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(...)

"Les mots, bien ou mal nés, vivaient parqués en castes;
Les uns, nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes,
Les Méropes1, ayant le décorum pour loi,
Et montant à Versaille2 aux carrosses du roi;
Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires3,
Habitant les patois ; quelques-uns aux galères
Dans l'argot ; dévoués à tous les genres bas,
Déchirés en haillons dans les halles ; sans bas,
Sans perruque ; créés pour la prose et la farce;
Populace du style au fond de l'ombre éparse;
Vilains, rustres, croquants, que Vaugelas4 leur chef
Dans le bagne Lexique avait marqués d'une F;
N'exprimant que la vie abjecte et familière,
Vils, dégradés, flétris, bourgeois, bons pour Molière.
Racine regardait ces marauds de travers;
Si Corneille en trouvait un blotti dans son vers,
Il le gardait, trop grand pour dire : Qu'il s'en aille;
Et Voltaire criait : Corneille s'encanaille !
Le bonhomme Corneille, humble, se tenait coi.
Alors, brigand, je vins; je m'écriai : Pourquoi
Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière ?
Et sur l'Académie, aïeule et douairière5,
Cachant sous ses jupons les tropes6 effarés,
Et sur les bataillons d'alexandrins carrés,
Je fis souffler un vent révolutionnaire.
Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.
Plus de mot sénateur ! plus de mot roturier !
Je fis une tempête au fond de l'encrier,
Et je mêlai, parmi les ombres débordées,
Au peuple noir des mots l'essaim blanc des idées;
Et je dis : Pas de mot où l'idée au vol pur
Ne puisse se poser, tout humide d'azur !
Discours affreux ! – Syllepse, hypallage, litote6,
Frémirent ; je montai sur la borne Aristote7,
Et déclarai les mots égaux, libres, majeurs.
Tous les envahisseurs et tous les ravageurs,
Tous ces tigres, les Huns, les Scythes et les Daces8,
N'étaient que des toutous auprès de mes audaces;
Je bondis hors du cercle et brisai le compas.
Je nommai le cochon par son nom ; pourquoi pas ?"

Hugo, Les Contemplations, I, VII, "Réponse à un acte d'accusation", Paris, janvier 1834

1. Personnages de tragédies.
2. L'absence de la lettre "s" est volontaire.
3. Inquiétants.
4. Vaugelas : auteur des Remarques sur la langue française (1647). Il y codifie la langue selon l'usage de l'élite.
5. L'Académie Française, garante des règles; "Douairière" : vieille femme..
6. Figures de style.
7. Aristote, philosophe grec,  avait codifié les genres et les styles.
8. Peuples considérés ici comme barbares.

Travail préparatoire :

I. L'introduction (ne pas reprendre tous les éléments)

L' oeuvre

Ce texte est extrait des Contemplationsrecueil de poésie de Victor Hugo, publié en 1856. Il est composé de 158 poèmes rassemblés en six livres. La plupart de ces poèmes ont été écrits entre 1841 et 1855, mais les poèmes les plus anciens de ce recueil datent de 1830. Le souvenir, surtout, y prend une place prépondérante, puisque Hugo y expérimente le genre de l'autobiographie versifiée. Le livre s'organise en deux parties, respectivement intitulées Autrefois et Aujourd'hui, comprenant chacune trois livres. Le poème à étudier se situe dans la première partie du recueil, intitulée "Autrefois (1830-1843) - "Aurore" : c'est le livre de la jeunesse évoquant les souvenirs de collège du poète, ses premiers émois amoureux et ses premières luttes littéraires.

L'auteur

Né le  à Besançon et mort le  à Paris, est un poète, dramaturge et prosateur romantique considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé qui a joué un rôle majeur dans l’histoire duXIXe siècle.

Le thème

Victor Hugo évoque le combat qu'il a mené pour la libération de la langue française et l'égalité des mots. Victor Hugo suggère que la langue est en retard sur l'histoire. La Révolution française a proclamé la liberté et l'égalité des hommes en 1789, mais la langue, notamment littéraire, est restée ce qu'elle était du temps de l'Ancien Régime.

