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ou est ton frère

Pape François, Où est ton frère ? Paroles sur les migrants et les réfugiés, préface de Jean-Claude Guillebaud, Bayard 2015

Le titre :

“Où est ton frère ?“, a demandé le pape aux quelque 10 000 fidèles présents à Lampedusa en citant la question que Dieu adresse à Caïn qui vient de tuer son frère Abel, dans le Livre de la Genèse. “Cette question n’est pas adressée à d’autres, mais à moi, à toi, à chacun d’entre nous“, a-t-il poursuivi. Et d’insister : “Ces frères et ces sœurs cherchaient à sortir de situations difficiles pour trouver un peu de sérénité et de paix, ils cherchaient un endroit meilleur pour eux et leur famille, mais ils ont trouvé la mort. Combien de fois ceux qui cherchent cela ne trouvent pas la compréhension, l’accueil, la solidarité ! Leur voix crie vers Dieu !“

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"A Lampedusa, en Turquie, au Mexique... Dans ses homélies, ses messages, le pape François ne cesse de se pencher sur le sort des migrants et de s'interroger sur notre capacité à pratiquer l'accueil, à résister à ce qu'il nomme "la mondialisation de l'indifférence". Ses paroles, que nous présentons ici en une cinquantaine de morceaux choisis, révèlent la profondeur de sa conviction et sa volonté d'impliquer directement son Eglise et les chrétiens."

"Le sort des migrants et des réfugiés dans le monde est au coeur des préoccupations de François depuis le début de son pontificat.

Le 21 juin 2015, lors d'un déplacement à Turin, le chagrin du souverain pontif a été répercuté dans les médias du monde entier : "Le spectacle des derniers jours de ces êtres humains traités comme des marchandises fait pleurer."

Une indignation qui ne va pas sans le souci de comprendre et d'inviter les Etats à chercher des solutions : "Les migrants ne peuvent être tenus pour coupables, car ils sont victimes de l'injustice, de l'économie, du rejet et des guerres."

Les paroles du pape François à ce sujet, que nous présentons ici en une cinquantaine de morceaux choisis, dévoilent la permanence et la puissance de sa conviction et montrent qu'il ne cherche pas seulement à sensibiliser les responsables politiques, il veut impliquer aussi directement son Eglise et les chrétiens." (Note de l'éditeur)

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Extraits :

"La mondialisation de l'indifférence

Nous devons constater avec une grande douleur que la crise syrienne n'a pas été résolue, au contraire, elle se poursuit, et le risque existe de s'y habituer : d'oublier les victimes quotidiennes, les souffrances indicibles, les milliers de réfugiés, parmi lesquels des personnes âgées et des enfants, qui souffrent et parfois meurent de faim et de maladies causée par la guerre. Cette indifférence fait mal ! Une nouvelle fois, nous devons répéter le nom de la maladie qui fait si mal aujourd'hui dans le monde : la mondialisation de l'indifférence.

L'action de paix et l'oeuvre d'assistance humanitaire que les organismes caritatifs catholiques accomplissent dans ce contexte sont une expression fidèle de l'amour de Dieu pour ses enfants qui se trouvent dans l'oppression et dans l'angoisse. Dieu entend leur cri, il connaît leur souffrance et veut les libérer ; et vous lui prêtez vos mains et vos compétences. Il est important que vous agissiez en communion avec les pasteurs et les communautés locales, et cette réunion constitue une occasion propice pour déterminer des formes opportunes de collaboration stable, dans le dialogue entre les divers sujets, dans le but de toujours mieux organiser vos efforts pour soutenir les Eglises locales et toutes les victimes de la guerre, sans distinctions ethniques, religieuses ou sociales.

Aujourd'hui, nous sommes également ici pour faire à nouveau appel aux consciences des acteurs du conflit, des institutions mondiales et de l'opinion publique. Nous sommes tous conscients que l'avenir de l'humanité se construit avec la paix et non avec la guerre : la guerre détruit, elle tue, elle appauvrit les peuples et les pays. Je demande à toutes les parties que, en considérant le bien commun, elles permettent immédiatement l'oeuvre d'assistance humanitaire et fassent taire au plus vite les armes, et s'engagent à négocier, en mettant au premier plan le bien de la Syrie, de tous ses habitants, également de ceux qui ont malheureusement dû se réfugier ailleurs et qui ont le droit de revenir au plus tôt dans leur patrie. Je pense en particulier aux chères communautés chrétiennes, visage d'une Eglise qui souffre et qui espère. Leur survie dans tout le Moyen-Orient est une profonde préoccupation de l'Eglise universelle : le christianisme doit pouvoir continuer à vivre là où sont ses origines."

(Discours aux organismes caritatifs catholiques oeuvrant en Syrie, vendredi 31 mai 2014)

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"Jésus a été un réfugié

Que le Seigneur soutienne les personnes et les institutions qui oeuvrent avec générosité pour assurer aux réfugiés accueil et dignité, et leur donner des motifs d'espérance. Pensons que Jésus a été un réfugié, il a dû fuir pour sauver sa vie, avec saint Joseph et la Vierge, il a dû s'en aller en Egypte. Il a été réfugié. Prions la Vierge, qui connaît la douleur des réfugiés, afin qu'elle soit proche de nos frères et soeurs. Prions la Vierge pour nos frères et soeurs. Prions ensemble la Vierge pour nos frères et soeurs réfugiés...

