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Virginia Woolf, Une chambre à soi, traduit de l'anglais par Clara Malraux, 10/18 Denoël, 1977, 1992

Romancière et essayiste, Virginia Woolf est née à Londres le 25 janvier 1882. Fille d'un des titans malheureux du victorianisme - Sir Leslie Stephen -, elle côtoie dès l'enfance la fleur de l'intelligentsia mondiale et devient l'égérie redoutée du groupe de Bloomsbury. En 1912, Virginia épouse Leonard Woolf et, en 1917, ils fondent une maison d'édition, la Hogarth Press, qui fera découvrir Katherine Mansfield, T.S. Eliot, Freud, des romanciers français et russes... L'histoire de la vie de Virginia Woolf est indissociable de celle de ses oeuvres. En vingt-six ans d'écriture, elle publie des romans - La traversée des apparences, Nuit et Jour, La chabmbre de Jacob, Mrs Dalloway, La promenade au phare -, des essais - Le lecteur ordinaire, Une chambre à soi - et de nombreuses nouvelles. Victime de dépression chronique, elle met fin à ses jours le 28 mars 1941. Elle laisse un nombre considérable d'essais inédits, une correspondance et un Journal, qui paraît après sa mort à l'initiative de son mari.

Une chambre à soi (titre original : A Room of One's Own) est un essai pamphlétaire de Virginia Woolf, publié pour la première fois en 1929. Il se base sur plusieurs conférences données par Woolf en octobre 1928 dans deux collèges de l'université Cambridge qui étaient alors réservés aux femmes, Newnham College et Girton College.

Le sujet principal de ce texte est la place des auteurs de sexe féminin dans l'histoire de la littérature. Woolf se penche sur les facteurs qui ont empêché l'accession des femmes à l'éducation, à la production littéraire et au succès. L'une de ses thèses principales, qui a donné son titre à l'ouvrage, est qu'une femme doit au moins disposer « de quelque argent et d'une chambre à soi » si elle veut produire une œuvre romanesque. Ce livre est considéré comme un manifeste du féminisme.

"Voyons Pope : "La plupart des femmes n'ont pas le moindre caractère." Et voyons La Bruyère : "Les femmes sont extrêmes ; elles sont meilleures ou pires que les hommes." Opinions contradictoires émises par de sagaces observateurs qui furent contemporains l'un de l'autre. Les femmes sont-elles capables ou non de s'instruire ? Napoléon les en coyait incapables. Le Dr Johnson était d'avis contraire. Ont-elles une âme ou n'en ont-elles pas ? Certains sauvages disent qu'elles n'en ont pas. D'autres, au contraire, soutiennent que les femmes sont à demi-divines, ce pourquoi ils leur consacrent un culte. Certains sages soutiennent qu'elles sont superficielles ; d'autres qu'elles sont très profondément conscientes. Goethe les honorait ; Mussolini les méprise. De quelque côté qu'on se tourne, les hommes ont réfléchi sur ce que sont les femmes et les résultats de leurs réflexions s'opposent. Impossible de donner forme à tout cela, décrétai-je, jetant un regard d'envie sur mon voisin en train de faire des résumés bien nets, précédés souvent de A et de B et de C, tandis que mon carnet débordait d'un incohérent gribouillage, de notes contradictoires. ce qui était affligeant, décourageant, humiliant. La vérité avait glissé entre mes doigts. S'en était échappée jusqu'à la moindre goutte." (V. Woolf, Une chambre à soi, Denoël 10/18, p. 45-46)

"Car voici ma conviction : si nous vivons encore un siècle environ - je parle ici de la vie qui est réelle et non pas de ces petites vies séparées que nous vivons en tant qu'individus - et que nous ayons toutes cinq cent livres de rente et des chambres qui soient à nous seules ; si nous acquérons l'habitude de la liberté et le courage d'écrire exactement ce que nous pensons ; si nous parvenons à échapper un peu au salon commun et à voir les humains non pas seulement dans leurs rapports les uns avec les autres, mais dans leur relation avec la réalité, et aussi le ciel et les arbres et le reste en fonction de ce qu'ils sont ; si nous parvenons à regarder plus loin que le croque-mitaine de Milton, si nous ne reculons pas devant le fait (car c'est bien là un fait) qu'il n'y a aucun bras auquel nous accrocher et que nous marchons seules et que nous sommes en relation avec le monde de la réalité et non seulement avec le monde des hommes et des femmes - alors l'occasion se présentera pour la poétesse morte qui était la soeur de Shakespeare de prendre cette forme humaine à laquelle il lui a si souvent fallu renoncer. Tirant sa vie de la vie des inconnues qui furent ses devancières, ainsi qu'avant elle le fit son frère, elle naîtra, enfin. Mais il ne faut pas - car cela ne saurait être - nous attendre à sa venue sans effort, sans préparation de notre part, sans que nous soyons résolues à lui offrir, à sa nouvelle naissance, la possibilité de vivre et d'écrire. Mais je vous assure qu'elle viendrait si nous travaillions pour elle et que travailer ainsi, même dans la pauvreté et dans l'obscurité, est chose qui vaut la peine." (Virginia Woolf, Une chambre à soi, Denoël, 10/18, p. 170-171)

 

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