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Le musée national du Bardo à Tunis

"Comptant parmi les plus prestigieux musées de toute l'Afrique, placé juste derrière le grand musée du Caire pour son importance, le musée national du Bardo n'a pas d'égal au monde s'agissant de mosaïques antiques.

Il a été aménagé dans l'ancien harem du bey de Tunis, merveilleux pavillon qui, avec ses couloirs, ses portiques, ses ailes superbement décorées et meublées, évoque les splendeurs des Mille et Une Nuits ; cadre admirable pour l'une des plus belles et des plus riches collections de mosaïques romaines réunissant des oeuvres originaires d'Utique, de Bulla Regia, de Dougga, et de nombreuses autres cités antiques du pays.

Le nom de Bardo désigne en fait une zone urbaine située à 5 km du centre de Tunis. Celle-ci comprend le palais beylical qui, avec ses innombrables bâtiments, est une véritable petite ville. Jadis fortifiée et ceinte de remparts, elle fut bâtie aux environs de 1250 par les émirs hafisdes et servit longtemps de résidence aux beys. Aux alentours du palais où siège aujourd'hui l'Assemblée nationale, s'étend un quartier populeux qui a pris le nom de Bardo.

Inauguré le 7 mai 1888, le musée du Bardo témoigne au fil de ses actions et de ses 30 salles réparties sur trois étages, non seulement des périodes de la domination phénicienne et de l'hégémonie carthaginoise (de cette époque, signalons la "stèle du prêtre", découverte à Carthage, et les restes d'un navire coulé au large de Mahdia au Ier siècle av. J.-C. avec sa précieuse cargaison de statues grecques), mais surtout de l'histoire et de l'art du monde romain, spécialement l'art de la mosaïque qui connut un épanouissement particulier dans cette province féconde de l'Empire.

Près d'un millier de pièces, allant des décors de pavement aux portraits, en passant par les compositions mythologiques et les scènes de vie quotidienne, entre autre chasse, pêche, jeux de cirque et travaux agricoles, témoignent ici de l'évolution de l'art de la mosaïque, particulièrement du IIème jusqu'au IVème siècle, c'est-à-dire une époque où perçait l'influence du monde byzantin.

Le tour d'horizon historique et artistique présenté au musée du Bardo est on ne peut plus complet puisque ses diverses sections illustrent toutes les époques  du pays - de la préhistoire aux périodes punique, grecque, romaine, païenne, paléochrétienne et arabo-musulmane - par le biais d'une multitude l'oeuvres, sculptures, armures et objets divers qui tous témoignent du savoir-faire des artistes locaux dont, comme nous l'avons dit, la maîtrise culmina dans l'art de la mosaïque, en particulier dans la réalisation des mosaïques de pavements, où ils firent preuve d'une grande originalité.

La Tunisie du Iième siècle était une région fort riche et prospère et les nombreuses mosaïques qui y ont été découvertes, souvent en parfait état de conservation, grâce au climat chaud et sec du pays, sont la preuve éclatante de cette opulence. Il devait donc y avoir à l'époque de nombreux ateliers de mosaïstes auxquels était systématiquement confiée la décoration des grandes demeures aristocratiques, ainsi que celle des édifices publics.

Les mosaïques tunisiennes, réalisées généralement en opus tessellatum et en opus vermiculatum, se caractérisent par la variété et la vivacité de leurs coloris, polychromie favorisée par la richesse minéralogique de cette région.

Si ces mosaïques sont indubitablement des oeuvres majeures, elles constituent aussi un précieux témoignage historique sur la vie quotidienne, la société, les traditions, la flore et la faune de la Tunisie d'il y a 2000 ans.

Un trésor artistique donc, mais également un voyage dans le temps, à la découverte d'un monde disparu. (source : Art et Histoire Tunisie, Société Mirage Editions, Casa Editrice Bonechi)

 

Le baptistère de Kélibia ou baptistère du prêtre Félix de Demna est une cuve baptismale paléochrétienne richement décorée de mosaïques. Découverte à Demna, dans la délégation de Hammam Ghezèze en Tunisie, elle constitue la pièce majeure du département paléochrétien du musée national du Bardo.

Christian Courtois a dit à son propos qu'elle était « un des plus beaux ensembles de mosaïques chrétiennes qui aient été trouvés en Afrique, et même, en son espèce, dans l'ensemble du monde romain ».