Le poème a été composé sous la monarchie de Juillet (Louis-Philippe), le "roi bourgeois" qui a récupéré au profit de la bourgeoisie conservatrice cles symboles et les idéaux de la Révolution française. Le poème de Victor Hugo témoigne des contradictions du poète lui-même, légitimiste devenu républicain sous le second Empire et de la société de l'époque, où la classe dirigeante se réclame, sans les pratiquer des idéaux de la Révolution française et où les écrivains sont obligés de parler comme à la cour de Versailles avant la Révolution. Le "progressisme"  de Victor Hugo s'exrece essentiellement, à cette époque-là, en littératureLe poème se réfère à la période de la bataille d'Hernani en 1830.

La situation d'énonciation

Dans le passage qui précède, Victor Hugo répond à ceux qui ont dressé contre lui un "acte d'accusation pour  "avoir foulé aux pieds le bon goût de l'ancien vers françois", substitué les ténèbres à la clarté, et contribué à saper les fondements de la société. Loin de s'en défendre, iI accepte ces accusations : ""En somme,/J'en conviens, oui, je suis cet abominable homme..."

Il évoque par ailleurs le collégien qu'il fut,  penché sur des thèmes et des vers latins.

Il va expliquer contre quoi, comment et pourquoi cet enfant physiquement et intellectuellement brimé : "farouche, blême au front penchant, aux membres appauvris" - s'est révolté et s'est rendu coupable de ce dont on l'accuse.

Le genre

Il s'agit d'un long texte poétique composé en dodécasyllabes (alexandrins) irréguliers.

Les registres

  • registre lyrique : emploi de la première personne du singulier ("je"), élégiaque (le poète évoque avec mélancolie son enfance de collégien)
  • registre argumentatif : le poème est une "réponse à un acte d'accusation" : le poète se défend des accusations portées contre lui par les tenants de l'ancien ordre social et de l'ancien style littéraire et poétique.
  • registre épique : il est question de combats : combat du poète contre l'ancien ordre social et littéraire, combat des mots les uns contre les autres.
  • registre comique, burlesque : le combat du poète est magnifié (registre épique), le combat du lexique aristocratique contre le lexique plébéen est ridiculisé (registre burlesque).

Note :

"burlesque" : d'un comique extravagant ; saugrenu, grotesque : Il n'a que des idées burlesques. Se dit d'un spectacle, d'un film où l'humour et la caricature s'allient à un irrationnel échevelé. Le burlesque est l'inverse du style "héroï-comique" qui consiste à traiter un sujet bas en style élevé (Le Lutrin de Boileau)

Le point de vue

On peut parler de "point de vue narratif" dans la deuxième partie du poème évoquant le combat entre les mots (texte narratif). Le point de vue est externe et l'implication du poète se manifeste par la présence de nombreux modalisateurs ironiques et/ou dépréciatifs.

II. Le commentaire

Les types de textes 

L'extrait se présente sous la forme d'une alternance de discours : au début, puis à partir de "alors, brigand, je vins...", de description et de récit.

Les champs lexicaux et les concepts clés.

Le langage : thème, vers, idiome, poésie, mot (deux fois), syllabes, langue, patois, argot, genre, style,

Les genres littéraires : prose, farce

La noblesse : royaume, monarchie, duc, pair, cavaliers, bien né, castes, nobles, décorum, carrosses, Versaille(s)

Le peuple : peuple, grimaud, piétons, mal né, gueux, bourgeois, grimaud, gueux, drôles patibulaires, populace, galères, brigand, s'encanailler, roturier, halles

Le vêtement : haillons, bas, perruque

Les paysans : vilains, rustres, croquant,

La tragédie : Phèdre, Jocaste, Mérope, Vaugelas, Racine, Corneille, Voltaire

Le classicisme : académie, alexandrin, carrés, Aristote

La Révolution : révolutionnaire (vent), bonnet rouge

Barbarie : envahisseurs, ravageurs, scythes, daces

Les figures de style lexicales et grammaticales

hyperboles : "espèce d'enfant blême/Et grave, au front penchant, aux membres appauvris"

"La poésie était la monarchie ; un mot/Etait un duc et pair, ou n'était qu'un grimaud" (généralisation hyperbolique)

"Les syllabes pas plus que Paris et que Londre(s)/Ne se mêlaient" (personnification hyperbolique)

Trouvez d'autres exemples d'hyperboles généralisantes.

Pluriels rhétoriques : "les Phèdres, les Jocastes, Les Méropes" (le pluriel à la place du singulier exprime l'appartenance à une espèce (généralisation). Phèdre, Jocaste et Mérope sont des personnages de tragédies ; on a donc affaire à une sorte de métonymie, à la désignation d'une pièce par l'un de ses personnages, deux d'entre eux Phèdre et Mérope, étant des personnages éponymes = La noblesse retrouve dans les tragédies des personnages qui leur ressemblent par le langage et par le rang.

