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Roland Barthes, Mythologies, Editions du Seuil, collection Point, 1957

Table : Avant-propos - 1. Mythologies : "Le monde où l'on catche", "L'acteur d'Harcourt" - "Les Romains au cinéma" - "L'écrivain en vacances" - "La croisière du Sang bleu" - "Critique muette et aveugle" - "Saponides et détergents" - "Le Pauvre et le Prolétaire" - "Martiens" - "L'opération Astra" - "Conjugales" - "Dominici ou le triomphe de la Littérature" - "Iconographie de l'abbé Pierre" - "Romans et Enfants" - "Jouets" - "Paris n'a pas été inondé" - "Bichon chez les Nègres" - "Un ouvrier sympathique" - "Le visage de Garbo" - "Puissance et désinvolture" - "Le vin et le lait" - "Le bifteck et les frites" - "Nautilus" et Bateau ivre" - "Publicité de la profondeur" - "Quelques paroles de M. Poujade" - "Adamov et le langage" - "Le cerveau d'Enstein" - "L'homme-jet" - "Racine est Racine" - "Billy Graham au Vel'd'Hiv'" - Le procès Dupriez" - "Photos-chocs" - "Deux mythes du jeune théâtre" - "Le Tour de France comme épopée" - "Le "Guide bleu" - "Celle qui voit clair" - "Cuisine ornementale" - "La croisière du "Batory" - "L'usage de la grève" - "Grammaire africaine" - "La critique Ni-Ni" - Strip-tease" - "La nouvelle Citroën" - La Littérature selon Minou Drouet" - "Photogénie électorale" - "Continent perdu" - "Astrologie" - "L'art vocal bourgeois" - La plastique" - "La grande famille des hommes" - "Au music-hall" - "La Dame aux camélias" - "Poujade et les intellectuels" - 2. "Le mythe aujourd'hui".

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Roland Barthes (1915-1980) : Sémiologue, essayiste, il a élaboré une pensée critique singulière, en constant dialogue avec la pluralité des discours théoriques et des mouvements intellectuels de son époque, tout  en dénonçant le pouvoir de tout langage institué. Il est notamment l'auteur du Degré zéro de l'écriture (1953) et de Fragments d'un discours amoureux (1977)

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"Les textes de Mythologies ont été écrits entre 1954 et 1956 ; le livre lui-même a paru en 1957.

On trouvera ici deux déterminations : d'une part une critique idéologique portant sur le langage de la culture dite de masse ; d'autre part un premier démontage sémiologique de ce langage : je venais de lire Saussure et j'en tirais la conviction qu'en traitant les "représentations collectives" comme des systèmes de signes on pouvait espérer sortir de la dénonciation pieuse et rendre compte en détail de la mystification qui transforme la culture petite-bourgeoise en nature universelle.

Les deux gestes qui sont à l'origine de ce livre - c'est évident - ne pourraient plus être tracés aujourd'hui de la même façon (ce pour quoi je renonce à le corriger) ; non que la matière a disparu ; mais la critique idéologique, en même temps que l'exigence en resurgissait brutalement (mai 1968), s'est subtilisée ou du moins demande à l'être ; et l'analyse sémiologique, inaugurée, du moins en ce qui me concerne, par le texte final des Mythologies, s'est développée, précisée, compliquée, divisée ; elle est devenue le lieu théorique où peut se jouer, en ce siècle et dans notre Occident, une certaine libération du signifiant. Je ne pourrais donc, dans leur forme passée (ici présente) écrire de nouvelles mythologies.

Cependant, ce qui demeure, outre l'ennemi capital (la Norme bourgeoise), c'est la conjonction nécessaire de ces deux gestes : pas de dénonciation sans son instrument d'analyse fine, pas de sémiologie qui finalement ne s'assume comme une sémioclastie (déconstruction des signes) Roland Barthes, février 1970)

Avant-propos

"Les textes qui suivent ont été écrits chaque mois pendant environ  deux ans, de 1954 à 1956, au gré de l'actualité. J'essayais alors de réfléchir régulièrement sur quelques mythes de la vie quotidienne française. Le matériel de cette réflexion a pu être très varié (un article de presse, une photographie d'hebdomadaire, un film, un spectacle, une exposition), et le sujet très arbitraire : il s'agissait évidemment de mon actualité.

Le départ de cette réflexion était le plus souvent un sentiment d'impatience devant le "naturel" dont la presse, l'art, le sens commun affublent sans cesse une réalité qui, pour être celle dans laquelle nous vivons, n'en est pas moins parfaitement historique : en un mot, je souffrais de voir à tout moment confondues dans le récit de notre actualité, Nature et Histoire, et je voulais ressaisir dans l'exposition décorative de ce-qui-va-de-soi, l'abus idéologique qui, à mon sens, s'y trouve caché.

La notion de mythe m'a paru dès le début rendre compte de ces fausses évidences : j'entendais alors le mot dans un sens traditionnel. Mais j'étais déjà persuadé d'une chose dont j'ai essayé ensuite de tirer toutes les conséquences : le mythe est un langage. Aussi, m'occupant des faits en apparence les plus éloignés de toute littérature (un combat de catch, un plat cuisiné, une exposition de plastique), je ne pensais pas sortir de cette sémiologie générale de notre monde bourgeois, dont j'avais abordé le versant littéraire dans des essais précédents. Ce n'est pourtant qu'après avoir exploré un certain nombre de faits d'actualité, que j'ai tenté de définir d'une façon méthodique le mythe contemporain : texte que j'ai laissé bien entendu à la fin de ce volume, puisqu'il ne fait que systématiser des matériaux antérieurs.

Ecrits mois après mois, ces essais ne prétendent pas à un développement organique : leur lien est d'insistance et de répétition. Car je ne sais si, comme dit le proverbe, les choses répétées plaisent, mais je crois que du moins elles signifient. Et ce que j'ai cherché en tout ceci, ce sont des significations. Est-ce que ce sont mes significations ? Autrement dit, est-ce qu'il y a une mythologie de mythologue ? Sans doute, et le lecteur verra bien lui-même mon pari. Mais à vrai dire, je ne pense pas que la question se pose tout à fait de cette façon. La "démystification", pour employer encore un mot qui commence à s'user, n'est pas une opération olympienne. Je veux dire que je ne puis me prêter à la croyance traditionnelle qui postule un divorce  de nature entre l'objectivité du savant et la subjectivité de l'écrivain, comme si l'un était doué d'une "liberté" et l'autre d'une "vocation", propres toutes deux à escamoter ou à sublimer les limites réelles de leur situation : je réclame de vivre pleinement la contradiction de mon temps, qui peut faire d'un sarcasme la condition de la vérité."

 

 

 

 

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