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Titre : Le Maître et Marguerite - Auteur : Michaël Boulgakov, russe - Editeur : Laffont - Collection : Le Livre de Poche - Date et lieu de parution : 1968 pour l'édition française - Nombre de pages : 512 pages - Préface : présentation de l'ouvrage par l'éditeur + introduction de Sergueï Ermolenski - traduit du russe par Claude Ligny

 

Le Maître et Marguerite est un roman de Mickaël Boulgakov écrit entre 1927 et 1939.

À la fois histoire d'amour, critique politique et sociale, comédie burlesque et conte fantastique, il est considéré comme l'une des peuvres majeures de la littérature du XXème siècle.

"Les manuscrits ne brûlent pas", dit le diable... Phrase prémonitoire pour un auteur découvert puis adulé dans son pays comme à l'étranger près d'un quart de siècle après sa mort. Le Maître et Marguerite fit l'effet d'un coup de tonnerre dans le monde littéraire russe des années soixante. Il devait d'une part renouveler le genre fantastique, et offrait d'autre part, à travers cette dimension surnaturelle, une possibilité de satire de son temps en déjouant la censure. L'histoire se déroule à Moscou. Dans le milieu étriqué et mesquin des bureaucrates et des écrivains officiels arrive un personnage inattendu qui dénonce les hypocrisies : le diable. Le Maître, écrivain anonyme surveillé par les autorités, tente malgré tout d'achever son roman philosophique, récit qui s'intègre dans l'Histoire elle-même. Ainsi passe-t-on de Moscou à Jérusalem, du Maître à Boulgakov, du pouvoir soviétique à Ponce Pilate, le tout dans une étonnante cohérence menée de main de maître par le diable en personne. (Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot)

"Un écrivain ne se définit pas du tout par un certificat, mais par ce qu'il écrit."

 

"Né à Kiev en 1891, après avoir fait des études de médecine et exercé un moment à la campagne, Mikhaïl Boulgakov commence en 1919 à publier des récits. Le succès est tel qu'Alexis Tolstoï, qui dirige de Berlin le Journal Nakanounié (La Veille), télégraphie à Moscou : "Expédiez du Boulgakov. Plus souvent. Et plus." Mystificateur né, héritier et admirateur de Molière et de Gogol, ses récits relèvent tous du fantastique et du comique le plus noir.

Boulgakov écrit aussi de nombreuses pièces de théâtre, mais celles-ci, mis à partLes Jours des Tourbine, sont soit interdites par la censure, soit vilipendées par la "critique prolétarienne".

Enfin, à partir de 1928, le silence se fait sur lui. Total. Même son téléphone a cessé de sonner. Ses livres sont retirés des bibliothèques. En 1931, à bout de ressources, Boulgakov ne voit d'autre solution, pour survivre, que d'écrire directement à Staline. Il lui demande de mettre un terme aux persécutions dont il est l'objet, à défaut de lui permettre d'émigrer ou, sinon, de le faire fusiller, la vie n'ayant plus de sens pour lui sans la possibilité de créer.

Les mois passent, sans réponse. Tout à coup, vers la fin de l'année 1932, le téléphone sonne : "Mikhaël Afanassièvich Boulgakov ? Ici Staline..." A la suite de cette intervention, on lui accorde enfin un emploi d'assistant metteur en scène au Théâtre d'Art, puis de conseiller littéraire au Bolchoï.

Traductions, adaptations, Boulgakov vit de commandes, de littérature alimentaire. Mais à sa table de travail, avec son célèbre bonnet de tricot sur la tête, il n'en continue pas moins son oeuvre : pièces de théâtre - dont une trentaine seraient encore indédites - Le Roman Théâtral (1936) paru dans Novy Mir en 1965, Molière, Coeur de chien et, bien sûr Le Maître et Marguerite dont il écrit les premiers chapitres en 1926 sous le titre de Conseiller au sabot.

Pendant les dix dernières années de sa vie, déjà malade, atteint d'urémie et souffrant d'horribles maux de tête, Boulgakov ne sort plus guère. Dans l'obscurité, à la lueur de bougies, il poursuit tout au long de ces dix années la rédaction du Maître et Marguerite. Et quand il ne peut déjà plus se lever, il demande à sa femme de lui en relire des passages qu'il corrige encore et encore, jamais satisfait. Il meurt le 10 mars 1940 à quatre heures de l'après-midi."

"La peur est le pire vice de l'âme."

"Le Maître et Marguerite a été pris longtemps dans les glaces de l'hiver soviétique, particulièrement rude en ces années-là. Il fallut attendre le dégel pour que ce texte voie enfin le jour - ou une espèce de demi-jour, amputé encore d'une centaine de pages - dans les livraisons de novembre et janvier de la revue Moskva. En 1966, Boulgakov lui, était mort depuis vingt-six ans.

