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Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme, présentation et notes par Arlette Elkaïm-Sartre, Editions Gallimard, coll. Folio essais, 1996

L'existentialisme est un humanisme est le texte sténographié, à peine retouché par Sartre, d'une conférence qu'il a donnée à Paris le lundi 29 octobre 1945 à la demande du club Maintenant, crée à la Libération par Jacques Calmy et Marc Beigbeder "dans un but d"animation littéraire et intellectuelle" ; il a été publié l'année suivante aux Editions Nagel.

Sommaire : Situation de la conférence, par Arlette Elkaïm-Sartre - L'existentialisme est un humanisme - Discussion - Notes

Les critiques adressées à l'existentialisme - Les critiques marxistes - Les critiques des catholiques - Pessimisme et existentialisme - Naturalisme et existentialisme - La sagesse des nations - La "mode" existentialiste - Il y a deux écoles existentialistes (l'existentialisme chrétien et l'existentialisme athée) - L'existence précède l'essence - Vision technique du monde - L'homme et Dieu chez les philosophes du XVIIème siècle - La nature humaine chez les philosophes du XVIIème siècle - L'existentialisme athée - La conception existentialiste de l'homme - L'homme est ce qu'il se fait - Le projet - L'homme est pleinement responsable - Le choix - L'homme se choisit en choisissant tous les hommes (de la subjectivité à l'intersubjectivité) - L'acte individuel engage toute l'humanité - L'angoisse - Angoisse et mauvaise foi - Kierkegaard et l'angoisse - Abraham et l'ange - L'angoisse ne conduit pas à l'inaction - Angoisse et responsabilité - La morale laïque - Le radicalisme - Dostoïevsky et l'existentialisme - L'homme est liberté - L'homme invente l'homme - Le délaissement - Un exemple - Les deux morales - Valeur et sentiment - Le sentiment se construit par nos actes - Choix et engagement - Il n'y a pas de morale générale - Un exemple - Le désespoir - Les possibles - Désespoir et action - Il n'y a pas de nature humaine - L'engagement - Histoire et choix humain - L'existentialisme s'oppose au quiétisme - La mauvaise foi - L'homme est ce qu'il fait - L'homme n'est rien d'autre que sa vie - Pessimisme ou dureté optimiste ? - Responsabilité de l'homme - L'existentialisme est une doctrine optimiste - La subjectivité - Le cogito - Existentialisme et matérialisme - Subjectivité cartésienne et subjectivité existentielle - L'existence d'autrui - La condition humaine - Situation historique et condition humaine - Universalité du projet individuel - Universalité de l'homme - L'engagement - Choix et subjectivité - La situation - Choix et acte gratuit de Gide - Morale et esthétique - La morale existentialiste - L'homme choisit sa morale - Le choix n'est pas gratuit - L'existentialisme et la notion de progrès - L'homme se choisit par rapport aux autres - La mauvaise foi - La liberté - La liberté d'autrui - L'authenticité - Morale abstraite et morale concrète - L'exemple du "Moulin sur la Floss" - L'exemple de "La Chartreuse de Parme" - Les valeurs existentialistes - L'humanisme - L'humanisme classique - L'humanisme existentialiste - La transcendance - Existentialisme et athéisme - Conclusions