(Audience générale, place Saint-Pierre, mercredi 18 juin 2014)

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"On ne peut tolérer que la mer méditerranéenne devienne un grand cimetière ! Dans les barques qui arrivent quotidiennement sur les côtes européennes, il y a des hommes et des femmes qui ont besoin d'accueil et d'aide. L'absence de soutien réciproque entre les membres de l'Union européenne risque d'encourager des solutions individuelles qui ne tiennent pas compte de la dignité humaine des immigrés, favorisent le travail d'esclave et des tensions sociales continuelles. L'Europe sera en mesure de faire face aux problématiques liées à l'immigration si elle parvient à proposer avec clarté sa propre identité culturelle et mettre en acte des législations adéquates qui sachent en même temps protéger les droits des citoyens européens et garantir l'accueil des migrants ; si elle sait adopter des politiques justes, courageuses et concrètes qui aident les pays d'origine dans le développement sociopolitique et dans la résolution des conflits internes - cause principale de ce phénomène - au lieu des politiques d'intérêt qui accroissent et alimentent ces conflits. Il est nécessaire d'agir sur les causes et pas seulement sur les effets."

(Discours au Parlement européen, Strasbourg, mardi 25 novembre 2014)

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Je participerai le lundi 16 novembre à 10 heures, avec Guy Colrat et Jean-Claude Martin sur RCF en Berry, à un débat autour du livre Où est ton frère ?, recueil de paroles du pape François sur les migrants et les réfugiés, dans le cadre de l'émission "La morale de l'histoire".

Il y sera question des paroles du pape François, mais aussi de ce que nous faisons concrètement à Bourges et dans le Berry, pour accueillir les réfugiés, notamment avec le Secours catholique et le Foyer Saint-François.

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Mon avis : 

Ces cinquante paroles du pape François, extraites de discours, de messages, d'audiences ou d'homélies nous invitent à relever le triple défi que constitue la question des migrants et des réfugiés et à ne plus les voir comme "des pions sur l'échiquier de l'humanité" :

  • chercher à comprendre les causes de ce phénomène : les guerres, la misère, les persécutions religieuses et/ou ethniques, l'oppression, le manque de liberté, le terrorisme, le fondamentalisme...  (p. 116), pour mieux en comprendre les effets : le déracinement, la séparation des familles, la fragilisation des personnes...
  • ne pas rester indifférents.
  • agir de façon concrète et réaliste. 

​Ces textes témoignent tout d'abord de la souffrance, de la compassion et de la sollicitude du souverain pontife face aux drames humains, notamment en Syrie, en Irak et en Méditerranée et aux victimes "dont il a touché du doigt les blessures" (p. 64) et qui ont, selon lui, "une place spéciale au coeur de l'Eglise (p. 108).

Ils témoignent aussi de sa prise en compte de la complexité du problème qui l'amène à faire la différence entre les réfugiés économiques, les réfugiés politiques et ceux dont on parle moins et dont on risque de parler de plus en plus, les réfugiés "écologiques" qu'il met en lien avec l'encyclique Laudate si ! sur la sauvegarde et la protection de la nature.

Le pape aborde la question de la honteuse exploitation des migrants par les "trafiquants d'êtres humains" : passeurs, patrons peu scrupuleux qui profitent de la précarité de leur situation, de la responsabilité devant Dieu et devant les hommes de ceux qui vendent des armes pour faire la guerre (p. 82), celle de la disparité du traitement des réfugiés, selon les pays, ainsi que les enjeux économiques, politiques et religieux de leur accueil et de leur intégration. 

L'accueil des migrants et des réfugiés se joue sur un chemin de crête, entre "fausse compassion" et exclusion. Le problème n'est pas simple car il faut tenir compte de la situation économique, notamment le marché de l'emploi - le problème ne se présente pas de la même façon en France et en Allemagne -, ainsi que des traditions politiques et culturelles du pays d'accueil quand il s'agit de pays de tradition chrétienne qui vivent sous un régime de séparation du religieux et du politique.

Le pape François ne se contente pas d'en appeler à la compassion ; il est loin d'ignorer la complexité du problème. Invitant cependant à concilier "éthique de conviction" et "éthique de responsabilité", il rappelle, notamment aux chrétiens, mentionnant au passage que "Jésus lui-même a été un réfugié", l'exigence évangélique de charité "reçue du Christ".

Il ne s'agit pas seulement d'accueillir les réfugiés et les migrants ; il faut aussi et surtout leur permettre de s' intégrer, leur intégration passant par l'apprentissage de la langue et par la participation à la vie sociale, économique et politique du pays d'accueil, dans le respect de ses lois et de ses traditions. Le pape en appelle donc non seulement aux chrétiens, mais à tous les hommes de bonne volonté, aux citoyens, comme aux institutions.

 

 

 

 

 

 

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