Coup de tonnerre dans un ciel plombé, ce chef-d'oeuvre de la littérature soviétique, ressuscité des années 30, renouvelait brusquement la tradition du fantastique russe. A la lumière de cette éclaircie, d'autres ont aperçu alors, comme Dombrovsky, Siniavsky ou Zinoviev, une voie de sortie, le chemin à prendre pour survivre dans les Lettres, sous la terreur.

La peur, "le pire vice de l'âme", dit Boulgakov, est d'ailleurs le fondement du livre. Le fantastique rejoint ici le réalisme car le diable, en se promenant dans les rues de Moscou, dévoile les hypocrisies, réveille les consciences de gens bien réels, dont la peur est aussi avilissante que justifiée. Ce cureux diable "qui éternellement veut le mal et qui, éternellement, accomplit (malgré lui), le bien"...

Diabolique poupée russe, aux visages multiples et emboïtés, Le Maître et Marguerite n'a pas fini de défier et d'exciter la critique. Il semble que Boulgakov se soit amusé autant à se jouer du lecteur qu'à déjouer la censure. Otez le premier chapeau de la poupée, et vous sautez brusquement 2000 en arrière, de Moscou à Jérusalem où vous retrouvez Yeshoua, Matthieu et Ponce Pilate, incarnation de toutes les lâchetés. Dans la poupée suivante, vous découvrez un autre roman, celui qu'écrit le Maître, écrivain persécuté, dont les aventures rappellent étrangement celles que Boulgakov a lui-même vécues."

"Qui est-tu donc, à la fin ?

- Je suis une partie de cette force qui, éternellement, veut le mal, et qui, éternellement, accomplit le bien." (Goethe, Faust)

 

Table des matières :

Première partie

I. Ne parlez jamais à des inconnus  II. Ponce Pilate - III. La septième preuve  - IV Poursuite  - V. Ce qui s'est passé à Griboïédov  - VI La schizophrénie, comme il a été dit  - VII. Un mauvais appartement  - VIII. Duel d'un professeur et d'un poète - IX. Les inventions de Koroviev  - X. Des nouvelles de Yalta  - XI. Le dédoublement d'Yvan  - XII. La magie noire et ses secrets révélés -  XIII. Apparition du héros  - XIV. Gloire au coq !  - XV. Le songe de Nicanor Ivanovitch  - XVI. Le supplice  - XVII. Une journée agitée  - XVIII. Des visiteurs malchanceux 

Deuxième partie

XIX. Marguerite - XX. La crème d'Azazello  - XXI. Dans les airs  - XXII. Aux chandelles  - XXIII. Un grand bal chez Satan  - XXIV. Réapparition du maître  - XXV. Comment le procurateur tenta de sauver Judas de Carioth  - XXVI. L'enterrement  - XXVII. La fin de l'appartement 50  - XXVIII. Les dernières aventures de Koroviev et de Béhémoth  - XXIX. Où le sort du Maître et de Marguerite est décidé  - XXX. Il est temps ! Il est temps !  - XXXI. Sur le mont des Moineaux  - XXXII. Grâce et repos éternel

L'Histoire 

Situation initiale :

A Moscou, dans les années 20, "au déclin d'une journée de printemps, sur la promenade de l'étang du Patriarche", deux citoyens soviétiques, Mickaël Alexandrovitch Berlioz, rédacteur en chef d'une revue littéraire et président de "l'une des plus considérables associations littéraires de Moscou, appelée en abrégé "M.A.S.S.O.L.I.T." et le jeune poète Ivan Nikolaëvitch Ponyriev "plus connu sous le pseudonyme de Biezdomny" (le "sans logis" en russe) font la rencontre d'un étrange personnage qui prétend être le professeur Wolandspécialiste de magie noire. A la stupéfaction des deux écrivains, il affirme également avoir rencontré Kant et vécu en Palestine du temps de Jésus et annonce à Berlioz sa mort prochaine.

Elément modificateur :

Tout arrive comme le mystérieux inconnu l'avait prédit. Après avoir quitté Woland et Biezdomny, Berlioz meurt décapité après avoir glissé sous les roues d'un tramway.

Péripéties :

Biezdomny se lance à la poursuite de Woland et de sa suite : un homme à casquette de jockey (Koroviev) et un énorme chat noir qui marche sur ses pattes arrières (Béhémoth).

Traumatisé par sa rencontre avec Woland et par la mort de Berlioz, Biezdomny tente d'avertir les autorités des agissements diaboliques de Woland et de sa bande, mais on l'enferme dans une clinique psychiatrique.

Pendant ce temps-là, Woland et sa suite emménagent dans l'appartement de Berlioz, au n°50 du 302 bis rue Sadovaïa, à Moscou.

