Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Afficher l'image d'origine

Laïcité et christianisme, Philippe Capelle-Dumont, Pierre Manent, Paul Thibaud, Jean-Louis Vieillard-Baron, rencontre avec le cardinal Müller, académie catholique de France, Editions Parole et Silence, 2015.

"Non intratur in veritatem nisi per caritatem."

L'académie catholique de France, fondée en 2008 par des universitaires, religieux ou laïcs, a pour objet de mettre en relief et en lien les productions intellectuelles et artistiques attachées à la tradition chrétienne.

Elle rassemble 170 sociétaires dont 21 institutions (universités et facultés catholiques, associations de pensée, revues) soucieux d'établir une articulation positive entre la foi chrétienne, la culture et les diverses rationalités. Institution d'excellence, elle comporte un corps académique (médecine et sciences de l'univers, sciences humaines et sociales, philosophie et théologie, arts et Lettres, droit et économie) constitué de personnalités intellectuelles et artistiques, auteurs d'une œuvre reconnue.

Chaque année, elle organise des conférences, colloques, émissions de télévision et séances académiques, élabore des dossiers d'expertise et publie des ouvrages susceptibles d'enrichir la réflexion sur les questions fondamentales, voire urgentes, de notre temps.

Elle porte également le souci d'un dialogue constructif avec des représentants de la vie intellectuelle des différentes familles du christianisme, des autres religions, des autres traditions spirituelles et des non-croyants. www.academiecatholiquedefrance.fr

Afficher l'image d'origine

Table des matières : Introduction : "Laïcité et christianisme. Nouvelles questions", par Philippe Capelle-Dumont - "Vérité et liberté. Que signifie la laïcité pour un chrétien ?" par le cardinal Gerhard Müller - "Réponse" au cardinal Müller", par Pierre Manent - "Réponse" au cardinal Müller : devant une société d'immanence", par Paul Thibaud - "La laïcité pour un chrétien", par Jean-Louis Vieillard-BaronAfficher l'image d'origine

"La question disputée de la laïcité n'est pas un sujet académique optionnel : elle reste aujourd'hui parmi les plus complexes, les plus sensibles et les plus fondamentales qui soient posées tant aux sociétés politiques qu'aux traditions de conviction notamment religieuses. A l'écart des rhétoriques et des polémiques, elle exige une attention raisonnée et un traitement argumenté.

Le cardinal Gerhard Müller, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, livre ainsi une somme de réflexions telles qu'elles ont été exposées devant l'Académie catholique de France le 26 mars 2015 ; elles sont enracinées dans la grande tradition théologique du christianisme, mais aussi dans les divers champs d'expériences auxquelles ont donné lieu, notamment depuis le moment "moderne", les relations historiques entre l'Eglise et la politeia.

Introduites par Philippe Capelle-Dumont, elles font l'objet de "réponses" formées pour la circonstance par Pierre Manent et Paul Thibaud, dans un dialogue que conclut Jean-Louis Vieillard-Baron."

Afficher l'image d'origine

Gerhard Ludwig Müller, né le 31 décembre 1947 à Mayence alors en RFA est un archevêque catholique allemand, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi depuis sa nomination par le pape Benoît XVI le 2 juillet 2012.

"Rencontre avec le cardinal Müller

La foi chrétienne ne nous rend pas étrangers à la vie et à la civilisation moderne. Le mystère de l'homme ne s'éclaircit vraiment que dans le mystère du verbe incarné.

L'homme étant un être social, la liberté de religion ne doit pas seulement recevoir une interprétation individuelle ; elle comporte nécessairement une composante sociale. Parmi les droits inaliénables de l'homme, il y a donc aussi la liberté qu'il a de se regrouper en une communauté reconnaissant en commun ses principes fondamentaux intellectuels et moraux, pratiquant en public un culte commun et se reconnaissant responsable devant la constitution qui la régit.

De même, on n'a pas le droit de refuser la participation de tous à la vie publique avec des droits égaux, et l'Etat n'a le droit de faire ni du christianisme, ni de l'islam, ni d'aucune autre communauté religieuse, ni non plus de l'agnosticisme ou de l'athéisme sa profession de foi, en n'accordant à ceux qui pensent autrement que le statut d'une minorité tolérée. Il y va d'une façon authentique de traiter chacun de façon égale. S'il favorise les uns, l'Etat défavorise nécessairement les autres." (source : Parole et Silence)

Afficher l'image d'origine

"Laïcité et christianisme, nouvelles questions" par Philippe Capelle-Dumont, président de l'académie catholique de France

Notes de lecture : 

Philippe Capelle-Dumont accueille le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet de la congrégation pour la doctrine de la Foi, successeur dans cette fonction du cardinal Joseph Ratzinger, le futur pape Benoît XVI.

