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Théodore Monod, Et si l'aventure humaine devait échouer, Grasset, 2000

"Et si l'aventure humaine devait échouer" est le texte, revu et corrigé par l'auteur, de "Sortie de Secours", publié en 1991 par les Editions Seghers à Paris.

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Le blason de Théodore Mnod

Table :

Théodore Monod, le veilleur - Qui t'a fait roi ? 

Première partie : l'homme et la nature

1. Dedans ou dehors - 2. Du biface à la bombe

Deuxième partie : l'hominisation

3. Nature et lliberté - 4. acquis, promesse ou éventualité - 5. Pléonasme 

Troisième partie : Humanité et biophère -

6. Un constat d'urgence - 7. A la recherche d'une moralité nouvelle 

Quatrième partie : Unité et diversité

8. L'un et le multiple -9. Eloge de la diversité -10. L'Afrique à taravers un prisme -

Cinquième partie : Nature vivante et Foi chrétienne.

11. L'animal face à la pensée et à la morale chrétiennes - 12. Une foi à repenser 

Conclusion : Et si l'aventure humaine devait échouer 

Principales associations soutenues par Théodore Monod - Oeuvres de Théodore Monod.

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Théodore Monod est né en 1902. Docteur en sciences naturelles, professeur honoraire du muséum d'histoire naturelle, membre de l'institut de France (académie des sciences), de l'académie de marine et de plus de quarante autres sociétés scientifiques françaises et étrangères, directeur honoraire de l'institut fondamental d'Afrique noire, Théodore Monod a signé depuis 1921, date de son premier séjour en Mauritanie, plus de huit cents communications scientifiques.

Voyageur infatigable (plus de quatre-vingts missions menées au Sahara et sur l'ensemble du continent africain), zoologiste émérite, il développera également ses compétences en botanique, en géologie, en archéologie, en histoire, au hasard de ses expéditions. Il tirera de cette expérience des apports scientifiques et spirituels qui contribueront à donner un sens particulier à sa vie.

Il a, par ailleurs, publié des ouvrages à destination du grand public tels que Méharés (1937 et 1989) ou L'Emeraude des Garamantes, souvenirs d'un saharien (1984 et 1992).

Grand officier de la Légion d'honneur, commandeur des Palmes académiques, Théodore Monod s'est éteint à la fin de l'année 2000.

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"L'histoire humaine, c'est celle d'une espèce qui peu à peu prend le pas sur les autres. L'homme invente l'outil, maîtrise le feu, explore, conquiert, comprend. En quelques millénaires d'une progression fulgurante, il devient le roi de la création.

Pourtant cette histoire peut prendre fin. En déséquilibrant son rapport avec la nature, en s'engageant dans l'aventure criminelle et folle du nucléaire, l'homme démontre aussi son incapacité à dépasser en lui la pulsion de violence et de mort. Oui : aujourd'hui, nous le savons, l'aventure humaine peut échouer.

Tour à tour géologue, botaniste, archéologue, homme d'engagement et de foi, Théodore Monod aborde ici cette question dans toutes ses dimensions. Le savant éclaire les rapports profonds et complexes entre l'homme et la biosphère. Le croyant nous incite à devenir vraiment humains ; le militant de la non-violence, à nous révolter contre la folie des gouvernements, et aussi contre notre propre passivité...

Au seuil d'un nouveau millénaire, cet essai rigoureux, écrit à l'intention d'un large public, donne quelques repères essentiels. Et s'il sonne l'alarme, il nous rappelle aussi qu'il reste place pour l'espérance."

Théodore Monod le veilleur

Gilbert Vieillard, un des tout premiers collaborateurs de Théodore Monod à l'institut français d'Afrique noire, le définissait comme un dictionnaire ambulant. "Mais - ajoutait-il, supprimant ainsi toute ambiguïté d'interprétation - c'est un dictionnaire qui a compris son contenu !" C'était, avec un minimum de mots, établir l'homme dans toutes ses dimensions.

Car la masse de connaissances que représente Théodore Monod pour ses contemporains ne porte en rien la marque d'un touche-à-tout, fût-il de génie. Et l'apparente dispersion que d'aucuns croiraient discerner devant l'extrême diversité de ses talents, de ses passions, voire de ses coups de coeur n'est que la complexité de l'outil qu'il a su donner à son inlassable curiosité pour approcher la conscience de l'unité des choses et des êtres sans laquelle tout savoir n'est qu'une simple suite d'équations dénuée de substance.

Si "l'histoire du cosmos est d'abord l'histoire de la matière qui s'éveille", comme nous le montre, entre autres, Hubert Reeves, le respect de la vie est donc le corrolaire absolu de la découverte désormais acquise des étroites relations, non seulement entre macro et microcosme, mais encore entre chacun des éléments de ces deux dimensions de l'univers. Et Théodore Monod de mettre la souriante rigueur de la science à l'épreuve de sa conscience dans une rectitude de conduite basée sur les principes d'un christianisme de joie, de simplicité et de miséricorde. Son éthique de la sym-pathie (au sens étymologique du mot "souffrir avec") fait de ce pacifiste lucide un mobilisé à plein temps contre l'injustice, la violence et la barbarie.

"Il a tous les dons, nous dit encore Gilbert Vieillard, mais il les éteint pour ne laisser subsister que ce qui sert à la vérité scientifique et à la charité." Car le naturaliste-géologue-zoologue-entomologiste-érémologue-océanologue-bathyscaphandrier, etc., est aussi président du Rassemblement des opposants à la chasse, membre fondateur de l'Association pour le droit au logement et milite activement au Comité de patronnage du MRAP, à la ligue française des droits de l'animal, à l'Union pacifiste de France, au Mouvement international de réconciliation, à France-Terre d'asile, entre autres ; la liste, on s'en douteraiit, n'est pas exhaustive...

Pour citer une dernière fois Gilbert Vieillard, Théodore Monod est l'homme "qui approche le plus du saint ou, en tout cas, de l'homme de bien". Ce constat s'impose à tous ceux qui l'ont rencontré, même s'il fait rougir la modestie du chrétien et sourire l'humoriste, amateur de limericks et de nonsense. Aussi, quoiqu'il n'en veuille pas d'autre que l'idéal des Béatitudes, peut-on penser que si la devise de Léonard de Vinci "Hostinato rigore" convient parfaitement au personnage de l'éminent membre de l'Institut, la personne de Théodore Monod lui préfèrera sans doute celle, plus subtile, d'un Roland Barthes : "Nul pouvoir, un peu de savoir, et le plus de saveur possible."

Et si Théodore Monod a voulu placer ce petit volume sous la double inspiration de Teilhard de Chardin et de Louis Massignon, c'est qu'il incarne au plus haut degré, comme celui-là, l'obstinée recherche de la convergence nécessaire de l'En Avant et de l'En Haut, et, comme celui-ci, une infinie pitié pour toutes les victimes, pour tous les meurtris, pour tous les spoliés. Comme eux, il fait partie des plus vrais jalons de la conscience du siècle.

Et la frêle silhouette sur la dune, un peu voûtée aujourd'hui mais toujours fidèle à sa veille, est là, comme tant d'autres qui l'ont précédée, pour peut-être un jour nous annoncer, tel le Villonna de Joyce à ses compagnons endormis dans l'obscurité : "L'aube, messieurs !"

Pascal Monod (1991)

Citations :

"Car il va tout de même falloir prendre les choses au sérieux, quand on nous promet que dans 900 ans - demain matin pour le biologiste ou l'archéologue ! - aux taux actuels de l'accroissement démographique, il y aura 60 milliards de bonshommes sur terre. Mirabeau, à l'intention des promoteurs de grands ensembles et de gratte-ciel, l'avait cependant déjà dit : "Les hommes sont comme des pommes : quand on les entasse, ils pourrissent." (p. 18)

"Il faut humblement l'avouer : les trois grands monothéismes, les gens du Livre, Ahel al-Kitab, comme disent les musulmans, se sont enfermés dans la conception triomphaliste d'un homme préposé à la domination du monde, ayant spécifiquement reçu du Créateur un droit de vie ou de mort sur toute autre créature, et peu enclin à accepter la solidarité qui devrait unir tous les vivants, moins encore la pitié et la miséricorde." (p. 18)

"La pitié est une difficile et laborieuse conquête, sans cesse à recommencer et dont les exigences poseront chaque jour à la conscience individuelle de nouveaux problèmes." (p. 51)

"Toutes les religions le savent bien - ou devraient le savoir : si l'orthodoxie est aisée, c'est l'eupraxie qui est difficile et qui engage, elle, sérieusement notre comportement." (p. 52)

"On ne peut qu'accepter avec Bergson que, dans toute l'étendue du règne animal, la conscience apparaît comme proportionnelle à la présence du choix dont dispose l'être vivant." (p. 73)

"L'homme n'est pas ce qu'il voudrait ou devrait être, l'homme peut être maître de la nature sans l'être de lui-même, l'homme ne paraît pas, dans bien des domaines, avoir beaucoup dépassé le stade de l'animalité." (p. 77)

"Si notre culture propre s'est engagée dans la voie du progrès matériel et de la religion du profit, regardons au moins avec sympathie et respect ceux qui ont choisi la participation à un Univers organisé, la réintégration de l'humain dans le cosmique, le reflet au niveau de la vie des lois du monde invisible, ceux pour lesquels le temps est un rythme né de la danse du dieu créant le monde, et la destinée une aventure sérieuse, souvent héroïque." (p. 164)

"C'est donc à juste titre qu'Albert Schweitzer pouvait avouer en 1923 : "les penseurs européens veillent scrupuleusement pour qu'aucun animal ne pénètre dans leur éthique et que le philosophe australien Peter Singer constatait en 1975 que personne entre Porphyre au IIIème siècle et Montaigne n'a jamais condamné pour elles-mêmes les cruautés envers les animaux." (p. 199)

"Pour Damien, "on ne mesure pas quel mystère on aborde en parlant de la souffance animale. Elle est une participation aux Béatitudes. L'agonie des bêtes se fond dans l'amertume silencieuse du Christ au cours de sa passion." (p. 204)

"Il n'est pas douteux que la pensée chrétienne évolue, lentement sans doute, mais sûrement, et s'éveile à des problèmes nouveaux. Ne parle-t-on pas déjà, ici et là, d'une future théologie de la nature, sujet désormais à l'ordre du jour ? (p. 205)

"Il me semble que si le scientifique et le spirituel, "l'En avant" et "l'En-Haut", dirait Teilhard, doivent parvenir à se rejoindre, ce sera à travers une double mais convergente acceptation, celle de l'Unité, celle de la Diversité." (p. 150)

"René Bureau n'avait pas tort quand il opposait récemment la civilisation, domaine de l'avoir et de la quantité, qui exige l'ordre et implique la contrainte, et la culture, domaine de l'être, ouverte à la qualité des rapports humains et à une libre créativité : la première est uniformisante, la seconde est diversifiante." (p. 162)

"On peut le déplorer, si le mouvement pour les droits des animaux existe désormais et se développe, force est de reconnaître que la pensée chrétienne n'y est pour rien. Il ya a bien entendu des chrétiens parmi les défenseurs des droits de l'animal mais leurs Eglises restent, officiellement, muettes." (p. 214)

"La Bible est une vaste littérature où il y a de tout, des choses magnifiques, Dieu merci, des choses contestables, des choses révoltantes également. C'est parce que les êtres humains sont ainsi ; ils étaient déjà ainsi autrefois, ils le sont encore maintenant." (p. 231)

"Il va falloir choisir : accepter l'hominisation véritable, c'est-à-dire la sympathie et la pitié pour tous les êtres, le respect de la vie, le refus de la violence, qu'elle soit institutionnelle ou physique, la pratique d'une justice véritable, la désacralisation de la chose militaire - ou payant enfin le juste prix de nos folies et de nos cruautés, laisser la place aux calamars. Choisissons l'Homme - avec un H majuscule cette fois - mais faisons vite ; le temps presse terriblement..." (p. 260)

 

 

 

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