Né le 21 juin 1905 à Paris, Jean-Paul Sartre, avec ses condisciples de l'Ecole normale supérieure, critique très jeune les valeurs et les traditions de sa classe sociale, la bourgeoisie. Il enseigne quelque temps au lycée du Havre, puis poursuit sa formation philosophique à l'Institut français de Berlin. Dès ses premiers textes philosophiques, L'imagination (1936), Esquisse d'une théorie des émotions (1939), L'Imaginaire (1940), apparaît l'originalité d'une pensée qui le conduit à l'existentialisme, dont les thèses sont développées dans l'Etre et le Néant (1943) et dans LExistentialisme est un humanisme (1946). Sartre s'est surtout fait connaître du grand public par ses récits, nouvelles et romans - La Nausée (1938), Le Mur (1939), Les Chemins de la Liberté (1945-1949) - et ses textes de critique littéraire et politique - Réflexions sur la question juive (1946), Baudelaire (1947), Saint Genet, comédien et martyr (1952), Situations (1947-1976), L'idiot de la famille (1972). Son théâtre a un plus vaste public encore : Les Mouches (1943), Huis clos (1945), La Putain respectueuse (1946), Les Mains sales (1948), Le Diable et le Bon Dieu (1951). Soucieux d'aborder les problèmes de son temps, Sartre a mené jusqu'à la fin de sa vie une intense activité politique (participation au Tribunal Russell, refus du prix Nobel de littérature en 1964, direction de La Cause du peuple puis de Libération). Il est mort à Paris le 15 avril 1980.

La situation de la conférence

Dans la présentation de l'ouvrage, Arlette Elkaïm-Sartre, la fille adoptive de Jean-Paul Sartre, commence par évoquer la "situation d'énonciation" de la conférence. "Pourquoi l'auteur de l'Etre et le Néant (1943) tient-il à convaincre de l'humanisme de sa doctrine ?"

Elle évoque "le succès mêlé de scandale" des deux premiers tomes des Chemins de la Liberté (L'âge de raison et Le sursis) et le rejet de son personnage principal, Mathieu, jugé veule et cynique, si loin de la figure d'épopée ou du héros positif.

Elle rappelle qu'en dehors du grand public, les critiques à l'encontre de Sartre proviennent des chrétiens qui reprochent à Sartre son athéisme et son matérialisme et des communistes qui lui reprochent au contraire son idéalisme et son subjectivisme.

"Tout le monde ne peut pas lire l'Etre et le Néant", écrivait un critique de l'époque. Sartre n'en devenait pas moins, dans l'esprit de bien des gens, l'antihumaniste par excellence : il démoralisait les Français au moment où la France, en ruines, avait le plus besoin d'espoir." (p. 11)

"C'est donc pour présenter au public un aperçu cohérent et plus juste de sa philosophie que Sartre accepta de donner cette conférence..." (p. 12)

"Il s'adresse plus particulièrement aux communistes dont il voudrait se rapprocher."

"En ce même mois d'octobre, le premier numéro des Temps modernes est paru ; cette revue qu'il vient de fonder entend soutenir les luttes sociales et économiques de la Gauche, dont le "Parti des fusillés" (Le Parti communiste) est devenu le premier représentant..."

"Dans cette conférence, Sartre voudrait au moins (...) convaincre les marxistes du P.C.F. que l'idée de liberté ne contredit pas la conception marxiste de la détermination de l'homme par l'économie."

"Dans l'espoir de dissiper les malentendus, Sartre est entraîné ici à schématiser ses propres thèses." (p. 14)

"Il s'attachera plus tard à montrer que par la conception de l'homme qu'il propose (...) n'est pas, face au marxisme, une philosophie de trop."

"L'existentialisme est un humanisme est donc un écrit de circonstance (...) Les objections dont ils essaie de faire l'inventaire dans cette conférence provoqueront en lui des questions nouvelles qu'il traitera philosophiquement dans Critique de la raison dialectique." (p. 17)

Citations :

"C'est à ces différents reproches (les reproches des catholiques et les reproches des marxistes) que je cherche à répondre aujourd'hui ; c'est pourquoi j'ai intitulé ce petit exposé : "L'existentialisme est un humanisme". Beaucoup pourront s'étonner de ce qu'on parle ici d'humanisme. Nous essaierons de voir dans quel sens nous l'entendons. En tout cas, ce que nous pouvons dire dès le début, c'est  que nous entendons par existentialisme une doctrine qui rend la vie humaine possible et qui, par ailleurs, déclare que toute vérité et toute action impliquent un milieu et une subjectivité humaine..." (p. 23)