Il rappelle le rôle du cardinal Müller en tant que préfet de la congrégation pour la doctrine de la Foi : la transmission de la Foi authentique, l'éveil de l'espérance et la pratique de l'agapè.

La question de la laïcité est une question complexe, sensible et fondamentale.

a) une question complexe

En raison de ses variations historiques et géographiques

Laïcité vient de "laïc", par opposition à "clerc"

Ce n'est qu'au XIXème siècle que le mot "laïcité" devient l'expression de l'opposition à l'Eglise catholique.

PCD rappelle l'histoire mouvementée des rapports entre le pouvoir politique et l'Eglise depuis la querelle des investitures, jusqu'à la loi de 1905, en passant par la gallicanisme, la révocation de l'Edit de Nantes et la proclamation de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ainsi que la liberté des cultes en 1795.

"La laïcité comportait une idée lumineuse en tant qu'inspiratrice d'un cadre nécessaire et pratique à la résolution des conflits. Mais elle situait restrictivement son point d'origine et de nouveauté dans la seule philosophie des Lumières : d'une part avec la revendication de l'autorité première de la raison scientifique et philosophique sur toute autre instance de jugement, d'autre part avec la promotion d'un régime politique déclaré seul en mesure de régler la totalité des échanges sociaux, y compris dans le domaine de l'éducation." (p. 11)

"On oubliait ainsi progressivement tout ce que la philosophie des Lumières devait au christianisme, en particulier à la distinction évangélique entre "Dieu et "César".  (p. 12)

L'auteur définit ce qu'il appelle des "seuils" dans la laïcisation de la France :

  • L'assignation de la religion au "domaine privé" (Révolution française)
  • "L'indifférence" de l'Etat à l'égard de la religion (début de la III ème République) : la religion n'a ni pertinence publique, ni utilité sociale. ​PCD montre que la "neutralité" de l'Etat vis-à-vis de la religion et de l'Eglise s'est transformée en "neutralisation" du religieux.
  • La reconnaissance des racines et des sources spirituelles et la demande démocratique d'un nouveau mode de présence des sagesses religieuses dans l'espace social. (La notion de "laïcité ouverte", puis "positive" à partir des années 80.

b) Une question sensible

La question de la laïcité suscite des réactions passionnelles. Notamment vis-à-vis de l'islam (règles alimentaires ou vestimentaires dans l'espace public, statut de la femme...)

Le principe de laïcité commande juridiquement la neutralité de l'Etat en matière religieuse, le respect de tous les cultes et de toutes les croyances, mais aussi l'interdiction de se prévaloir de ses croyances religieuses pour s'affranchir des règles communes régissant les relations entre collectivités publiques et particulières.

c) Une question fondamentale

"La laïcité est devenue, de fait, un marqueur "structurel". Non seulement il atteint tous les secteurs de la vie privée et publique, mais encore il colore la plupart des critères qui président au vivre ensemble, critères qui ne se réduisent pas aux seules pratiques cultuelles, mais qui concernent les contenus "théoriques", "dogmatiques" et civilisationnels." (p. 17)

La question de la laïcité rejoint alors celle de l'autorité. Qui a l'autorité ? L'anthropologique ou le théologique ?

Selon Hannah Arendt, la question nouvelle que porte notre temps tient à la mise en cause irréversible de "l'autorité de tradition", remplacée par "l'autorité de projection". L'autorité ne se fonde plus dans le passé, mais dans le futur.

Il faut introduire trois correctifs :

  •  cette substitution est aujourd'hui contestée
  • le coefficient divin et/ou sacral n'a pas disparu de l'autorité politique.
  • les traditions religieuses comportent elles-mêmes des traces de mise à l'épreuve de l'autorité (la Torah, l'Evangile, le luthérianisme)​

​La neutralité laïque n'est pas la neutralisation des convictions philosophiques et religieuses.

Comme le montre l'épisode biblique du jugement de Salomon, l'autorité du religieux peut consister à révéler l'autorité des "choses de la vie".

Conclusion :

"L'histoire de la laïcité comprend des trajectoires de conflits dont les responsabilités sont assurément partagées. La position du christianisme à son égard est aussi simple que profonde : "Il faut rendre à César..." Actes 5, 29) et : "Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut." (Jean 19, 11). La tension fondatrice que dessinent ces deux séquences néotestamentaires porte au respect du politique en sa noblesse propre, mais aussi bien, exige que soient sans cesse examinés les motifs qui inspirent celui-ci." (p. 22)

Partager cet article

Repost 0