Personnifications : "l'idiome, peuple et noblesse était l'image du royaume", "un mot était un duc et pair" - "Et sur l'Académie, aïeule et douairière,/Cachant sous ses jupons les trops effarés..." - "J'ai mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire." - "Syllepse, hypallage, litote,/Frémirent"

Comparaisons et/ou métaphores personnifiantes : "ainsi marchent sans se confondre/Piétons et cavaliers traversant le pont Neuf", "Les mots, bien ou mal nés, vivaient parqués en castes", "Les uns, nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes, Les Méropes, ayant le décorum pour loi, / Et montant à Versaille(s) aux carrosses du roi", "Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires,Hhabitant les patois ; quelques uns aux galères/Dans l'argot ; dévoués à tous les genres bas,/Déchirés en haillons dans les halles ; sans bas,/Sans perruque ; crées pour la prose ou la farce ;/Populace du style au fond de l'ombre éparse"

Trouvez d'autres exemples de ce procédé. En quoi peut-on parler de "métaphore filée" ?

Hypotyposes (descriptiion vivante qui met littéralement un tableau "sous les yeux") : la première partie du texte jusqu'à "Alors je vins"

Note : L'hypotypose (du grec ancien ὑποτύπωσις/hupotúpôsis, « ébauche, modèle ») est une figure de style consistant en une description réaliste, animée et frappante de la scène dont on veut donner une représentation imagée et comme vécue à l'instant de son expression.

Enumérations : Vils, dégradés, flétris, bourgeois, bons pour Molière - vilains, rustres, croquants -

Anaphores : "sans bas, sans perruque" - "plus de mots sénateur ! plus de mot roturier !" - "Tous les envahisseurs et tous les ravageurs,/Tous ces tigres, les huns, les scythes et les daces..."

Antithèses : Pourquoi/Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière ?

Prosopopées : "Et Voltaire criait : Corneille s'encanaille !"

Notes : La prosopopée (substantif féminin), du grec πρόσωπον prosôpon (face, figure) et ποιέω poiéô (faire, fabriquer) est une figure de style qui consiste à faire parler un mort, un animal, une chose personnifiée, une abstraction. Elle est proche de la personnification, du portrait et de l'éthopée. En rhétorique, lorsqu'elle fait intervenir l'auteur, qui semble introduire les paroles de l'être fictif, on la nomme la sermocination.

Corneille est cité avec estime par Hugo en tant que représentant du mouvement baroque, alors que Racine représente le classicisme contre lequel réagit le romantisme. Le romantisme en se donne pour modèles des auteurs comme Corneille ou Shakespeare qui respectent mal, peu ou pas du tout  la "règle des trois unités", la séparation des genres (comédie/tragédie) et la bienséance lexicale.

"Et Voltaire criait : Corneille s'encanaille !" : Hugo onsidère Voltaire, auteur de tragédies imités de Racine comme un classique attardé. Il y a un anachronisme (volontaire) : Corneille ne peut guère avoir été sensible aux critiques de Voltaire, né bien après lui.

L'asyndète (figure syntaxique) : l'absence de mots de liaison contribue à  la vivacité de l'évocation et renforce les contrastes entre les termes.

Note : L’asyndète, du grec α, a, privatif, σύν, sun (« ensemble ») et δειν, dein (« lier »), soit : « absence de liaison », est une figure de style fondée sur la suppression des liens logiques et des conjonctions dans une phrase, comme dans cette parole de Jules César : « Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu ». Elle permet d'ajouter du rythme à une phrase, de créer une accumulation, ou encore de rapprocher des mots ou des sons de façon à en renforcer le contraste. L'asyndète est un type de parataxe qui peut s'apparenter également à une ellipse. En prose latine classqiue elle marque souvent une forte opposition. Très utilisée en poésie, notablement par Arthur Rimbaud, l'asyndète est également une figure de la narration et de l'essai.

Les niveaux de langue

Courant/soutenu : "blême", "appauvris", "comprendre", "juger", "idiome", "monarchie", "duc et pair", "syllabes", "castes", décorum", "patibulaires", "populace", "éparses", "abjecte", "familière", "Vils, dégradés, flétris", "marauds", "blotti", "s'encanailler", "aïeule", "douairière", "tropes", "effarés", "alexandrins", "révolutionnaire", "dictionnaire", "sénateur", "roturier","Lexique", "essaim", azur", "syllepse, hypallage, litote", "frémir", "compas".

