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André Comte-Sponville, Le Bonheur, désespérément, Librio philosophie, Editions  Pleins feux, 2000

André Comte-Sponville, né le  à Paris, est un philosophe français. Il est l'auteur notamment du Petit traité des grandes vertus et de La sagesse des Modernes (en collaboration avec Luc Ferry). Il est membre du Comité consultatif national d'éthique depuis mars 2008.

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Aux élèves :

Ce texte est la transcription, revue et corrigée par l'auteur, de la conférence-débat prononcée par André Comte-Sponville le 18 octobre 1999, dans le cadre des Lundis Philo au Piano'cktail, à Bouguenais (Loire-Atlantique) 

Je vous suggère de lire parallèlement l'ouvrage de Roger-Pol Droit : La philosophie ne fait pas le bonheur, dont j'ai fait un compte-rendu sur ce blog (cf. le lien) : deux approches différentes et même antagonistes de la question du bonheur.

André Comte-Sponville expose le plan de son ouvrage :

"L'essentiel, c'est de ne pas mentir, et d'abord de ne pas se mentir. Ne pas se mentir sur la vie, sur nous-mêmes, sur le bonheur. Et c'est parce que je voudrais ne pas mentir que j'ai adopté le plan suivant. Dans un premier temps, j'essaierai de comprendre pourquoi nous ne sommes pas heureux, ou si peu ou si mal, ou si rarement : c'est ce que j'appelerai le bonheur manqué, ou les pièges de l'espérance. Dans un deuxième temps, afin d'essayer de sortir de ces pièges, j'exposerai une critique de l'espérance, débouchant sur ce que j'appelerai le bonheur en acte. Enfin, dans un troisième temps, qui pourrait s'appeler le bonheur désespérément, je terminerai en évoquant ce que pourrait être une sagesse du désespoir, en un sens que je préciserai, qui serait aussi une sagesse du bonheur, de l'action et de l'amour." (p. 17)

Table des matières :

Introduction

I. Le bonheur manqué ou les pièges de l'espérance

II. Critique de l'espérance, ou le bonheur en acte

III. Le bonheur deséspérément : une sagesse du désespoir, du bonheur et de l'amour

Conclusion

Questions à André Comte-Sponville

Citations :

"Je parlerai donc du bonheur... J'avoue devant un tel sujet, être partagé entre deux sentiments opposés. D'abord le sentiment de l'évidence, voire de la banalité : parce que le bonheur, presque par définition, intéresse tout le monde. Souvenez-vous de Pascal : "Tous les hommes recherchent d'être heureux ; cela est sans exception... C'est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu'à ceux qui vont se pendre." (Pensées, fr. 148  (Edition Lafuma, Seuil, 1963)... et devrait intéresser d'autant plus  le philosophe.

Traditionnellement, historiquement, depuis que les Grecs ont inventé le mot et la chose philosophia, chacun sait que le bonheur fait partie des objets privilégiés de la réflexion philosophique, qu'il est même l'un des plus importants et des plus constants. Voyez Socrate ou Platon, Aristote ou Epicure, Spinoza ou Kant, Diderot ou Alain... N'est-il pas vrai que nous autres hommes, nous désirons tous être heureux ?"

La réponse est tellement évidente, remarque Platon, que la question mérite à peine d'être posée. "Qui, en effet, ne désire être heureux ? (Platon, Euthydème, 278 e) La quête du bonheur est la chose du monde la mieux partagée..." (p. 9)

"Que peut valoir une discipline intellectuelle qui ne serait même pas capable de se définir ? Mais je n'en crois rien. La vérité, c'est qu'on peut tout à fait répondre à la question : "Qu'est-ce que la philosophie ?", et même de plusieurs façons différentes - cette pluralité-là étant déjà elle-même philosophique. Pour ma part (...), j'ai fait mienne la réponse qu'Epicure donnait à cette question. Elle prend comme il se doit la forme d'une définition : "La philosophie est une activité qui, par des discours et des raisonnements, nous procure la vie heureuse..." (Fragment 219 de l'éd. Usener, transmis par Sextus Empiricus, trad. Marcel Conche, Epicure, Lettres et maximes, PUF, 1987, p. 41) - (A. Comte-Sponville, Le bonheur désespérément, p. 12)

"En conclusion, je rappelerai simplement que le contraire d'espérer, ce n'est pas craindre, mais savoir, pouvoir et jouir. En un mot, ou plutôt en trois, le contraire d'espérer, c'est connaître, agir et aimer. C'est le seul bonheur qui ne soit pas manqué. Non pas le désir de ce qu'on n'a pas, ou qui n'est pas (le manque, l'espérance, la nostalgie), mais la connaissance de ce qui est, la volonté de ce qu'on peut, enfin l'amour de ce qui passe et qu'on n'a même plus besoin, dès lors, de posséder. Plus le manque mais la puissance, plus l'espérance mais la confiance et le courage, plus la nostalgie mais la fidélité et la gratitude.

On n'espère que ce qui ne dépend pas de nous ; on ne veut que ce qui en dépend. On n'espère que ce qui n'est pas ; on n'aime que ce qui est. ce qu'il s'agit d'opérer, c'est une conversion du désir : là où spontanément, comme l'enfant avant Noël, nous ne savons désirer que ce qui nous manque, que ce qui ne dépend pas de nous, il s'agit au contraire d'apprendre à désirer ce qui dépend de nous (c'est-à-dire d'apprendre à vouloir et à agir), il s'agit d'apprendre à désirer ce qui est (c'est-à-dire à aimer) plutôt que désirer toujours ce qui n'est pas et qui ne dépend pas de nous (espérer ou regretter). (p. 55)

 

 

 

 

 

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