"L'existentialisme athée, que je représente (...) déclare que si Dieu n'existe pas, il y a au moins un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c'est l'homme ou, comme dit Heidegger, la réalité humaine (Dasein). Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence ? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. L'homme, tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir. L'homme est non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence, l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait..." (p. 29-30)

"L'existence précède l'essence." - "L'homme est pleinement responsable de ce qu'il est." - "L'homme est d'abord un projet qui se vit subjectivement." - "l'homme est cet être qui n'est pas ce qu'il est et qui est ce qu'il n'est pas." - "il n'y a de réalité que dans l'action... l'homme n'est rien d'autre que son projet, il n'existe que dans la mesure où il se réalise, il n'est donc rien que l'ensemble de ses actes, rien d'autre que sa vie." - "un homme n'est rien d'autre qu'une série d'entreprises, il est la somme, l'organisation, l'ensemble des relations qui constituent ces entreprises."

Discussion :

"Un Dieu entendu comme un sujet fait de moi un objet et rien de plus. Il me dépouille de ma subjectivité parce qu'il est tout-puissant et omniscient. Je me révolte alors et tente de faire de lui un objet, mais la révolte échoue et devient désespérée. Dieu apparaît comme un tyran invincible, l'être devant lequel tous les autres sont sans liberté ni subjectivité. Il est égalé à ces tyrans récents qui, par la terreur, cherchent à tout transformer en pur objet, en chose parmi les choses, en rouage de la machine qu'ils dirigent... Un tel Dieu devient le modèle de tout ce contre quoi l'existentialisme s'est révolté. C'est le Dieu dont Nietzsche disait qu'il faut le tuer parce que personne ne peut tolérer d'être transformé purement et simplement en objet de connaissance absolue et de domination absolue. Là se trouve la racine la plus profonde de l'athéisme, du désespoir existentialiste et de l'angoisse de l'absurde répandue à notre époque." (Paul Tillitch, Le courage d'être)

Ce qui est au coeur de cette conférence, c'est la question de la liberté humaine.

La thèse de Sartre est celle de "l'humanisme athée" : l'existence de Dieu est incompatible avec la liberté humaine. Cette thèse soulève un certain nombre de questions :

  • La notion aristotélicienne de "cause finale" s'applique-t-elle nécessairement à la relation entre l'homme et Dieu ?
  • L'homme peut-il ne se tenir que de lui-même ?
  • L'idée de "nature humaine", aujourd'hui largement abandonnée, découle-t-elle nécessairement, comme le pense Sartre, de l'existence présumée d'un Dieu créateur ?

I. La notion aristotélicienne de cause finale s'applique-t-elle nécessairement à la relation entre l'homme et Dieu ?

Sartre définit la liberté à partir de la notion aristotélicienne de "cause finale". On sait qu'Aristote distingue quatre causes (aïtias) pouvant répondre à la question de la raison d'être d'une chose, que Leibniz appelle "principe de raison suffisante" : pourquoi une chose existe-t-elle et pourquoi existe-t-elle ainsi et pas autrement ?

Sartre prend l'exemple d'un coupe-papier. Ce coupe-papier peut être considéré selon quatre points de vues ou "causes"  différentes : la matière dont le coupe papier est fait est la cause matérielle du coupe-papier, le travail nécessaire à sa réalisation sa cause efficiente, la forme du coupe-papier est sa cause formelle et enfin la destination du coupe-papier est sa cause finale.

La cause la plus importante, celle à laquelle les trois autres sont subordonnées, est la cause finale, la destination de l'objet, ce pourquoi il a été fait, ce en vue de quoi il a été conçu.

Sartre se demande si la notion de cause finale peut s'appliquer à l'homme. Selon lui, c'est impossible car l'homme, bien qu'il puisse avoir une dimension "objectale" (pour autrui) n'est pas un objet comme les autres, mais une conscience. C'est l'homme en tant que conscience qui détermine lui-même sa "forme". Tel est le sens de l'expression : "L'existence précède l'essence."

