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Christian Bobin, La grande vie, Gallimard/Folio, 2014

"Ce qui manque à ce monde, ce n'est pas l'argent. ce n'est même pas ce qu'on appelle "le sens". ce qui manque à ce monde c'est la rivière des yeux d'enfants, la gaieté des écureuils et des anges."

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Christian Bobin est né en 1951 au Creusot. Il est l'auteur d'ouvrages dont les titres s'éclairent les uns les autres comme les fragments d'un seul puzzle. Entre autres : Souveraineté du vide, Le Très-Bas, La part manquante, La plus que vive, La présence pure et L'homme-joie.

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"A vingt ans, je me suis lié à un étrange jeune homme dont le nom en danois signifie : cimetière, Kierkegaard. Il est revenu cette nuit de son dix-neuvième siècle. Comment vous dire sa pensée, il y faudrait un conte : l'histoire d'un enfant si pur qu'il ne pourrait respirer l'air du monde sans mourir aussitôt. Alors il retiendrait sa respiration et descendrait en lui-même si profondément que le monde ne pourrait plus l'atteindre. Par l'intensité de pureté, concentration folle de pureté, il deviendrait plus petit que la plus petite des poussières. Il vivrait retiré dans l'ermitage d'un livre comme celui que j'ai ouvert ce soir. On ne le trouverait que là. Le lire serait lui venir en aide, ouvrir en nous assez de pur pour que l'enfant recommence à respirer, et, par une sorte de bouche-à-bouche, délivre le souffle angélique.

Le désespoir, je connais. Tout le monde connaît ça au berveau. Mais cette voix claire dans la nuit noire ?

La partie n'est jamais finie, jamais perdue.

J'aimerais vous écrire en couleurs. Par "écrire en couleurs", je veux dire : rendre hommage à cette vie dont les chars de feu paradent sous nos yeux obstinément clos.

L'extrême sensibilité est la clé qui ouvre toutes les portes mais elle est chauffée à blanc et brûle la main qui la saisit.

Le coeur - cette région non sentimentale que nous avons dans la poitrine, un volcan endormi de pensées.

Sören Kierkegaard, je t'aime d'être violent comme le printemps avec ses tournois d'abeilles et ses crimes de lumières. Pas de morale, juste Dieu qui arrive en titubant du fond du jardin avec ses habits mités, juste l'Esprit aux radieuses fièvres, la branche fleurie de la colonne vertébrale et la poussée des fleurs dans la bouche." (Christian Bobin, La grande vie, p. 49-50)

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