Peu de temps après, une série de disparitions inexplicables se produit parmi les visiteurs intéressés par l'appartement.

Woland et ses acolytes continuent à semer le désordre et la panique. Woland se fait engager comme illusionniste au théâtre des Variétés de Moscou et donne avec Koroviev, Béhémoth et la sorcière Hella un spectacle qui provoque un énorme scandale.

"Le Maître", auteur d'un roman sur Ponce Pilate, interné dans la même clinique psychiatrique que le poète Biezdomny, lui raconte sa tragique histoire : la rencontre avec Marguerite, la femme de sa vie, les persécutions que lui ont valu la parution d'un extrait de son manuscrit et son internement.

Deuxième partie :

La deuxième partie du roman raconte les efforts de Marguerite pour sauver son amant.

Woland (Satan) donne un bal de minuit, qui coïncide avec la nuit du Vendredi Saint. Il fait une offre à Marguerite, qu'elle accepte : devenir une sorcière douée de pouvoirs surnaturels le temps du bal, et servir à Satan de « maîtresse de maison » pour recevoir ses invités.

Après s'être vengé des bureaucrates qui ont condamné son amant au désespoir, entraînant avec elle sa servante Natacha, grimpée sur un fonctionnaire modèle métamorphosé en cochon volant, Marguerite pénètre nue dans le monde de la nuit, survole les forêts et les fleuves de la Mère Russie, se baigne et revient en initiée à Moscou. Debout aux côtés de Satan, vêtue d'une lourde parure métallique ornée d'une tête de caniche, elle accueille des personnages tristement fameux qui se déversent des portes de l'enfer.

Elle surmonte l'épreuve - laisser pendant des heures les pires crapules lui embrasser le genou et chacun lui témoigner son respect.

Pour la remercier, Woland exauce son voeu de retrouver le Maître. Grâce aux pouvoirs magiques de Fahoth (Koroviev), le Maître retrouve une existence sociale en entrant en possession de documents administratifs conformes. Mais la vie des amants se révèle peu satisfaisante.

A la demande des forces célestes et sur l'ordre de Woland, le démon Azazel empoisonne les deux amants.

Étant morts, les deux protagonistes sont libres de suivre Woland et quittent Moscou avec lui, alors que ses fenêtres et ses coupoles se consument dans le soleil couchant du dimanche de Pâques. L'avant-dernière scène est celle de la libération de Ponce Pilate qui attendait depuis deux mille ans, en compagnie de son chien, le fidèle Banga, de pouvoir rejoindre Yeshoua "sur un rayon de lune".

Le point de vue narratif :

Le point de vue est tantôt externe (focalisation zéro), tantôt interne. Les différents récits sont narrés tantôt par un narrateur hétérodiégétique (l'auteur lui-même), tantôt par un personnage de l'histoire : au début du roman, Woland raconte le début de l'histoire de Pilate à Berlioz et à Biezdomny à l'Etang du Patriarche. Dans le chapitre XIII, le Maître raconte sa propre histoire à Biezdomny.

Les thèmes abordés :

Le surnaturel, le monde invisible, l'existence de Dieu (et du Diable) - la raison et la folie - l'amour rédempteur (la femme, Dieu) - la médiocrité de la nature humaine - les motivations éternelles (l'égoïsme, l'appétit, le confort, la lubricité, l'argent) - la lâcheté par conformisme (Ponce Pilate, les "écrivains officiels", les psychiatres) - le pouvoir de la littérature.

Les genres :

  • Fantastique en ce qui concerne les événements qui se déroulent en Russie
  • Réaliste en ce qui concerne les événements qui se déroulent en Palestine (Jérusalem et ses environs) du temps de Jésus.
  • Policier : les agissements de Woland et de ses comparses font l'objet d'une enquête de la part des autorités qui ont recours à une explication rationnelle (puisque le dogme oblige à croire que rien ne dépasse la raison humaine) et concluent à un phénomène d'hypnose collective.

Les registres :

  • Comique : les mésaventures des occupants et des visiteurs de l'appartement mauditle personnage de Koroviev (il fait beaucoup penser au personnage de Tchitchitov dans  Les âmes mortes de Nicolas Gogol), les tours pendables des comparses de Woland, l'épisode du Théâtre des Variétés...
  • Tragique la dépression du Maître, les persécutions qu'il subit à cause de son roman - son internement - la mort du Maître et de Marguerite
  • Argumentatif : satire de la société communiste "réelle" et de la figure de "l'homme nouveau" - plaidoyer pour la liberté de créer - contestation de la propagande officielle (notamment l'athéisme).

