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Né le 4 septembre 1927, Jean Lefranc est décédé cet été.

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"Jean Lefranc fut un philosophe constamment engagé dans le combat pour la défense de l'enseignement de la philosophie, mais aussi, plus encore, de l'enseignement tout court, dans notre pays, et même chez nos voisins européens. C'est ce souci qui l'anima dans l'exercice de ses responsabilités institutionnelles, locales et globales, qu'il s'agît de la direction de l'UER de philosophie de Paris-Sorbonne, de sa participation au comité national des universités, et, surtout de la présidence de l'Association des professeurs de philosophie. Je l'eus toujours à mes côtés dans mes efforts pour solidariser étroitement les philosophes oeuvrant dans l'enseignement du second degré et ceux qui servaient dans les universités. Je me souviens d'un séjour que nous fîmes en Allemagne en compagnie du doyen Jacques Muglioni pour intensifier la coopération avec nos collègues d'outre-Rhin dans l'illustration pédagogique vraie de la raison. Homme d'autorité, il était très attaché au principe du libéralisme académique républicain qu'il s'employa exemplairement à faire prévaloir contre toute tentative de dogmatisation idéologique de l'acte professoral. En son engagement, il ne dissocia jamais le sens de l'ordre et celui de la liberté, qui ne font qu'un dans la raison.

Dans son enseignement et dans la réflexion qui le nourrissait, il fut de même un philosophe à la fois très classique et résolument ouvert. Classique d'abord dans l'acception première du terme. En témoigna sa préoccupation de mieux armer les commençants en philosophie, moyennant, entre autres textes, le Nouveau vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, issu d'abord de sa contribution avec Louis-Marie Morfaux. Je fus très heureux de sa contribution substantielle au Dictionnaire du XIXème siècle européen, à travers ses magistrales études sur la pensée de langue allemande, qu'elles eussent pour objet Kant ou Nietzsche. Mais j'insisterais sur la prédilection paradoxale avec laquelle notre ami si classique se consacra au penseur le moins scolaire de tous, "l'inclassable Schopenhauer", suivant les tout premiers mots du somptueux Cahier de l'Herne, dont il assuma la responsabilité. En soulignant dans son Comprendre Schopenhauer la continuité qui relie Kant celui qui, en toute sa novation, s'en présentait comme le disciple. Jean Lefranc manifestait sa conception si libérale de l'unité profonde et originaire du geste et de la pensée, qui fit de lui un grand serviteur de la communauté philosophique."

(Bernard Bourgeois, membre de l'Institut, L'enseignement philosophique, 6ème année - numéro 1 - septembre-novembre 2015)

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Dirigé par Jean Lefranc.
 

"Inclassable Schopenhauer ! Sa métaphysique de la volonté se présente comme l’accomplissement de la philosophie critique de Kant ; pourtant elle est souvent caractérisée par le retour à un dogmatisme antérieur. La lecture de l’œuvre contredit toutes les étiquettes qui lui sont habituellement appliquées. - Irrationaliste ? Mais il a toujours opposé la rationalité du discours philosophique aux illuminismes et il veut que le philosophe soit le « sculpteur de la raison ». - Intuitionniste ? Mais il n’a pas eu assez de sarcasmes pour l’intuition intellectuelle de Fichte ou de Schelling. - Romantique ? Mais aucun de ses contemporains peut-être n’a autant cité Voltaire, Helvétius, des savants et des moralistes du siècle des Lumières." (Jean Lefranc)

« La parution d'un Cahier de L'Herne constitue toujours un événement éditorial attendu à tout le moins pour les admirateurs d'une pensée à laquelle le recueil est consacré. Les admirateurs de Schopenhauer y trouveront-ils ici leur compte ? Peut-être. Pour ceux qui ne sont pas d'emblée convaincus de la véracité de ses propos ou même de la puissance de sa doctrine, c'est une autre affaire. Dirigé par Jean Lefranc, lequel, outre l'avant propos, signe trois articles et la bibliographie finale, ce Cahier est composé de 22 articles, de textes de Schopenhauer ainsi que d'entretiens le concernant, et de quelques illustrations. Les analyses sont regroupées en quatre sections distinctes : l'idéalisme athée, l'anthropologie pessimiste, l'héritage nietzschéen, et, sous l'intitulé global de "Lectures de Schopenhauer", une mise en évidence des influences multiples que cette philosophie aura ultérieurement exercées. »

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"Schopenhauer est le plus méconnu des grands philosophes du XIX° siècle. L'influence de son pessimisme a été considérable chez les philosophes (Nietzsche), les musiciens (Wagner), les artistes, les écrivains russes (Tolstoï), allemands (Mann), anglais (Conrad), français (Maupassant, Mallarmé, Proust...). Pourtant, la portée de son oeuvre, malgré ou à cause de ses qualités littéraires, a très souvent été appréciée à contre-sens. On a vu en lui un romantique, un irrationaliste, un contempteur des sciences, un moraliste pénétrant mais amer, misogyne et réactionnaire, et, de plus, peu conséquent avec lui-même. Les wagnériens en ont fait le prophète d'une religion de la musique et de l'art total. Plus récemment, il est devenu un précurseur de l'existentialisme ou d'une philosophie de l'absurde. Le présent ouvrage entend rectifier cette image. Schopenhauer, successeur authentique de Kant, prolonge la critique de la raison par elle-même et en tire toutes les conséquences. Sa métaphysique de la volonté correspond bien à la physique des forces contemporaine et ne se confond ni avec une philosophie de la décadence ni avec une exaltation mystique. Son pessimisme, ni psychologique ni historique, mais métaphysique, reste une instance critique radicale. Son renversement des philosophies de la conscience ouvrant sur Freud, comme sa confrontation de la tradition biblique occidentale et de la pensée religieuse de l'Inde se sont avérés riches de prolongements."

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"Nietzsche, le penseur " intempestif ", aura sans doute été le critique le plus pénétrant de ces idées " modernes " qui sont encore largement les nôtres. D'où tout l'intérêt du présent ouvrage, qui propose une exploration fondamentale d'une œuvre de rencontre obligée pour tout étudiant en philosophie, mais dont l'abondance et le caractère orienté des commentaires qui lui ont été consacrés, si remarquables que certains aient pu être, a quelque peu compliqué l'accès.

Quatre grandes perspectives au développement convergent sont ici dégagées : - " la découverte de Dionysos ", qui se poursuit de la Naissance de la tragédie (1872) jusqu'aux Dithyrambes de Dionysos (1889) : Dionysos et Apollon, Dionysos et Socrate, Dionysos et le Crucifié - La mise en œuvre de la " critique généalogique ", méthode d'une psychologie renouvelée par la physiologie, d'une philosophie de l'évaluation, aboutissant à un antichristianisme radical - Une anthropologie en quête des types humains les plus hauts " du dernier homme au surhomme ", en passant par les hommes supérieurs, les créateurs rencontrés par Zarathoustra - Enfin la volonté de vérité, portée à sa plus haute intensité, à son " midi ", s'arrache à elle-même les masques de l'historicisme, de l'objectivité positiviste, de la métaphysique de l'Être ; mais qui peut vraiment penser, supporter la pensée ultime de l'éternel retour ? La pensée de Nietzsche n'est pas celle de la fin de la philosophie ; ses interrogations sont toujours à reprendre ; sa provocation est toujours à repenser : une pensée " pour tous et pour personne ", c'est-à-dire pour ceux qui se reconnaissent comme esprits libres."

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