Pour Sartre l'existence de Dieu est incompatible avec la liberté humaine. Si Dieu existe, il a crée l'homme en vue d'une certaine fin et dès lors l'homme n'est pas libre.

Les quatre causes aristotéliciennes s'appliquent uniquement aux objets fabriqués par l'homme et nullement à l'homme lui-même et Thomas d'Aquin n'a jamais prétendu, comme le dit Sartre,  que la création de l'homme était assimilable à celle d'un objet artisanal. Comme l'a montré Hannah Arendt dans La vie de l'esprit, ce sont les Grecs (Aristote) et non les Hébreux qui conçoivent l'agir (y compris celui de  la Physis) sur le modèle artisanal.

L'idée de création du monde leur est étrangère, dans la mesure où la matière (Hylé) est une réalité éternelle, sans commencement ni fin. Platon, dans Le Timée campe la figure du "démiurge" façonnant comme un potier (et non créant) les formes à partir de la matière les yeux fixés sur les archétypes et évoque dans le Protagoras la création des animaux par Epiméthée et le don du feu (de la culture) fait aux hommes par son frère Prométhée.

En tout état de cause, que Dieu ait un projet pour l'homme n'implique pas que l'homme n'est pas libre. L'homme peut d'adhérer à ce projet ou refuser d'y adhérer ; il n'est pas inscrit en lui à la manière d'un programme informatique. Il lui est proposé et non imposé.

Sartre cite la phrase célèbre de Dostoïevski : "Si Dieu n'existe pas, tout est permis." Mais alors que Dostoïevski associe la disparition de Dieu à celle des valeurs, Sartre voit dans cette affirmation l'essence même de l'existentialisme : si Dieu n'existe pas, l'homme est libre, autrement dit, la liberté de l'homme est incompatible avec l'existence de Dieu.

S'il n'y a pas eu de révélation, si les commandements n'ont pas été donnés par Dieu à l'ensemble de l'humanité, à travers le peuple Hébreu réuni au pied du Sinaï, alors, il n'y a aucune raison de les observer. Il est indifférent de mentir ou de ne pas mentir, de tuer ou de ne pas tuer, etc.

La réponse de Sartre est qu'il n'y a pas de valeurs a priori, mais que chacun d'entre nous doit "inventer" ses propres raisons de vivre, sa propre conception du bien et du mal. Pour Sartre, la liberté ne repose sur aucune définition préalable, sur aucune prescription concernant le bien et le mal, ce que l'on doit faire et ce que l'on ne doit pas faire.

II. L'homme peut-il ne se tenir que de lui-même ?

"J'aurais voulu ne me tenir que de moi-même", s'exclame Sartre dans Les Mots. Ce cri du coeur est révélateur de la conception sartrienne de la liberté. Sartre admet qu'il est impossible de ne se tenir que de soi-même. En effet, il y a un très grand nombre de facteurs dont je dépends et qui ne dépendent pas de moi : je n'ai pas choisi mon lieu et ma date de naissance, mon sexe, ma famille, mon milieu, etc. C'est la "contingence de l'être fini", par opposition à la "nécessité de l'être infini".

"Ne se tenir que de soi-même" est un souhait exprimé au conditionnel passé ("j'aurais voulu"). Ce souhait est ontologiquement impossible à satisfaire. Il équivaut à la formule : "J'aurais voulu être infini" ou encore, pour parler comme Spinoza, "j'aurais voulu être la Substance et non un mode de la Substance", c'est-à-dire : "j'aurais voulu être Dieu." Sartre admet que la liberté humaine ne se déploie pas à partir de rien. Sartre parle de "liberté en situation".

Sartre n'affirme pas l'homme est absolument libre, mais qu'il exerce sa liberté  à partir d'une situation donnée : il peut accepter cette situation ou bien la refuser.

La conception sartrienne de la liberté oscille entre trois possibilités : je fais ce que je veux ; j'obéis à mes désirs, à mes passions, à mes caprices ; j'obéis à l'impératif catégorique de la morale kantienne : "Agis seulement d'après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle." - "Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans toute autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen." ; je choisis d'être le "compagnon de route" d'un Parti politique et j'obéis à ses mots d'ordre et dans ce cas la "ligne" du Parti passe avant ma liberté inviduelle.

Une fois que j'ai usé de ma liberté en adhérant à ce Parti, je ne suis plus libre de ne pas penser comme on me le demande. Autrement dit, j'ai abdiqué ma liberté...

Sartre a été constamment déchiré entre la liberté qualifiée par les communistes de "bourgeoise", mais dans laquelle il voyait, à juste titre, plus qu'un attribut, l'essence même de la constitution transcendantale de la conscience humaine et les impératifs empiriques de l'action collective au nom desquels le militant doit renoncer à l'exercer. Ce dilemme peut exister à l'intérieur de n'importe quelle institution humaine, y compris dans l'Eglise.

III. La notion de "nature humaine" découle-t-elle nécessairement de l'existence d'un Dieu créateur ?

La notion de nature humaine est aujourd'hui largement abandonnée.

L'homme est un être biologique, un animal comme les autres ; c'est aussi un animal doué de culture. De nombreux penseurs modernes contestent la notion de "nature humaine".

Des comportements en apparence "naturels" (boire, manger, dormir...) portent le sceau de la culture : on mange avec les baguettes ou avec des couverts, on dort dans un lit ou sur une natte, on boit du vin, de la bière ou du cidre...

Il n'y a pas de nature humaine ; l'humanité n'existe qu'à l'état de culture, on ne naît pas homme, on le devient.

L'homme acquiert son humanité à travers l'éducation. Privé d'éducation, laissé à lui-même dans la nature ou élevé par des animaux, comme l'atteste le cas tragique des enfants sauvages, le petit animal humain ne deviendra jamais un homme, il n'adoptera jamais la posture verticale, il ne parviendra qu'à émettre des cris et non à parler (cf. Lucien Malson, Les enfants sauvages)

"Le biologique ignore le culturel." (Jean Rostand) : Le fond biologique demeure le même partout et toujours, alors que la culture est variable d'une société à l'autre.

L'inexistence d'une "nature humaine" clairement définissable démontre-t-elle, comme le pense Sartre,  l'inexistence de Dieu ?

Conclusion :

On peut donc dire, avec Sartre que la liberté humaine n'a pas de prix et doit être maintenue envers et contre tout, mais pas forcément au prix de l'athéisme ; elle est effectivement incompatible avec l'existence d'un "Dieu démiurgique" ou d'un "Dieu despotique", mais non avec celle d'un Dieu qui n'a pas crée l'homme une fois pour toutes et qui compte avec la liberté humaine.

Selon Emmanuel Lévinas (cf. Dieu, la mort et le temps et Autrement qu'être ou au-delà de l'essence),  l'identification de l'Être avec Dieu ne conduit pas, comme l'affirme Martin Heidegger, à  l'oubli de l'Être, mais à l'oubli de celui dont on ne peut rien dire, sinon, comme le dit Levinas, qu'il est "autrement qu'être et au-delà de l'essence",  ni "théos", ni pentocrator, ni upokaïmenon, ni substance et dont le Nom ne se conjugue pas au présent ("Je suis"), mais au futur : "Je me ferai ce que je me ferai, librement, avec vous." (Exode, III)

"Dieu comme force, comme toute-puissance et pouvoir, je ne puis absolument l'accepter. Dieu ne possède nulle puissance. Il est moins puissant qu'un agent de police. " écrit Nicolas Berdiaev...  "Ce n'est pas l'homme qui exige de Dieu sa liberté, mais Dieu qui exige de l'homme qu'il soit libre car cette liberté est le signe de la dignité de l'homme, créé à l'image de Dieu."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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