Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Les Dictées de Bernard Pivot, l'intégrale, avec les dictées de Micheline Sommant, chroniques et jeux de Jean-Pierre Colignon, Albin Michel, 2002, 2004

 

"Voici l'intégrale des "dictées de Pivot", avec celles de Micheline Sommant, accompagnées de leurs corrigés détaillés, de tests, de jeux pour s'entraîner ou pour apprendre, de conseils et d'astuces. Pour tous les amoureux de la langue française qui adorent défier ses difficultés et jouer avec les mot, seuls ou en famille, voici une véritable bible, amusante et instructive, à laquelle ont collaboré les spécialistes du jury des Dicos d'or."

Finales 1988 Théâtre national de Chaillot, Paris

Ma première dictée. N'étais-je pas moralement obligé de commencer par un éloge des mots ? J'en ai glissé quelques uns que j'aime bien phonétiquement : "affûtiaux", "péronelle", "quenotte", "rastaquouère", "étourneau"... La succession de participes passés de verbes pronominaux qui qualifient les onomatopées serait récusée par un puriste, mais il est commode de les aligner sans perdre de temps.

Sur la scène de la grande salle du théâtre de Chaillot, j'étais évidemment très ému de lire un texte dont j'étais l'auteur-acteur. C'étaient mes débuts au théâtre...

Dicos d'Or 2004, Hôtel de Ville de Paris

La longue balade des mots

Les mots ont la bougeotte. Seuls ou groupés, ils forcent les frontières, passent par-dessus les vallons, les vallées et les puys, s’immiscent dans nos fourre-tout, voyagent avec nos nippes et nos affûtiaux. Voudrait-on les empêcher de s’envoler tous azimuts que cela se révélerait inopérant. Car les mots sont cachés dans notre bouche, embusqués derrière nos quenottes, notre luette ou nos amygdales. Sitôt arrivés à Montréal, à Canberra ou à Kinshasa, à peine avons-nous, les uns ou les autres, desserré les lèvres que les mots, pressés de s’égailler dans la nature, s’échappent comme des étourneaux. Les mots sont d’infatigables globe-trotters. Ils se jouent des fouilles et des censures. Les mots sont libres comme l’air.

Fin de la dictée des juniors

Mais, de tout temps, les mots se sont battus pour vivre. Que de verbes et d’adjectifs, frappés d’obsolescence, se sont retirés du trafic ! Que d’onomatopées se sont ressemblé, concurrencées, apostrophées, nui, exclues ! Que de substantifs caducs et prétentieux de petits-maîtres se sont laissé supplanter par les mots succulents des rastaquouères ! Le vocabulaire détonnant et drolatique des sans-culottes a eu l’heur de régénérer substantiellement la langue. Que de fois t’es-tu retrouvée, ma douce péronnelle, ballottée au gré des modes imprévisibles ! Maintenant tout va plus vite, et les mots, eux aussi, se sont mis au prêt-à-porter, au clonage, à l'apocope spontanée. "Je cause, tu causes, il cause..." La plus belle cause, c'est la langue.

Fin de la dictée des séniors

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :