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Quentin Landenne, Karl-Otto Apel, Du point de vue moral, Michalon editeur, coll. Le bien commun, 2015

Table des matières :

Introduction

Chapitre 1. La fondation transcendantale du point de vue moral : a) le projet commun : fonder rationnellement une éthique de la discussion - b) Le sens et les enjeux d'une fondation ultime des principes de l'éthique de la discussion - c) Le débat sur la pertinence pratique d'une fondation du point de vue moral

Chapitre 2 : Les applications du point de vue moral : a) La question de l'application et la partie B de l'éthique de la discussion - b) la reconstitution de l'histoire du point de vue moral

Chapitre 3 : le droit et la politique d'un point de vue moral :

a) La différenciation des points de vue normatifs : morale, droit, politique - b) Application concrète : quelle moralité pour une intervention illégale ?  Le cas du Kosovo - c) L'éthique politique comme synthèse de la stratégie morale et du droit positif.

Conclusion - Bibliographie

Karl-Otto Apel, né le à Düsseldorf, ancien professeur à l'Université de Francfort, est un philosophe allemand.

Quentin Landenne enseigne la philosophie à l'Université Saint-Louis et à l'Université libre de Bruxelles.

"Karl-Otto Apel est sans doute l'un des auteurs les plus importants dans le domaine de la pensée morale et de la philosophie pratique au vingtième siècle. Marqué dans sa jeunesse par la montée du nazisme, mais surtout par le devoir de rendre impossible sa résurgence, Apel va se mettre en quête d'une réponse philosophique à cette crise morale inouïe, en quête d'un principe fondamental qui puisse servir de point d'Archimède incontestable dans le domaine pratique.

Ce principe, il le développera dans une théorie de l'éthique qui s'inscrit pleinement dans la tradition idéaliste de la morale de Kant, tout en transformant cette tradition par la prise en compte de la dimension intersubjective du langage, devenue centrale pour la philosophie contemporaine. Le projet de sa "pragmatique transcendantale" est de fonder les normes d'une morale universelle à partir d'une analyse réflexive des présupposés nécessaires de toute activité de communication, de toute discussion sérieusement engagée.

L'objectif de cette étude sur Karl-Otto Apel est double : premièrement, interroger les fondements transcendantaux de son concept de "point de vue moral" ; deuxièmement, mettre au jour les prémisses de son éthique politique en examinant les conditions de possibilité et les limites de l'application du point de vue moral dans les sphères de normativité du droit et de la politique." (Quentin Landenne)

Karl-Otto Apel et Jürgen Habermas

 

Aux élèves :

La réflexion de Karl-Otto Apel se rapporte aux notions suivantes de votre programme : autrui (l'intersubjectivité), le Droit, l'Etat (la Politique), la liberté, le langage, la vérité.

Le nom de Karl-Otto Apel est souvent associé à celui de Jürgen Habermas. Les deux hommes étaient amis et s'estimaient mutuellement, mais n'étaient pas toujours d'accord, témoignant du fait qu'une communication authentique repose avant tout sur une exigence de vérité qui dépasse la personne, les intérêts, les convictions et l'amour propre des deux interlocuteurs.  Nous avons vu que Jaspers (cf. article "Jeanne Hersch lectrice de Karl Jaspers") nommait l'absolu de la recherche de la vérité dans la communication existentielle : "le combat par amour" (liebender Kampf)

Apel et Habermas mettent l'accent sur la notion de "communication" qu'ils placent au coeur de leur réflexion sur la morale, sur la politique et sur le droit.

Puisque l'homme est un "animal parlant", "zoon logikon" (Aristote) dont le comportement n'est pas réglé par l'instinct, mais par la pensée et le langage, c'est à travers la réflexion sur le langage que l'on pourra trouver les normes d'un conduite authentiquement humaine.

Une telle conduite ne saurait être fondée, comme l'a montré Kant, sur la nécessité (les lois de la nature), mais sur le devoir, non sur l'intérêt ou même le bonheur comme dans la pensée antique, mais sur la raison et la liberté.

Kant évoque un individu seule face à sa conscience,  confronté à la nécessité de se décider en fonction de l'impératif catégorique - le même, formulé de quatre façons différentes, comme nous l'avons vu - et non d'un impératif hypothétique centré sur l'intérêt personnel : « Agis seulement d'après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. » (Fondements de la métaphysique des moeurs).

L'impératif catégorique est indissociablement centré sur-soi même et sur autrui, comme le montre sa deuxième formulation : "Agis de telle façon que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans toute autre, toujours en même temps comme fin et jamais simplement comme moyen."

Apel et Habermas développent cet aspect de la morale kantienne en montrant que le devoir moral s'inscrit dans un dialogue intersubjectif qui suppose la sincérité (au moins dans l'intention), l'authenticité, la véracité et la justesse de la parole et dont ils se proposent de montrer les conditions de possibilité.

Ils affirment par ailleurs que le "point de vue moral" ne concerne pas seulement les relations intersubjectives, mais aussi les relations entre les personnes en tant que citoyens, entre les citoyens et l'Etat pour la constitution et le maintien d'un authentique Etat de droit, ainsi qu'entre les Etats, comme l'avait fait Kant dans son Projet de paix perpétuelle.

Comme il fallait s'y attendre, c'est sur les fondements d'une "pragmatique transcendantale" au niveau "macro-éthique", la différenciation des points de vue normatifs et le passage de la micro-éthique à la macro-éthique que les divergences de vues entre les deux philosophes sont les plus importantes.

Apel et Habermas mettent donc l'accent sur le langage et sur la communication, en insistant sur la dimension intersubjective parce qu'elle est  au coeur de la réalité humaine, sur l'importance de la notion d'autrui, presque inexistante dans la pensée traditionnelle, y compris chez Descartes et qui va devenir essentielle à partir de Hegel : le conflit des consciences dans la dialectique du maître et de l'esclave - , dans la phénoménologie de Husserl et de ses continuateurs : Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty et bien entendu chez Lévinas.

Les deux hommes ont manifesté un intérêt commun pour la philosophie analytique (Peirce, Russel, Ayer, Wittgenstein...) et les théories des actes de langage (Austin, Searle) selon lesquelles tout acte de parole implique une prétention à la vérité et se sont aventurés sur un chemin esquissé par Wittgenstein d'une éthique fondée sur l'examen du langage et sur la valeur de vérité des propositions.

Récusant la neutralité ou le scepticisme axiologique de la démarche  logico-scientifique, à la lumière des événements passés (le nazisme et la seconde guerre mondiale) et récents (la guerre du Kosovo), ils ont résolument replacé l'éthique au coeur de la pensée.

 

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