivot, l'intégrale)

Le prince de Metternich (1773-1859)

Le texte de la dictée :

"Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l'amphitryon, fut un vrai guêpier.

Quelles que soient et quelqu'exiguës qu'aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu'étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d'en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis et de leur infliger une raclée alors qu'ils ne songeaient qu'à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.

Quoi qu'il en soit, c'est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s'est laissé entraîner à prendre un râteau et qu'elle s'est crue obligée de frapper l'exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés, une dysenterie se déclara, suivie d'une phtisie.

- Par saint Martin, quelle hémorragie, s'écria ce bélître ! À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l'église tout entière."

La dictée du bicentenaire de Mérimée

En septembre 2003, en hommage à Mérimée, Bernard Pivot a créé la dictée de Compiègne du bicentenaire de Mérimée, texte qui est publié dans l'ouvrage de Françoise Maison, La Dictée de Mérimée, Château de Compiègne, Séguier, 2003, 64p.

"NAPOLÉON III : MA DICTÉE D'OUTRE-TOMBE

Moi, Napoléon III, empereur des Français, je le déclare solennellement aux ayants droit de ma postérité et aux non-voyants de ma légende : mes soixante-quinze fautes à la dictée de Mérimée, c'est du pipeau ! De la désinformation circonstancielle ! De l'esbroufe républicaine ! Une coquecigrue de hugoliens logorrhéiques !

Quels que soient et quelque bizarroïdes qu'aient pu paraître la dictée, ses tournures ambiguës, Saint-Adresse, la douairière, les arrhes versées et le cuisseau de veau, j'étais maître du sujet comme de mes trente-sept millions d'autres. Pourvus d'antisèches par notre très cher Prosper, Eugénie et moi nous nous sommes plu à glisser çà et là quelques fautes. Trop sans doute. Plus que le cynique prince de Metternich, à qui ce fieffé coquin de Mérimée avait probablement passé copie du manuscrit.

En échange de quoi ?

D'un cuissot de chevreuil du Tyrol ?"

 

 

 

 

 

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