Le mot "cochon" lui-même n'est pas familier, mais courant. Il n'y a donc aucun mot dans le texte qui appartienne au lexique familier. On remarque également que si Victor Hugo "disloque" parfois l'alexandrin, il épargne la syntaxe (l'organisation de la phrase) et le lexique (il n'introduit pas de mots argotiques ou familiers). Les "audaces" hugoliennes sont donc relatives. Il faut montrer en quoi elles consistent exactement.

La question du "niveau de langue" est très importante car elle touche à celle du pouvoir politique de la "classe dominante" et du sens de la Révolution française comme prise du pouvoir par la bourgeoisie. Victor Hugo voit que la langue dominante de l'ancien régime exprime la domination de la noblesse ("la langue était l'état avant quatre-vingt neuf"), et l'organisation de la société d'Ancien Régime. La langue que préconise Hugo doit exprimer (en littérature) l'état de la société nouvelle, fondée sur la domination de la bourgeoisie, censée "ne faire qu'un" avec le peuple.

Les temps verbaux

Imparfait : "l'idiome (...) était l'image du royaume", "les syllabes (...) ne se mêlaient", "la poésie était la monarchie", "le mot était un duc et pair, ou n'était qu'un grimaud", "la langue était l'état", "les mots vivaient parqués en castes", "Racine regardait ces marauds de travers", "Si Corneille en trouvait un blotti dans son vers", "il le gardait", "et Voltaire criait",

Valeur d'aspect : l'imparfait exprime des actions à durée indéterminée, de second plan. C'est le temps de la durée, de la description et ou de la répétition. Le passé simple a ici une valeur durative et/ou répétitive.

Passé simple : "je sortis du collège ", j'ouvris les yeux", "Alors, brigand, je vins", "je m'écriai", je fis souffler un vent révolutionnaire", "je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire", "je fis une tempête au fond d'un encrier", "et je mêlai, parmi les ombres débordées", "et je dis", "Syllepse, hypallage, litote,/Frémirent", "je montai sur la borne Aristote", "Et je déclarai les mots égaux, libres, majeurs", "je bondis hors du cercle", "(je) brisai le compas", "je nommai le cochon par son nom".

Le passé simple exprime des actions ponctuelles, uniques, soudaines,  de premier plan,  à durée déterminée. "Alors brigand je vins" : l'emploi du passé simple après le connecteur temporel à valeur argumentative ("alors" est équivalent de "mais") signale dans le schéma narratif l'apparition de l'élément perturbateur. "

Note : "Alors brigand je vins" est un pastiche d'un vers de l'Art poétique de Boileau à la gloire du classicisme : "Alors Malherbe vint."

Le passage de l'imparfait au passé simple exprime celui d'une situation répétitive et figée dans une sorte d'éternité anhistorique, reproduction par l'ordre politico-culturel de l'état de nature à une temporalité historique, orientée, linéaire  et imprévisible, inaugurée par la révolution de 89.

Participes présents : "traversant le pont Neuf", "hantant les Phèdres", ayant le décorum pour loi", "montant à Versaille(s)", "habitant les patois", "n'exprimant que la vie abjecte et familière".

Les participes présent ont une valeur narrative, il évoque, comme le ferait un imparfait,  un procès habituel et contribue par ailleurs  à l'efficacité de l'hypotypose (cf. plus haut le sens de ce terme), à la manière d'un présent de narration. Ils évoquent des actions simultanées.

Participes passés : "dévoués à tous les genres bas", "déchirés en haillons", "crées pour la prose ou la farce".

Les participes passés employés comme adjectifs ont une valeur prédicative passive qui appelle la parole émancipatrice du poète : "je déclarai les mots égaux, libres, majeurs..."

Plus-que-parfait : "que Vaugelas leur chef (...) avait marqué". Le plus-que-parfait évoque une action passée antérieure à une autre action passée, généralement exprimée au passé simple. Le plus-que-parfait exprime l'ancrage du "bon usage" de la langue dans le passé.

Subjonctif à valeur impérative : "qu'il s'en aille". Le subjonctif remplace l'impératif à la première personne du singulier  et à la troisième personne du singulier et du pluriel.