L'espace et le temps :

L'histoire se situe alternativement à Moscou dans les années 20 et en Palestine du temps de Jésus. Les lieux dans lesquels se déroule l'histoire sont :

I. L'étang du Patriarche, les locaux de l'association des écrivains (M.A.S.S.O.L.I.T.), la maison de l'appartement 50 du 302, bis rue Sadovaïa, le Théâtre des Variétés, Yalta (la "téléportation" de Likhodiéïev, le directeur du Théâtre des Variétés), le restaurant Griboïedov.

II. Jérusalem et ses environs, du temps de Jésus et de l'Empire romain.

Une partie de l'action se situe à Jérusalem, alors sous l'autorité du procurateur romain Ponce Pilate. Il s'agit du récit que Woland fait à Berlioz et qui trouve écho dans les pages du roman du Maître. La narration est donc fragmentée mais peut être reconstituée ainsi : Ponce Pilate rencontre Yeschoua Ha-Nosri et se découvre des affinités avec cet homme, ce qui ne l'empêche pas de se résigner à le livrer à ceux qui veulent sa mort. Le roman du Maître traite ensuite de la nuit où Yeschoua, dont le sort est scellé par Pilate, est crucifié à Jérusalem. La fin du roman du Maître traite de Mathieu Lévi, le collecteur d'impôts et disciple unique de Yeschoua, de sa rencontre avec Ponce Pilate et de l'assassinat de Yehuda de Carioth qui avait livré Yeschoua.

Le récit est dans l'ensemble chronologique et dure environ un mois. Les péripéties importantes sont : la mort de Berlioz, l'internement de Biezdomny, la visite du Maître à Biezdomny, l'installation de Woland et de sa suite dans l'appartement maudit, le spectacle au théâtre des Variétés, la disparition et la réapparition du directeur du théâtre des Variétés, le grand bal donné par Woland, les retrouvailles du Maître et de Marguerite, l'adieu du Maître à Biezdomny, la mort du Maître et de Marguerite, la "libération" de Ponce Pilate qui attendait depuis deux mille ans de pouvoir retrouver Yeschoua.

Le spectacle d'illusionisme au Théâtre des Variétés :

Cette scène joue un rôle essentiel dans le roman. Woland se fait embaucher au Théâtre des Variétés de Moscou par l'intermédiaire de l'inévitable Koroviev. (Comment ? On ne sait pas très bien. Koroviev ayant le don de produire à volonté de faux certificats et de faire prendre aux gens des vessies pour des lanternes).

Assis sur un fauteuil,  "Messire" se contente d'observer et de donner une instruction de temps à autre. En réalité, le spectacle est une expérience morale, psychologique et sociale. Il s'agit pour Woland de vérifier si "l'homme nouveau", l'homme soviétique débarrassé des anciens défauts humains (l'amour de l'argent et du pouvoir, l'envie, la vanité, etc.) existe vraiment. Koroviev fait tomber du plafond une nuée de billets de banque sur lesquels les spectateurs se précipitent avidemment, puis  il fait surgir dans le fond de la scène un magasin pour dames rempli de toutes les tentations du "monde capitaliste décadent" : robes de grands couturiers, sous-vêtements et parfums de luxe, chapeaux à la mode, etc. Il invite les femmes dans le public à venir se servir gratuitement. Après un instant d'hésitation, c'est la ruée ! Les femmes échangent sur place leurs vêtements contre ceux du magasin. Hélàs, billets de banque et vêtements ne sont qu'illusions qui ne durent que le temps pour Woland et sa bande de s'amuser et "d'étudier la nature humaine" avant  de prendre la poudre d'escampette, tandis que les femmes se retrouvent, à la sortie du spectacle, en sous-vêtements ou complètement nues dans la rue.

Les personnages

I. Les êtres humains :

Berlioz :

Rédacteur de revue et président du M.A.S.S.O.L.I.T. : le type même de l'écrivain officiel. Nie l'existence historique de Jésus et prétend que "le diable n'existe pas" - ce qui est fort imprudent lorsqu'on est assis à côté de lui ! Beaucoup moins excusable aux yeux de Woland car plus âgé et plus cultivé que Biesdomny, il aurait du connaître le mythe de Faust et de Mephisto. son corps, d'abord à la morgue de Moscou, puis dans les locaux de l'association M.A.S.S.O.L.I.T. où il est exposé et veillé joue un rôle important et récurrent dans le roman. Le thème parodique de la "tête coupée" qui disparaît, renvoie à Jean le Baptiste, le précurseur du Christ. Berlioz n'annonce pas la venue du Christ, mais celle de Woland, "l'Antéchrist". La flaque d'huile de tournesol sur laquelle glisse Berlioz avant de tomber sous les roues du tramway a également un sens symbolique et parodique (la parabole des vierges folles, le péché contre l'Esprit).

Yvan Nicolaïevitch Ponyirev, surnommé "Biesdomny"  ("sans logis" en russe) :

Jeune poète célèbre, dans la ligne "révolutionnaire-prolétarienne", communiste sincère très marqué par la propagande officielle, athée.  Il évolue au cours de l'histoire, après la mort de Berlioz et à partir de sa rencontre avec le Maître. Il renonce à écrire les mêmes choses qu'auparavant.

Le Maître :

Il ressemble beaucoup à Boulgakov. Incarne les tribulations de l'auteur lui-même, qui brûla dans un poële le manuscrit du Maître et Marguerite, après avoir été averti que les autorités s'apprêtaient à interdire sa pièce La cabale des dévôts. Il apparaît dès le début comme un homme brisé, malade, à bout de forces. Il a fait le tour des choses et des êtres. Il n'attend plus rien de la vie. Il sait qui est Woland, sans l'avoir rencontré. Il conseille à Biesdomny de ne plus faire de poèmes de propagande. C'est lui qui a demandé à être interné dans la clinique psychiatrique, sorte de non lieu, d'utopie hors du monde réel, car c'est encore là où il se sent le moins mal.

Marguerite Nicolaïevna :

Personnage central de la deuxième partie de l'ouvrage. Accepte par amour de faire un pacte avec les forces du mal.

Marguerite a un rôle actif et important. Contrairement à la Marguerite duFaust de Goethe, elle parvient à "sauver" son amant. Marguerite représente l'amour absolu, le dévouement sans borneElle est fière et orgueilleuse. Elle ne demande rien à Woland en échange de ses services. Elle est charitable, elle a un sens élevé de l'éthique.

"Elle portait un bouquet d’abominables, d’inquiétantes fleurs jaunes. Le diable sait comment elles s’appellent, mais je ne sais pourquoi, ce sont toujours les premières que l’on voit à Moscou. Et ces fleurs se détachaient avec une singulière netteté sur son léger manteau noir. Elle portait des fleurs jaunes ! Vilaine couleur. Elle allait quitter le boulevard de Tver pour prendre une petite rue, quand elle se retourna. Vous connaissez le boulevard de Tver, n’est-ce pas ? Des milliers de gens y circulaient, mais je vous jure que c’est sur moi, sur moi seul que son regard se posa – un regard anxieux, plus qu’anxieux même – comme noyé de douleur. Et je fus moins frappé par sa beauté que par l’étrange, l’inconcevable solitude qui se lisait dans ses yeux ! L’idée que je devais absolument lui parler me tourmentait, car j’avais l’angoissante impression que je serais incapable de proférer une parole, et qu’elle allait disparaître, et que je ne la verrais plus jamais..."

"Suis-moi, lecteur ! Qui t'a dit qu'il n'existait pas, en ce bas monde, de véritable, de fidèle, d'éternel amour ! Qu'on coupe à ce menteur sa langue scélérate !" (p. 303)

"Celui qui aime doit partager le sort de l'être aimé."

"Ecoute ce silence dit Marguerite, tandis que le sable bruissait sous ses pieds nus, écoute et jouis de ce que tu n'as jamais connu dans ta vie - le calme. Regarde, devant toi, voilà la maison éternelle que tu as reçue en récompense."

Pilate :

Procurateur de Judée. Personnage subtil, intelligent, pris entre la sympathie pour Jésus qu'il considère comme un "philosophe" et un grand guérisseur et les impératifs de la politique et de la raison d'Etat. A des remords d'avoir été obligé de condamner Joschua/Jésus à mort. Fait tout pour se rattraper, mais il est trop tard. Attendra 2000 ans dans un désert, au bord d'une falaise, avec son chien, le fidèle Banga à ses pieds, le seul être qu'il ait jamais aimé, de pouvoir rejoindre Jeschoua pour converser à nouveau avec lui. Est finalement libéré par Le Maître, à la demande de Marguerite et avec l'autorisation de Satan. Il monte vers Jeschua sur un rayon de lune.

Personnages secondaires :

Stépan Likhodiéïev : directeur du théâtre des VariétésPartage l'appartement de Berlioz au 50, du 302, bis rue Sadovaïa. Expédié par Koroviev à Yalta, le diable sait comment.

Rimski : administrateur financier du Théâtre des Variétés. Dirige le théâtre en l'absence Likhodiéïev.

Dr. Alexandre Nicolaïevitch Stravinski : directeur de la clinique psychiatrique où sont internés Biezdomny, le Maître, ainsi que les victimes de Woland et de ses complices..

Prascovia Fiodorovna : infirmière à la clinique psychiatrique. S'occupe du Maître, ainsi que de Biezdomny. Personne dévouée et humaine. Le Maître lui a pris son trousseau de clé, ce qui lui permet d'entrer dans n'importe quelle chambre de son étage par l'extérieur, notamment dans celle de Biezdomny.