Histoire et découverte

L'œuvre est l'une des pièces maîtresses du musée du Bardo depuis sa découverte dans l'église du prêtre Félix, à sept kilomètres de Kélibia, plus précisément à Demna. Elle a été trouvée dans les ruines d'une basilique, à proximité de la mer. La découverte simultanée d'un autre baptistère, plus grossièrement réalisé et dans lequel fut découvert un trésor monétaire daté du règne de Flavius Honorius, a permis aux fouilleurs de dater l'abandon initial de la bâtisse, au début du Ve siècle, et son état définitif supposé au moment de la reconquête byzantine. Le transport du baptistère jusqu'au musée a posé de gros problèmes de logistique en raison de sa grande fragilité.

La cuve a pour sa part été datée de la deuxième moitié du VIe siècle.

Une copie du baptistère a été réalisée pour une exposition en Allemagne. Après avoir été très longtemps dans les pièces consacrées à l'administration du musée du Bardo, elle est désormais visible grâce aux grands travaux d'extension et de rénovation du musée.

 

Baptistère dans son lieu d'exposition actuel

 

Le baptistère était situé au sud-ouest de la basilique, dans une sorte de kiosque autonome de la basilique à laquelle était relié son angle nord.

Le baptistère est un carré de 3,30 mètres de côté. La cuve de 2,10 mètres de diamètre est située à environ dix centimètres du sol ; elle est élevée sur un pavement de mosaïque de forme carrée, décorée sur les angles par quatre cratères desquels s'échappent des rinceaux ou pampres de vigne.

Le pavement comporte un seuil sur lequel est inscrit : Pax fides caritas (Paix, foi, charité). Là était sans doute située l'entrée du bâtiment, entraînant une orientation du chrisme présent au fond de la cuve baptismale et, de fait, la disposition des divers participants aux cérémonies.

La cuve, en forme de croix grecque, possède un bassin quadrilobé dont chaque bras comporte un degré pour la descente. Tout le rebord est décoré par deux lignes de textes avec, représentées en coupe, les bases des colonnes : « En l'honneur du saint et bienheureux évêque Cyprien, chef de notre église catholique avec le saint Adelphius, prêtre de cette église de l'unité, Aquinius et Juliana son épouse ainsi que leurs enfants Villa et Deogratias ont posé cette mosaïque destinée à l'eau éternelle » ; les dédicants et dédicataires sont ainsi nommés. Un chrisme scande chaque alvéole du bassin.

L'intérieur polychrome est richement décoré : colombe à plumes blanches et jaunes porteuse de rameau d'olivier, coupe de lait et miel, caisse, baldaquin abritant la croix, dauphins supportant un chrisme, image du Christ, poissons, cierges, arbres et fleurs dont des lys. Christian Courtois relève en outre des abeilles, l'arche de Noé, un calice et un ciborium. Les arbres sont très stylisés et peuvent représenter un figuier, un palmier, un olivier ; le dernier est soit un pommier soit un oranger selon Mohamed Yacoub.

Ce dernier considère que « l'exécution technique de l'œuvre est assez médiocre », l'effet global donné étant lié aux contrastes des coloris.

Interprétation

Christian Courtois a évoqué la disposition des personnages : après avoir passé le seuil, le catéchumène trouvait à sa gauche l'évêque. Le message divin était dans sa direction, et il pouvait accéder à la fois à la connaissance de la religion chrétienne ainsi qu'à la récompense par le calice de lait et de miel, un mélange offert au nouveau baptisé.

Tout le décor est symbolique : l'aspirant au baptême était représenté sous la forme d'une colombe. La colombe avec le rameau d'olivier annonce la paix du croyant, l'arche de Noé témoigne de l'unité et de la pérennité de l'Église. Un baldaquin témoigne de la victoire du christianisme. La coupe annonce la communion et les cierges symbolisent la foi et le Christ. Les poissons symbolisent les âmes et les arbres évoquent le jardin du Paradis.

L'arche de Noé, symbole de l'unité de l'Église, peut témoigner des circonstances d'élaboration de l'œuvre : il s'agit des luttes entre donatistes et catholiques, le donatisme persistant en Afrique jusqu'à la conquête arabe.

Les donateurs témoignaient, par le don de l'ouvrage, de leur attachement à l'orthodoxie catholique.

Courtois écartait l'identification du Cyprien mentionné dans le texte à saint Cyprien car il s'agit selon lui du prêtre du lieu. Yacoub pour sa part considère que c'est bien saint Cyprien qui est nommé, comme prélat prééminent en Afrique ; Adelphius, l'évêque de Thasvalte, est qualifié de prêtre peut-être pour affirmer la prépondérance de l'évêque martyr.

La valeur symbolique est forte, témoignant du triomphe du Christ et de la croix ainsi que du Paradis promis aux fidèles. (source : encyclopédie en ligne wikipedia)

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