Les connecteurs

connecteurs temporels : "quand je sortis du collège", "Quand, tâchant de comprendre et de juger", "Alors, brigand, je vins", "toujours devant (...) toujours derrière".

connecteurs spatiaux : "dans le bagne", "toujours devant (...) toujours derrière", "cachant sous ses jupons", "je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire", "Je fis une tempête au fond de l'encrier", "parmi les ombres débordées", "pas de mot où l'idée", "je montai sur la borne Aristote", "je bondis hors du cercle".

connecteurs argumentatifs : "si Corneille...", "Et déclarai"

Il y a peu de connecteurs argumentatifs. Le texte est destiné davantage à persuader qu'à convaincre. Il a une dimension essentiellement narrative (connecteurs temporels) et descriptive (connecteurs spatiaux).

La structure des phrases

Fréquence de la structure binaire.

La structure binaire reproduit la dichotomie entre le passé et l'avenir, l'Ancien régime et la Révolution, le langage de la noblesse et celui du peuple.

La structure des vers

Alexandrins irréguliers : les phrases n'épousent pas la structure du vers, comme dans les alexandrins réguliers, mais se poursuivent sur plusieurs vers avec des enjambements et des contre-rejets (Donner quelques exemple)

Victor Hugo exprime donc dans le poème lui-même au niveau lexical et syntaxique son programme d'émancipation par rapport aux normes classiques et aux règles de l'Académie.

Note : en poésie, l'enjambement est un procédé métrique fondé sur l'inadéquation entre la syntaxe et le mètre d'un vers : un groupe syntaxique déborde d'une unité métrique sur l'autre. L'enjambement, critiqué par les poètes classiques, est recherché pour son expressivité par la poésie romantique et ses successeurs L’enjambement est un procédé qui joue sur les coupes et le rythme des vers : en effet le débordement syntaxique d’un vers sur le vers suivant atténue la pause en fin de vers, ou même l’abolit presque totalement, créant un effet d’allongement ou de déstructuration ; celle-ci est particulièrement perceptible quand l’enjambement est accentué par un rejet ou un contre-rejet (élément bref isolé par une coupe marquée, au début de vers 2 pour le rejet, ou à la fin du vers 1 pour le contre-rejet). Il crée un effet de continuité ou d'amplification

Les types de phrases

Phrases exclamatives (ponctuation expressive) : "Corneille s'encanaille !", "plus de mot roturier !", "Plus de mot sénateur !", "pas de mot où l'idée au vol pur/Ne puisse se poser, tout humide d'azur !",

Phrases interrogatives : "Pourquoi/Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière ?", "pourquoi pas ?"

Aux phrases déclaratives factuelles, Victor Hugo oppose un questionnement (passage du fait au droit). La volonté d'instaurer une révolution dans le lexique s'exprime par des phrases déclaratives prescriptives. Le poème se termine par une interrogation rhétorique : "pourquoi pas ?" en réponse à une question de droit : a-t-on le droit d'employer des mots "bas" comme le mot "cochon" en littérature ? Réponse : "Pourquoi pas ?"

Les modalisateurs

"grimaud", "parqués en castes", "les Phèdres, les Jocastes, les Méropes", "gueux", "drôles patibulaires", "patois", "galères", déchirés en haillons", "populace du style", "vilains, rustres, croquants", "dans le bagne Lexique", "le bonhomme Corneille", "brigand, je vins", "l'Académie aïeule et douairière", "cachant sous ses jupons les tropes effarés", '"vieux dictionnaire", "sénateur", "roturier", "peuple noir des mots", "l'essaim blanc des idées", "l'idée au vol pur", "discours affreux", "les mots égaux, libres majeurs", "envahisseurs", "ravageurs", "tigres", "toutous"

On remarque la présence de nombreux modalisateurs dépréciatifs. Cette dépréciation n'est pas le fait de l'auteur, mais des tenants du bon usage de la langue et des partisans de l'ordre ancien. Victor Hugo reprend à son compte les accusations portées contre lui et en admet le bien fondé.

Note : Dans un énoncé, un modalisateur est un mot qui traduit l'appréciation que porte un locuteur sur son propre énoncé : des adverbes ou locutions adverbiales (par exemplesans doutepeut-êtrecertainement, etc.) sont des modalisateurs. Le conditionnel, également, peut être considéré comme un modalisateur, dans la mesure où il marque l'incertitude de l'énonciateur face à son énoncé. Un modalisateur manifeste la subjectivité, l'engagement et permet d'interpeller le destinataire, de lui faire partager son point de vue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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