Maximilien Andréievitch Poplavski : "économiste-planificateur", oncle de Berlioz, victime de Woland et de sa suite.

Nicanor Ivanovitch Bossoï : président du comité d'immeuble du 302, bis rue Sadovaïa : victime de Koroviev.

Natacha : bonne de Marguerite Nicolaïevnadevient sorcière après s'être enduit le corps avec la "crème d'Azazello", suit sa maîtresse, juchée sur le dos d'un fonctionnaire modèle (Nicolaï Ivanovitch) métamorphosé en cochon volant.  Demande et obtient la grâce de rester sorcière.

Georges Bengalski : présentateur au théâtre des Variétés de Moscou, victime de Woland et de sa suite.

Ivan Savaliévitch Variénoukha : administrateur du théâtre des Variétés, victime de Woland et de sa suite. (Sa secrétaire l'avait pourtant supplié d'arrêter de dire : "Que le diable m'emporte !")

Andréi Fokitch Sokov : buffetier du théâtre des variétés, victime de Woland et de sa suite.

Nicolaï Ivanovitch : personnage humoristique, fonctionnaire modèle, métamorphosé en cochon volant, sert de monture à Natacha. Depuis cette aventure inoubliable, il contemple le ciel avec nostalgie, les soirs de pleine lune, jusqu'à ce que que sa femme lui ordonne de rentrer.

Archibald Archibaldovitch : "ancien flibustier", patron du restaurant Griboiédov. A la fin du roman, appelle les services spéciaux pour signaler la présence dans son restaurant de Koroviev et de Béhemot (sous son aspect humain). L'établissement est réduit en cendres, tandis qu'Archibald Archibaldovitch s'éclipse discrètement, un saumon fumé sous le bras.

Les adhérents de l'association des écrivains et les habitués du restaurant de la maison Griboïedov :

Privilégiés de la Nomenklatura, parvenus, profiteurs corrompus, bureaucrates, sceptiques et mécréants. Certains d'entre eux sont responsables des malheurs du Maître pour avoir écrit des articles contre lui.

II. Les êtres "intermédiaires"

Joshua Ha-Nosri :

Ce n'est pas le Jésus des Evangiles, mais un Jésus dont l'auteur évoque essentiellement le côté humain (sauf à la fin du roman quand il accueille Pilate). Il n'a qu'un seul disciple : Matthieu-Lévi. Il ne connaît pas ses parents. Il a des dons de guérison et de clairvoyance. Il guérit Pilate de ses maux de tête et lit dans ses gestes (son affection envers son chien Banga).Il appelle tout le monde "gentilhomme", car il pense que tous les êtres humains ont quelque chose de bon, même "Mort aux rats", le légionnaire défiguré par les Germains qui l'a pourtant maltraité. Il incarne le Bien, la douceur, le pardon, la confiance en l'homme.

Par ailleurs, on peut considérer Marguerite, ainsi que sa servante, voireNicolaï Ivanovitch lorsqu'il se transforme en cochon,  comme des êtres intermédiaires, à la fois humains et surnaturels.

III. Les êtres "surnaturels" :

Le professeur Woland

Homme âgé d'une quarantaine d'années, élégamment vêtu, à l'aspect sérieux et respectable. Légère dyssimétrie dans le visage (un oeil vert et un oeil bleu, un sourcil plus haut que l'autre, la bouche légèrement tordue). Se prétend "spécialiste de magie noire", appelé à Moscou pour étudier un vieux manuscrit du Xème siècle. Parle russe, tantôt avec un accent, tantôt sans. Est capable de lire dans les pensées et de prédire l'avenir. Prétend avec rencontré Kant et assisté à l'entrevue entre Jésus et Ponce Pilate. Etudie la nature humaine et se livre à des expériences de "psychologie morale et sociale". Il incarne l'esprit du mal, mais contribue au bien, en réunissant le Maître et Marguerite, puis en les "libérant" des tribulations de la chair et en laissant Ponce Pilate retrouver Yeschoua.

Koroviev (alias Fagotto ou Fahoth, selon les traductions) :

Apparaît vêtu d'une veste à carreaux, d'un pantalon trop court "qui laisse voir des chaussettes blanches pas très nettes", d'une casquette de jockey ; il porte un lorgnon dont l'un des verres est fêlé. Léger duvet au-dessus des lèvresRusé, cajoleur, noie ses interlocuteurs dans un flot de paroles mielleuses. Bras droit de Woland qu'il débarrasse des intrus et des importuns. Crée à volonté des billets de banque et des documents (lettres, attestations, passeports, etc.). Organise le bal. Se livre à des tours pendables avec son complice, Béhémoth, le chat noir. On apprend à la fin de l'histoire qu'il s'agit d'un chevalier qui expie une faute : il a écrit jadis un poème dans lequel il "parle mal" du rapport entre Dieu et le diable,  entre l'ombre et la lumière.

Béhémoth :

Se présente tantôt sous l'aspect d'un énorme chat noir, tantôt sous celui d'un homme dont la tête ressemble vaguement à celle d'un chat.Totalement dénué de scrupules. Capricieux et destructeur, sème la panique partout où il passe. Apparaît à la fin du roman sous les traits d'un adolescent.

Azazello :

Aspect particulièrement inquiétant. Une taie sur un oeil, une dent jaunie proéminente, vêtu de noir. Redoutable démon-tueur des déserts arides. C'est lui qui est chargé d'empoisonner le Maître et Marguerite. Azazallo n'agit jamais de son propre chef, mais sur l'ordre de Satan. Par ailleurs c'est Dieu lui-même, par le truchement de Matthieu-Lévy qui demande à Woland de "libérer" les deux amants des liens terrestres. Satan apparaît donc, dans le roman comme un collaborateur de Dieu.

Hella :

Belle sorcière impudique. Seul défaut physique : une longue cicatrice sur le cou. Joue un rôle dans le scandale du Théâtre des Variétés en attisant la convoitise du public féminin pour les vêtements, sous-vêtements, chapeaux et parfums de luxe. Se promène quasiment nue dans l'appartement maudit où elle accueille occasionnellement les visiteurs en l'absence de Koroviev, auquel, tout comptes faits, il vaut mieux avoir affaire. Type de la vampe lubrique (vampire), de la femme fatale (Lilith).Représente la dimension destructrice de l'éros.

Le schéma actantiel

(L'axe du pouvoir, de la volonté et du savoir)

Le poète Biezdomny ignore au début du roman que Woland et sa suite sont des êtres surnaturels. Son désir est de les empêcher de nuire en les faisant arrêter, mais il n'en a pas le pouvoir.

Plus tard, grâce à sa rencontre avec le maître, il se rend compte de qui est vraiment Woland et il l'admet, ce qui va à l'encontre de ses convictions idéologiques et de son désir d'être un bon communiste. Il n'a pas de pouvoir sur les choses extérieures, mais il a le pouvoir de renoncer à écrire de la poésie "engagée" et de changer de vie et c'est ce qu'il fera.

Berlioz, plus cultivé que Biezdomny, est profondément troublé par Woland, mais son désir est de se rendre à la réunion du M.A.S.S.O.L.I.T., puis de rentrer tranquillement chez lui. Mais Woland ou le destin en ont décidé autrement.

Le maître ne sait ni où le conduira sa rencontre avec Marguerite, ni la portée de son manuscrit, il désire le publier, mais se heurte à une fin de non recevoir des éditeurs. Par la suite, il ne désire plus qu'une seule chose : la paix.

Marguerite ne sait pas non plus où la conduira sa rencontre avec le Maître. C'est elle qui l'incite à publier un extrait de son manuscrit et déclenche, sans le vouloir, son malheur : la persécution des critiques, la réaction des autorités, la perquisition de son logement, son internement (volontaire) dans une clinique psychiatrique. Elle désire sauver son amant et pour y parvenir, elle va jusqu'à se lier aux forces du mal (Woland). Mais une fois son souhait de  retrouver le maître exaucé, elle reste insatisfaite.

Pilate ne sait pas qui est vraiment Jeschua Al Nosri. Il pense qu'il s'agit d'un philosophe et d'un grand guérisseur. Il est pris entre le désir de le sauver (ne pas le condamner à mort) et les impératifs de la raison d'Etat. En fait, aussi puissant soit-il, il y a plus puissant que lui (César) et il n'a pas le pouvoir de grâcier Jeschua tout en conservant sa place de Procurateur. Il n'a qu'un seul désir : quitter Jérusalem qu'il déteste et cesser de souffrir de ses maux de tête. Après la mort de Jeschua, il fait tout pour se rattraper (en proposant un poste de bibliothécaire à Matthieu-Lévi, en faisant assassiner Jehuda de Carioth (Judas Iscariote),  mais il est trop tard. Après sa mort, il n'a plus qu'un seul désir, retrouver Jeschua pour converser à nouveau avec lui, mais il n'en a pas le pouvoir. Il lui faut attendre 2000 ans la venue du maître. C'est donc le romancier qui délivre son personnage en prononçant les derniers mots du roman.

Une analyse du roman :
"Le roman a fortement subi l'influence du Faust de Goethe et les thèmes de la lâcheté, de la trahison, de l'ouverture d'esprit et de la curiosité, ainsi que de la rédemption tiennent une place prépondérante.

L'interaction des éléments et des forces naturelles, tels que le feu, l'eau et la destruction, est un élément essentiel du roman, auquel il convient d'ajouter les puissants contrastes entre la clarté et les ténèbres, le bruit et le silence, le soleil et la lune, les orages et la tranquillité.

De plus, il faut remarquer le parallèle complexe entre Jérusalem et Moscou tout au long du roman.

On peut faire différentes lectures de l'œuvre : roman d'humour, allégorie philosophique ou socio-politique, satire du système soviétique, ou encore de la vanité de la vie moderne en général... Le roman est aussi un roman d'initiation dont Ivan est le personnage principal.

Boulgakov recourt à des styles et des tons très variés suivant les parties. Les chapitres où l'action a lieu à Moscou ont un rythme rapide, joyeux, presque farcesque, tandis que ceux où l'action se tient à Jérusalem sont écrits dans un style réaliste.

Ce roman est, enfin, dans ce contexte de Russie soviétique, un écrit pour la liberté des artistes et contre le conformisme.

« Je suis celui qui veut éternellement le mal mais toujours fait le bien » (épitaphe tirée du Faust de Goethe). Le Maître et Marguerite est un roman qui interroge en premier lieu le sens de la morale. Alors que la tradition chrétienne délimite sans peine les domaines du bien et du mal, Boulgakov, à travers les deux personnages « miroirs » du Maître et de Pilate, pose la question de la réalité et de la véracité d'une telle distinction. La mort du Christ est la base de cette réflexion : Jésus est condamné à mort par le Sanhédrin alors qu'il n'est pas un criminel. Dieu accepte la mort injuste de son fils dans le but de laver les péchés humains : on trouve ici le cœur du problème posé par Boulgakov. Dieu est dès lors indirectement responsable d'une injustice se confondant ici avec le mal : la mort d'un innocent. C'est tout le problème qui se pose à Pilate : quel est le sens moral de la mort du Christ puisqu'il y a inversion des critères moraux traditionnels. Cette question du bien et du mal hante dans Le Maître et Marguerite un Pilate séduit par la personnalité de Jésus et horrifié par sa mort. Dès lors, la morale perd de son évidence et tourmente à la fois Pilate et le Maître qui fait à son tour cette découverte lors de la rédaction de son ouvrage sur le procurateur de Judée. Le Maître perd la raison, de ne plus pouvoir distinguer aussi facilement que le reste des hommes le bien et le mal.

Parallèlement, l'arrivée de Satan à Moscou tend à confirmer ce brouillage du sens moral. Ce personnage, ainsi que ses acolytes burlesques, n'est pas réellement doté des attributs moraux du Diable. Il sème certes dans son sillage folie et destruction mais le tableau qu'en fait Boulgakov est beaucoup plus nuancé. Il y a déjà la sympathie évidente que ce personnage inspire au lecteur, loin des clichés habituellement attribués au Diable ; mais, surtout, Satan agit dans un contexte bien particulier, celui de l'URSS des années 1930. Satan distille l'humour et la fantaisie dans un monde austère et triste, il introduit l'irrationnel et le mystique dans une société rongée par un rationalisme absurde et un athéisme forcé, il lutte contre l'abêtissement général, le nivellement culturel et la stagnation intellectuelle. En un sens, Satan est un opposant au régime totalitaire stalinien et à ses conséquences sur la société soviétique. On retrouve alors ici la première problématique de la confusion de la morale : Satan est-il réellement l'incarnation du mal dans l'URSS stalinienne ? Satan rime dans Le Maître et Marguerite avec humour, créativité, fantaisie, vie débridée, amour et lutte contre les méfaits de la censure, de la méfiance et du contrôle. Satan amène le chaos à la manière de Nietzsche : avec la passion de la vie et de la création."

DVD Bortko

Une remarquable adaptation cinématographique du roman en 10 épisodes de 45 minutes, par le réalisateur russe Vladimir Bortko. Les acteurs sont excellents et l'adaptation est fidèle au roman. La musique d'Igor Korneliouk illustre à merveille la dimension dramatique et fantastique de l'histoire.

Médias

DVD (2 DVD box set)

Réalisateur
Vladimir Bortko

Acteurs
Anna Kovaltchouk (Marguerite), Aleksandr Galibin (Le maître), Oleg Basilashvili (Woland), Vladislav Galkin (Ivan Bezdomny), Kirill Lavrov (Ponce Pilate), Aleksandr Ab-doulov (Koroviev), Aleksandr Filippenko (Azazello), Sergueï Bezroukov (Yeshoua Ha-Nozri), Valentin Gaft (Caïphe)

Musique
Igor Korneliouk

Langues
Russe

Sous-titres
Français, anglais, espagnol, allemand, néerlandais, italien

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